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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2105791

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2105791

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2105791
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat M. TAORMINA
Avocat requérantCURTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 novembre 2021, B domaine des Preisses, agissant poursuites et diligences de son représentant légal M. A D, représentée par Me Curti, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de péril imminent du 6 août 2021 pris par le maire de Peillon concernant les désordres affectant le lotissement qu'elle a construit sur ladite commune, parcelles B 1407 et B 1408, prescrivant des mesures de sécurisation des désordres affectant un mur de soutènement sur toute sa longueur soit l'aval de toute la parcelle B 1408 et sur une partie de la parcelle préconisée par l'expert préalablement commis par le juge des référés du tribunal de céans, ainsi qu'une étude géotechnique, ensemble la décision rejetant implicitement son recours gracieux formulé le même jour et l'arrêté du 28 septembre 2021 par lequel le maire de Peillon, en exécution du premier arrêté, a mis à sa charge une astreinte ;

2°) de condamner la commune Peillon à lui payer la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du Code de justice administrative.

Elle soutient que :

1°) s'agissant de la légalité externe :

- la simple référence incertaine et imprécise aux article L.511-1 et suivants du code de l'urbanisme n'est pas de mesure à permettre la requérante de contester et comprendre les obligations qui sont mise à sa charge ;

- l'arrêté de péril n'est pas daté, n'a pas été notifié par un agent assermenté qui n'en a pas dressé procès-verbal ;

- les conditions de déroulement de l'expertise judiciaire préalable confiée à M. C sont entachées de nullité, la requérante n'ayant pas été dument convoquée à la réunion d'expertise du 27 juillet 2021 et l'ordonnance du 26 juillet 2021 commettant l'expert ne lui ayant pas été communiquée comme le tribunal avait ordonné au maire de Peillon de le faire ;

2°) s'agissant de la légalité interne :

- ledit mur étant dans le même état depuis 2013 sans aucune aggravation, il n'y a pas de péril imminent ; l'expert judiciaire commis en référé a constaté que " depuis 2013 (8 ans), le mur présente des désordres (basculement et fissuration), et que " les désordres ne semblent pas avoir évolué de façon majeure depuis cette date " ; il a également constaté sur la parcelle B1408 (propriété Marre) en amont du mur, " que le bâti (soit la piscine) en amont de la parcelle B1408 (propriété Marre) n'est pas affecté par le basculement du mur ", " le talus reprofilé et protégé par une bâche en amont du mur ne présente pas de signe d'instabilité " et " le muret en limite de la plage de la piscine Marre ne présente pas désordre " ; il existe une contradiction dans les conclusions de l'expert judiciaire sur la nature du mur, car il conclut en page 10 (Réponse aux points de la mission) à " un défaut de structure, un défaut de fondation et un défaut de drainage " du mur alors qu'il indique en page 6 (paragraphe Nature du mur de soutènement examiné) que " le mode de conception et de fondation du mur est invérifiable en l'état des lieux " ;

- la réalisation préalable aux travaux prescrits, d'une étude géotechnique, n'est pas justifiée et ne tient pas compte de la précédente étude géotechnique avec sondages réalisée en 2008 par la société SOL-ESSAIS pour le programme immobilier ;

- l'expert judiciaire n'a conclu qu'à un péril ordinaire et a simplement demandé de renforcer l'étaiement du mur dans l'attente de sa reconstruction en septembre prochain ; mais la livraison des butons n'étant disponibles que sur commande, les travaux préconisés n'ont pas pu encore être réalisés ;

- il est à noter que la demande d'expertise intervient quelques semaines seulement après que le tribunal judiciaire de Nice a débouté la Mairie de Peillon de toutes ses demandes à l'encontre de la requérante par jugement du 22 juin 2021.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 décembre 2022, la commune de Peillon conclut au rejet de la requête et à la condamnation de B domaine des Preisses à lui payer la somme de 3 000 euros, en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par B domaine des Preisses ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 juin 2024 :

- le rapport de M. Gilles Taormina, président-rapporteur,

- et les conclusions de M. Nicolas Beyls, rapporteur public, B domaine des Preisses et la commune de Peillon n'étant pas représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du code de la construction et de l'habitation : " Art. L.511-1. - Le maire peut prescrire la réparation ou la démolition des murs, bâtiments ou édifices quelconques lorsqu'ils menacent ruine et qu'ils pourraient, par leur effondrement, compromettre la sécurité ou lorsque, d'une façon générale, ils n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité publique. Art. L.511-2. - I. ' Le maire, par un arrêté de péril pris à l'issue d'une procédure contradictoire dont les modalités sont définies par décret en Conseil d'Etat, met le propriétaire de l'immeuble menaçant ruine, et le cas échéant les personnes mentionnées au premier alinéa de l'article L.511-1-1, en demeure de faire dans un délai déterminé, selon le cas, les réparations nécessaires pour mettre fin durablement au péril ou les travaux de démolition, ainsi que, s'il y a lieu, de prendre les mesures indispensables pour préserver les bâtiments contigus./ L'arrêté de péril précise également que, à l'expiration du délai fixé, en cas de non-exécution des réparations, travaux et mesures prescrits, le propriétaire est redevable du paiement d'une astreinte par jour de retard dans les conditions prévues au IV du présent article/ IV. ' A l'expiration du délai fixé dans l'arrêté de péril prévu au I, si les réparations, mesures et travaux prescrits n'ont pas été réalisés, le propriétaire défaillant est redevable d'une astreinte d'un montant maximal de 500 € par jour de retard. Lorsque le bâtiment menaçant ruine est à usage d'habitation, le montant maximal de l'astreinte est porté à 1 000 € par jour de retard. L'astreinte est prononcée par arrêté du maire./ Son montant est modulé en tenant compte de l'ampleur des mesures et travaux prescrits et des conséquences de la non-exécution/ L'astreinte court à compter de la date de notification de l'arrêté la prononçant et jusqu'à la complète exécution des travaux prescrits. Le recouvrement des sommes est engagé par trimestre échu./ Le maire peut, lors de la liquidation trimestrielle de l'astreinte, consentir une exonération partielle ou totale de son produit si le redevable établit que la non-exécution de l'intégralité de ses obligations est due à des circonstances qui ne sont pas de son fait./ Le montant total des sommes demandées ne peut être supérieur au montant de l'amende prévue au I de l'article L.511-6./ L'astreinte est recouvrée, dans les conditions prévues par les dispositions relatives aux produits communaux, au bénéfice de la commune sur le territoire de laquelle est implanté l'immeuble ayant fait l'objet de l'arrêté. Dans le cas où l'arrêté a été pris par le président d'un établissement public de coopération intercommunale en application de l'article L.5211-9-2 du code général des collectivités territoriales, l'astreinte est recouvrée au bénéfice de l'établissement public concerné/L'application de l'astreinte et sa liquidation ne font pas obstacle à l'exécution d'office par le maire des mesures et travaux prescrits par l'arrêté prévu au I du présent article. L'astreinte prend fin à la date de la notification au propriétaire de l'exécution d'office des mesures et travaux prescrits. Dans ce cas, le montant de l'astreinte s'ajoute à celui du coût des mesures et travaux exécutés d'office. Il est recouvré comme en matière de contributions directes et garanti par les dispositions prévues au 8° de l'article 2374 du code civil et aux articles L.541-1 à L.541-6 du présent code./ . Art. L.511-3. - En cas de péril imminent, le maire, après avertissement adressé au propriétaire, demande à la juridiction administrative compétente la nomination d'un expert qui, dans les vingt-quatre heures qui suivent sa nomination, examine les bâtiments, dresse constat de l'état des bâtiments mitoyens et propose des mesures de nature à mettre fin à l'imminence du péril s'il la constate./ Si le rapport de l'expert conclut à l'existence d'un péril grave et imminent, le maire ordonne les mesures provisoires nécessaires pour garantir la sécurité, notamment, l'évacuation de l'immeuble./ Dans le cas où ces mesures n'auraient pas été exécutées dans le délai imparti, le maire les fait exécuter d'office. En ce cas, le maire agit en lieu et place des propriétaires, pour leur compte et à leurs frais./ Si les mesures ont à la fois conjuré l'imminence du danger et mis fin durablement au péril, le maire, sur le rapport d'un homme de l'art, prend acte de leur réalisation et de leur date d'achèvement./ Si elles n'ont pas mis fin durablement au péril, le maire poursuit la procédure dans les conditions prévues à l'article L.511-2 ".

2. B domaine des Preisses a réalisé un lotissement sur le territoire de la commune de Peillon comportant plusieurs maisons individuelles. Des désordres étant apparus sur un mur de soutènement en béton armé d'une hauteur d'environ 3 mètres sur une longueur de l'ordre de 23 mètres, soulignant la limité inférieure des villas n°s 7 et 8, le juge des référés du tribunal administratif de Nice saisi par le maire de Peillon a, par ordonnance du 26 juillet 2021, commis M. C expert judiciaire dans le cadre de la procédure de péril imminent. Le 27 juillet suivant l'expert a déposé son rapport. B domaine des Preisses demande au tribunal d'annuler l'arrêté de péril imminent du 6 août 2021 pris par le maire de Peillon concernant lesdits désordres, prescrivant des mesures de sécurisation dudit mur, ainsi qu'une étude géotechnique, ensemble la décision rejetant implicitement son recours gracieux formulé le même jour et l'arrêté du 28 septembre 2021 par lequel le maire de Peillon, en exécution du premier arrêté, a mis à sa charge une astreinte.

3. En premier lieu, l'arrêté du 6 août 2021 mentionne les textes applicables et les conclusions de l'expert judiciaire commis en référé sur lesquelles le maire de Peillon s'est fondé pour arrêter les mesures qu'il a préconisées pour que soit mis fin aux désordres sus-rappelés. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté querellé est insuffisamment motivé et par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire, que les arrêtés municipaux doivent, à peine de nullité, être datés, alors au surplus que l'arrêté du 6 août 2021 comporte mention de sa date en haut à gauche et en pieds. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.

5. En troisième lieu, aucune disposition législative ou règlementaire ne prescrit la notification des arrêtés municipaux par des agents assermentés, toute irrégularité en la matière étant seulement, le cas échéant, de nature à empêcher le délai de recours contentieux de courir, alors au demeurant, que B domaine des Preisses a formulé dès le 6 août 2021, un recours gracieux à l'encontre dudit arrêté, puis le 5 novembre 2021, un recours contentieux non tardif. Par suite, le moyen formulé à ce titre, au demeurant fondé sur aucun texte précis, doit être écarté comme inopérant.

6. En quatrième lieu, il résulte du rapport d'expertise judiciaire du 27 juillet 2021, qu'était notamment présent le jour des opérations d'expertise, M. A D, représentant légal de B domaine des Preisses. Dès lors, celle-ci ne peut sérieusement prétendre ne pas avoir été conviée aux opérations d'expertises et par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.

7. En cinquième lieu, à supposer que l'ordonnance n2104011 du 26 juillet 2021 par laquelle le juge des référés a commis expert, ne lui ait pas été notifiée, ce défaut de notification qui empêche seulement le délai de recours de courir à l'encontre de celui qui n'en a pas été destinataire, est sans incidence sur la validité des opérations d'expertise prescrites auxquelles il a été convié et dans le cadre desquelles il a pu faire valoir ses dires. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.

8. En sixième lieu, compte tenu des désordres apparents présentés par le mur litigieux, le maire de Peillon était fondé à mettre en œuvre la procédure de péril imminent de l'article L.511-3 du code de la construction et de l'habitation, pour demander en référé la commission d'un expert, compte tenu de l'ancienneté des désordres, de leur dangerosité et de l'inertie de la société requérante pour y remédier de manière durable. Dès lors le moyen tiré du caractère inadéquat de la procédure mise en œuvre n'est pas fondé et doit, par suite, être écarté.

9. En septième lieu, il résulte du rapport d'expertise judiciaire, que nonobstant l'absence d'aggravation de l'état du mur de soutènement litigieux, fissuré sur toute sa longueur du fait d'un défaut de structure, de fondation et de drainage, depuis 2013, le déchargement de la tête du mur par enlèvement de terre, le bâchage et l'étaiement provisoire réalisés suite à une expertise réalisée à la demande de la SMABTP, assureur dommage-ouvrage de la société requérante à laquelle ledit assureur a versé une somme de 35 587,53 euros toutes taxes comprises après avoir constaté un risque de basculement du mur, l'expert commis, après avoir conclu à l'existence d'un péril ordinaire, a préconisé de renforcer la stabilité du mur par la mise en place de butons de stabilisation fondés sur plots suivant une étude faite par un bureau d'étude technique ''structure''. Dès lors, nonobstant l'absence de péril imminent, le maire de la commune de Peillon était fondé à ordonner les mesures contenues dans son arrêté du 6 août 2021, dont une étude géotechnique qui fournira un état actualisé de la teneur du sol avant la pose dans des conditions les plus optimales des butons. Par suite, les moyens tirés de l'absence de péril imminent ou de l'inutilité des mesures ordonnées doivent être écartés.

10. En huitième lieu, la société requérante qui se borne à demander l'annulation de l'arrêté du 28 septembre 2021 par lequel le maire de Peillon, en exécution du premier arrêté, a mis à sa charge une astreinte, sans formuler à son encontre aucun moyen de légalité spécifique doit être regardée comme en demandant l'annulation du fait de la nullité de l'arrêté du 6 août 2021. Dès lors, n'étant pas fondée à demander l'annulation de ce premier arrêté, le moyen formulé à ce titre doit, par suite, être écarté.

11. Enfin, le moyen tiré du fait que le tribunal judiciaire de Nice a débouté la Mairie de Peillon de toutes ses demandes à l'encontre de la requérante par jugement du 22 juin 2021 est inopérant et doit, par suite être écarté.

12. Compte tenu de tout ce qui précède, les conclusions à fin d'annulation formulées par B domaine des Preisses doivent être rejetées, ensemble celles formulées au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de B domaine des Preisses une somme demandée par la commune de Peillon au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de B domaine des Preisses est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Peillon formulées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à B domaine des Preisses et à la commune de Peillon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

signé

G. Taormina

La greffière,

signé

S. Genovese

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier

N°2105791

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