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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2105434

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2105434

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2105434
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARLU VIDAL AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 15 octobre 2021, le président du tribunal administratif de Melun a renvoyé la requête de l'Association de formation professionnelle " FORMALLIANCE " et M. A B, enregistrée le 30 mars 2020 au tribunal administratif de Melun sous le numéro 2002848.

Par cette requête et un mémoire du 26 octobre 2020, enregistrés sous le n°2105434 devant le tribunal de céans, l'association " FORMALLIANCE ", prise en la personne de son président en exercice M. A B, et M. A B, représentés par l'AARPI Vidal Avocats, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Agence nationale du développement professionnel continu (ANDPC) à leur verser la somme totale de 66 000 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices subis en raison de l'illégalité de la décision de l'ANDPC en date du 7 février 2019 retirant de son site internet l'action de développement professionnel continu (DPC) n°14521800013 intitulée " EL- Iatrogénie ophtalmologique " ;

2°) de mettre à la charge de l'ANDPC la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision du 7 février 2019 de l'ANDPC est entachée d'une insuffisance de motivation ainsi que d'une double erreur de droit, en ce que, d'une part, l'ANDPC s'est estimée en situation de compétence liée et, d'autre part, en ce que l'ANDPC a méconnu les dispositions applicables ;

- l'illégalité de la décision susmentionnée est constitutive d'une faute de nature à leur ouvrir un droit à réparation en raison des préjudices causés par cette faute ;

- ils sont dès lors fondés à demander la réparation des préjudices en cause, à hauteur de la somme totale de 66 000 euros (préjudice moral, préjudice de réputation et d'atteinte à l'image, et préjudice matériel).

Par mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2020, l'Agence nationale du développement professionnel continu (ANDPC), prise en la personne de sa directrice générale, conclut au rejet de la requête, dès lors qu'aucune faute ne peut être retenue à son encontre et qu'aucun lien de causalité entre les préjudices allégués et une faute retenue à son encontre n'est établi.

L'agence fait valoir que :

- la motivation par référence est admise ;

- la décision litigieuse comporte les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement ;

- elle ne s'est nullement estimée en situation de compétence liée par rapport à l'avis de la commission scientifique indépendante, dont elle s'est appropriée la teneur ;

- elle n'a commis aucune erreur de droit en considérant qu'il y avait lieu de retirer de son site internet l'action de DPC en litige.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 avril 2024 :

- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique,

- et les observations de Me Broissand, pour les requérants, et de M. C, pour l'Agence nationale du développement professionnel continu.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision en date du 7 février 2019, l'Agence nationale du développement professionnel continu (ANDPC) a retiré de son site internet de l'action de développement professionnel continu (DPC) n°14521800013 intitulée " EL- Iatrogénie ophtalmologique " assurée par l'Association de formation professionnelle " FORMALLIANCE ". Estimant cette décision illégale, l'association " FORMALLIANCE " et M. A B demandent au tribunal de condamner l'ANDPC à leur verser la somme totale de 66 000 euros en réparation des préjudices subis en raison de cette illégalité.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le régime juridique des décisions de retrait d'une action de DPC du site internet de l'ANDPC :

2. Aux termes de l'article L. 4021-1 du code de la santé publique : " Le développement professionnel continu a pour objectifs le maintien et l'actualisation des connaissances et des compétences ainsi que l'amélioration des pratiques. Il constitue une obligation pour les professionnels de santé. Chaque professionnel de santé doit justifier, sur une période de trois ans, de son engagement dans une démarche de développement professionnel continu () ". Aux termes de l'article L. 4021-2 du même code : " Un arrêté des ministres chargés de la santé et de la sécurité sociale () définit les orientations pluriannuelles prioritaires de développement professionnel continu () ". Aux termes de l'article L. 4021-6 de ce code : " L'Agence nationale du développement professionnel continu assure le pilotage et contribue à la gestion financière du dispositif de développement professionnel continu pour l'ensemble des professionnels de santé, quels que soient leurs statuts ou leurs conditions d'exercice. / Un décret en Conseil d'Etat fixe les missions et les instances de l'Agence nationale du développement professionnel continu ". Et aux termes de l'article L. 4021-7 du même code : " Un décret en Conseil d'Etat définit les modalités selon lesquelles : / 1° Les organismes ou les structures peuvent présenter des actions ou des programmes s'inscrivant dans le cadre des orientations définies à l'article L. 4021-2 ; / 2° Les actions ou programmes mentionnés au 1° du présent article font l'objet d'une évaluation avant d'être mis à la disposition des professionnels de santé ; / 3° L'Agence nationale du développement professionnel continu contribue à la gestion financière des programmes et actions s'inscrivant dans le cadre des orientations pluriannuelles prioritaires définies à l'article L. 4021-2 ; / 3° bis L'Agence nationale du développement professionnel continu établit et met en œuvre le plan de contrôle du dispositif ; / 4° Des sanctions à caractère financier ou administratif peuvent être prises en cas de manquements constatés dans la mise en œuvre des actions et des programmes ".

3. Il résulte de l'article R. 4021-7 du code de la santé publique, dans sa rédaction alors applicable, issue du décret du 8 juillet 2016 pris pour l'application des dispositions citées au point précédent, que l'ANDPC a notamment pour mission d' " assurer le pilotage du dispositif de développement professionnel continu des professionnels de santé () ", ce qui inclut, en particulier, tant l'évaluation des organismes et structures qui souhaitent présenter des actions de DPC que l'évaluation de la mise en œuvre des méthodes de développement professionnel continu, en veillant à leur qualité scientifique et pédagogique. Selon les dispositions du même article, l'ANDPC a également pour mission de " contribuer au financement des actions s'inscrivant dans le cadre des orientations prioritaires pluriannuelles définies à l'article L. 4021-2 " du code de la santé publique.

4. Il résulte de ce qui a été mentionné aux deux points précédents que l'ANDPC ne peut légalement contribuer au financement d'actions de développement professionnel continu que si ces actions s'inscrivent dans le cadre des orientations définies de façon pluriannuelle par les ministres chargés de la santé et de la sécurité sociale. A ce titre, il relève dès lors de sa compétence de contrôler que les actions de développement professionnel continu déposées sur son site internet en vue d'être mises à la disposition des professionnels de santé s'inscrivent dans le cadre de ces orientations. Un tel contrôle, qui relève des missions de l'agence mentionnées à l'article R. 4021-7 précité du code de la santé publique, est ainsi distinct tant de celui, régi par les dispositions de l'article R. 4021-24 du même code, effectué lors de la demande d'enregistrement de l'organisme ou de la structure qui souhaite présenter des actions de DPC, que de ceux, régis par les dispositions de l'article R. 4021-25 du même code, qui portent sur la mise en œuvre des actions de DPC et qui peuvent, notamment au regard d'avis émis par des commissions scientifiques indépendantes, conduire au constat de manquements et au prononcé de sanctions, ainsi qu'au refus de prise en charge des frais pédagogiques exposés ou à leur remboursement.

5. Aux termes des dispositions de l'article R. 4021-25 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " I.-L'organisme ou la structure enregistré en application de l'article R. 4021-24 peut proposer des actions de développement professionnel continu, présentées sous forme dématérialisée conformément au modèle défini par un arrêté du ministre chargé de la santé. Ces actions sont évaluées par les commissions scientifiques indépendantes, conformément aux critères scientifiques et pédagogiques fixés par le Haut Conseil du développement professionnel continu des professions de santé, sous la responsabilité de l'Agence nationale du développement professionnel continu. Dans le cadre du plan national annuel de contrôle défini par le Haut Conseil du développement professionnel continu des professions de santé, des vérifications sont effectuées pour s'assurer que les actions mises en œuvre par les organismes ou structures et éligibles au financement de l'agence sont conformes aux critères de qualité retenus par le haut conseil. / II. -Lorsque l'évaluation ou le contrôle défini au I est négatif, l'organisme ou la structure est informé, par tout moyen permettant d'apporter la preuve de sa réception, des manquements constatés lors de ces différents contrôles et des sanctions éventuelles encourues. Il dispose d'un délai de quinze jours francs pour faire valoir ses observations. / III. -Les sanctions d'une évaluation défavorable ou d'un contrôle qui laisse apparaître un manquement dans l'exécution de l'action sont : 1° Le retrait de l'action ayant fait l'objet d'une évaluation défavorable de la liste des actions déposées sur le site internet de l'Agence nationale du développement professionnel continu ; () / La sanction est prononcée par le directeur général de l'agence. / () / IV.-En cas de retrait prononcé conformément aux 1° à 3° du III, l'organisme ou de la structure concernée en informe sans délai les bénéficiaires de ses prestations. Chacun d'eux est informé que sa participation à de nouvelles sessions de l'action ou des actions en cause ne pourra pas être prise en compte pour valider son obligation de développement professionnel continu. / La prise en charge des frais pédagogiques exposés peut être refusée ou, le cas échéant, leur remboursement exigé. / L'attestation remise au professionnel de santé par l'organisme ou la structure à l'issue d'une session de développement professionnel continu qui s'est déroulée antérieurement à la date à laquelle l'organisme ou la structure a été sanctionné par l'Agence nationale du développement professionnel continu est prise en compte pour la validation de son obligation de développement professionnel continu ".

En ce qui concerne la responsabilité de l'ANDPC :

6. Les requérants font valoir que la responsabilité de l'ANDPC devrait être engagée en raison de l'illégalité fautive de la décision du 7 février 2019 par laquelle l'agence a retiré de son site internet de l'action de DPC n°14521800013 intitulée " EL- Iatrogénie ophtalmologique ".

7. En premier lieu, s'ils soutiennent que la décision du 7 février 2019 litigieuse serait entachée d'une insuffisance de motivation, il ressort des termes mêmes de ladite décision que cette dernière comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen soulevé et tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'ANDPC se serait crue liée par l'avis émis par la commission scientifique indépendante et aurait ainsi méconnu l'étendue de sa propre compétence.

9. En troisième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article R. 4021-25 du code de la santé publique que les actions de DPC sont évaluées par les commissions scientifiques indépendantes, conformément aux critères scientifiques et pédagogiques fixés par le Haut Conseil du développement professionnel continu des professions de santé, sous la responsabilité de l'ANDPC. En l'espèce, dans sa séance du 29 janvier 2019, la commission scientifique indépendante a notamment estimé que la grille d'audit de l'action de DPC en litige n'était pas déclinée en fonction du public cible et que les taches des participants pendant la durée de la phase cognitive ne pouvaient pas être appréhendées. Si les requérants font valoir, aux termes de leurs écritures, qu'il est " difficile de comprendre quelles méthodes ou modalités ne seraient pas conformes à celles validées par la Haute autorité de santé ou quels seraient les critères qui ne seraient pas remplis ", ils ne contestent pas sérieusement les imperfections relevées par la commission scientifique indépendante, et ne précisent notamment pas quels critères non prévus par les textes en vigueur auraient été appliqués. S'ils font également valoir que d'autres actions ont été validées avec les mêmes modalités et méthodes, cette circonstance est sans incidence sur la décision de retrait concernant l'action de DPC en litige. Par suite, le moyen soulevé et tiré tant de l'erreur de droit doit également être écarté dans ses deux branches.

10. Au regard de tout ce qui précède, en l'absence d'illégalité de la décision du 7 février 2019 litigieuse, aucune faute ne peut être retenue à l'encontre de l'ANDPC. Par suite, il n'y a pas lieu d'engager sa responsabilité. Il s'en suit que les conclusions indemnitaires susmentionnées doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées par les requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par l'Association de formation professionnelle " FORMALLIANCE " et M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'Association de formation professionnelle " FORMALLIANCE ", à M. A B et à la directrice générale de l'Agence nationale du développement professionnel continu.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

M. Holzer, conseiller ;

Mme Cueilleron, conseillère ;

Assistés de Mme Martin, greffière

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 16 mai 2024.

Le président

signé

F. Silvestre-Toussaint-FortesaL'assesseur le plus ancien,

signé

M. Holzer

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

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