vendredi 29 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2105860 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET BARON, AIDENBAUM & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2021 et par des mémoires enregistrés les 22 mars et 24 mai 2022, M. D H doit être regardé comme demandant au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme laissée à l'appréciation du juge en réparation des préjudices moraux subis par sa famille du fait de la carence de l'administration scolaire dans l'accompagnement de ses filles handicapées ;
2°) de condamner l'Etat au remboursement des sommes engagées pour le suivi psychologique de ses deux filles, rendu nécessaire par la situation scolaire pénible dans laquelle elles se sont trouvées en raison d'un comportement fautif de l'administration ;
3°) d'enjoindre au recteur de l'Académie de Nice de procéder, sous astreinte, à la désignation d'un AESH-i pour sa fille I sur le temps de cantine et le temps méridien en application de la décision d'attribution de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) du 22 juin 2021 ;
4°) d'enjoindre au recteur de l'Académie de Nice de procéder, sous astreinte, à la désignation d'un AESH-i pour sa fille E en application de la décision d'attribution de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) du 25 août 2020 ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la carence des autorités constitue un obstacle majeur à l'insertion scolaire et sociale de ses enfants ;
- les mesures sollicitées sont utiles et ne font obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ;
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 22 novembre 2021 et 15 avril 2022, la Région Provence Alpes Côte d'Azur, représentée par Me Baron, conclut au rejet de la requête et demande que M. H soit condamné à lui verser une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- Les conclusions indemnitaires sont irrecevables ;
- L'urgence et l'utilité de la mesure ne sont pas caractérisées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2021, le département des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est irrecevable et dépourvue de tout fondement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. H est père de I et E H, nées respectivement les 30 octobre 2005 et 08 septembre 2008, atteintes toutes deux d'une " ostéogénèse imparfaite ". I bénéficie d'une décision de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) du 22 juin 2021 lui attribuant ainsi une aide humaine de 30 heures par semaine dont 4 heures pour le temps de cantine pour la période du 25 août 2020 au 31 juillet 2023. E bénéficie d'une décision de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) du 25 août 2020 lui attribuant ainsi une aide humaine de 38 heures par semaine dont 6 heures pour le temps de cantine pour la période du 25 août 2020 au 31 juillet 2023. M. H fait valoir que ces décisions n'ont pas été correctement exécutées sur l'année scolaire 2020/2021 de sorte que ses filles se sont retrouvées en grande difficulté pour poursuivre leur scolarisation et se sont retrouvées isolées de nombreux mois sans pouvoir prendre part aux cours et se rendre dans leurs établissements scolaires respectifs à savoir le lycée Les coteaux à Cannes et le Collège Les Mimosas à Mandelieu-la-Napoule. Cette situation a constitué une grande source de stress pour la famille et a entrainé des tendances dépressives chez les deux filles de M. H ayant rendu nécessaire leur suivi psychologique. M. H fait également valoir que les décisions susmentionnées ne sont toujours pas correctement mises en œuvre au titre de l'année scolaire 2021/2022, I ne bénéficiant pas d'AESH lors des heures de repas et E ne bénéficiant d'aucun accompagnement depuis janvier 2020. Par la présente requête il doit être regardé comme demandant au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au rectorat de l'académie de Nice de procéder à la correcte exécution des décisions par lesquelles la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) a accordé à ses enfants une aide humaine individuelle pour la scolarisation, y compris sur le temps de cantine.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'une décision ". ". Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
3. M. H demande la condamnation de l'Etat à lui verser des indemnités au titre d'une part, des préjudices moraux subis par l'ensemble de sa famille, d'autre part, des frais médicaux engagés pour assurer le suivi psychologique de ses filles, rendu nécessaire par la mauvaise gestion des AESH par le rectorat de l'Académie de Nice. Toutefois, il ne relève pas de l'office du juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de connaître de conclusions indemnitaires. Par suite, les conclusions de M. H tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser diverses indemnités, sans que celles-ci aient par ailleurs été demandées à l'occasion d'un recours préalable devant l'administration concernée, doivent être regardées comme manifestement irrecevables et ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. Aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'éducation : " Le droit à l'éducation est garanti à chacun afin de permettre de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale, d'exercer sa citoyenneté. " ; Aux termes de l'article L. 112-1 dudit code : " Pour satisfaire aux obligations qui lui incombent en application des articles L. 111-1 et L. 111-2, le service public de l'éducation assure une formation scolaire, professionnelle ou supérieure aux enfants, aux adolescents et aux adultes présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant. Dans ses domaines de compétence, l'Etat met en place les moyens financiers et humains nécessaires à la scolarisation en milieu ordinaire des enfants, adolescents ou adultes handicapés. " Par ailleurs, aux termes de l'article L. 351-3 du même code : " Lorsque la commission mentionnée à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles constate que la scolarisation d'un enfant dans une classe de l'enseignement public ou d'un établissement mentionné à l'article L. 442-1 du présent code requiert une aide individuelle dont elle détermine la quotité horaire, cette aide peut notamment être apportée par un accompagnant des élèves en situation de handicap recruté conformément aux modalités définies à l'article L.917-1. " Aux termes de l'article L. 114-1 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne handicapée a droit à la solidarité de l'ensemble de la collectivité nationale, qui lui garantit, en vertu de cette obligation, l'accès aux droits fondamentaux reconnus à tous les citoyens ainsi que le plein exercice de sa citoyenneté. " Aux termes de l'article L. 114-2 de ce même code : " Les familles, l'Etat, les collectivités locales, les établissements publics () associent leurs interventions pour mettre en œuvre l'obligation prévue à l'article L. 114-1, en vue notamment d'assurer aux personnes handicapées toute l'autonomie dont elles sont capables. A cette fin, l'action poursuivie vise à assurer l'accès de l'enfant, de l'adolescent ou de l'adulte handicapé aux institutions ouvertes à l'ensemble de la population et son maintien dans un cadre ordinaire de scolarité, de travail et de vie (). "
5. Lorsqu'une collectivité territoriale organise un service de restauration scolaire ou des activités complémentaires aux activités d'enseignement et de formation pendant les heures d'ouverture des établissements scolaires, il lui incombe, ainsi qu'il résulte, notamment, des dispositions du code de l'action sociale et des familles précitées, de veiller à assurer que, sans préjudice du respect des conditions prévues pour l'ensemble des élèves, les élèves en situation de handicap puissent, avec, le cas échéant, le concours des aides techniques et des aides humaines dont ces élèves bénéficient au titre de leur droit à compensation en application du code de l'action sociale et des familles et du code de la sécurité sociale, y avoir effectivement accès. Il s'ensuit que lorsque l'Etat, sur le fondement de la décision d'une commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées allouant l'aide prévue à l'article L. 351-3 du code de l'éducation, recrute une personne pour accompagner un enfant en situation de handicap durant le temps scolaire et qu'en outre, cet enfant recourt au service de restauration scolaire ou participe à tout ou partie des activités complémentaires ou périscolaires organisées dans son établissement scolaire, il appartient à l'Etat de déterminer avec la collectivité territoriale qui organise ce service et ces activités si et, le cas échéant, comment cette même personne peut intervenir auprès de l'enfant durant ce service et ces activités, de façon à assurer, dans l'intérêt de l'enfant, la continuité de l'aide qui lui est apportée.
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'AESH de Mme I H, Mme C F, a vu, dès le mois de septembre, ses heures diminuer passant de 30 heures à 26 heures par semaine. Cette diminution a eu pour conséquence l'absence d'accompagnement de la jeune fille et son isolement pendant les heures du déjeuner depuis octobre 2021, l'AESH désignée ayant offert bénévolement son assistance durant le mois de septembre pour les heures manquantes. Or, il résulte des dispositions qui précèdent qu'il incombe à l'Etat, en l'espèce au recteur de l'académie de Nice, de rendre possible l'accompagnement des élèves en situation de handicap pendant ces heures conformément aux décisions de la MDPH qui les concernent. En l'espèce l'accompagnement de I Gondrein pendant les heures du déjeuner est explicitement prévu par une décision d'attribution de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) du 22 juin 2021.
7. D'autre part, il apparait que le contrat d'engagement portant recrutement d'un agent vacataire, en l'espèce Mme A G, pour assurer l'assistance de E H en qualité d'AESH, ne portait que sur la période du 20 septembre 2021 au 31 décembre 2021 contrairement à ce qu'affirme le département qui a pourtant fournit ledit contrat. Aussi la jeune fille se retrouve depuis la rentrée scolaire de janvier, sans aucune aide humaine, contrairement à ce que prévoit la décision d'attribution de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) du 25 août 2020, mettant alors en péril la pérennité de sa scolarisation ainsi que sa sécurité physique et mentale. Ainsi, eu égard aux conséquences qu'a sur la scolarité et sur la sécurité physique et mentale des filles de M. H, la carence du rectorat de Nice dans l'organisation de l'assistance des enfants en situation de handicap, la demande présente un caractère d'urgence et d'utilité.
8. Il résulte de ce qui précède que M. H est fondé à demander à ce qu'il soit enjoint au recteur de l'académie de Nice d'assurer la continuité de la prise en charge de I H par un AESH-i sur le temps de cantine et de procéder à la désignation d'un AESH-i pour E H en application des décisions d'attribution de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) des 22 juin 2021 et 25 août 2020. Il y a lieu d'enjoindre au recteur de l'académie de Nice d'assurer la continuité de la prise en charge de I H par un AESH-i sur le temps de cantine et de procéder à la désignation d'un AESH-i pour E H. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au recteur de l'académie de Nice d'assurer la continuité de la prise en charge de I H par un AESH-i sur le temps de cantine et de procéder à la désignation d'un AESH-i pour E H.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D H, au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et au département des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Nice.
Fait à Nice, le 29 juillet 2022.
Le juge des référés,
signé
C. B
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026