mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2105951 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CHAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 novembre 2021 et le 25 août 2023, M. A B, représenté par Me Teboul-Giorgi, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Nice et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à lui verser la somme de 692 451,42 euros en réparation des préjudices subis suite à l'intervention du 29 janvier 2018 pour la pose d'une prothèse totale de la hanche ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nice et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité du CHU de Nice et de l'ONIAM est engagée ; il a été victime d'une neurapraxie du nerf fémoral au cours de la chirurgie pour la pose d'une prothèse totale de la hanche ;
- les dommages sont directement imputables à des actes de soins ;
- les dommages ont eu des conséquences anormales au regard de son état de santé ; il a été victime d'un aléa thérapeutique ;
- il est fondé à solliciter l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis et se décomposant comme suit :
* au titre des dépenses de santé actuelles : 1 050,09 euros ;
* au titre de l'aide à tierce personne : 2 592 euros ;
* au titre des frais de déplacement : 809,03 euros ;
* au titre de la perte de gains professionnels futurs : 454 500 euros ;
* au titre de la perte des droits à la retraite : 65 203,20 euros ;
* au titre de l'incidence professionnelle : 69 238,80 euros ;
* au titre du déficit fonctionnel temporaire : 4 546,50 euros ;
* au titre du déficit fonctionnel permanent : 51 500 euros ;
* au titre des souffrances endurées : 20 000 euros ;
* au titre du préjudice esthétique temporaire : 4 000 euros ;
* au titre du préjudice esthétique permanent : 2 000 euros ;
* au titre du préjudice d'agrément : 6 000 euros ;
* au titre du préjudice d'établissement : 6 000 euros ;
* au titre du préjudice d'impréparation : 5 000 euros ;
* au titre du préjudice matériel : 21,80 euros.
Par un mémoire, enregistré le 6 décembre 2021, la caisse primaire d'assurance maladie du Var indique qu'elle n'entend pas intervenir dans la présente instance.
Par des mémoires en défense, enregistré le 24 février 2022, le centre hospitalier universitaire de Nice, représenté par Me Chas conclut au rejet de la requête.
Le centre hospitalier universitaire de Nice fait valoir que M. B a été victime d'un aléa thérapeutique et que sa responsabilité ne saurait ainsi être engagée.
Par des mémoires enregistrés le 20 juin 2023 et le 26 janvier 2024, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Fitoussi, conclut :
1°) à titre principal, à ce qu'il soit mis hors de cause
2°) à titre subsidiaire, au rejet de la requête.
L'ONIAM fait valoir que les seuils de gravité justifiant une indemnisation des préjudices au titre de la solidarité nationale ne sont pas atteints.
Par une ordonnance du 30 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 21 mars 2024 à 12 heures.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 18 mai 2021 par laquelle la présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur C à la somme de 2 340 euros TTC et ont été mis à la charge de M. B.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 juin 2024 :
- le rapport de Mme Chaumont, première conseillère,
- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,
- et les observations de Me Fernez, représentant le centre hospitalier universitaire de Nice.
1. M. A B, né le 8 décembre 1960, souffrait d'une coxarthrose de la hanche droite. Il a subi une intervention au centre hospitalier universitaire de Nice, le 29 janvier 2018, pour la pose d'une prothèse totale de la hanche. A la suite de l'opération, il souffre d'une parésie du nerf fémoral droit. Par une ordonnance du 1er septembre 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Nice a ordonné une expertise médicale et désigné le docteur C comme expert. Un rapport d'expertise a été déposé au greffe du tribunal le 26 janvier 2021. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner le centre hospitalier universitaire de Nice et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à lui verser la somme de 718 411,42 euros en réparation des préjudices subis.
Sur la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Nice :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ". Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
3. En l'espèce, à la suite de l'intervention du 29 janvier 2018 pour la pose d'une prothèse totale de la hanche, M. B a été victime d'une parésie du nerf crural. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du docteur C, qu'aucune faute médicale, de diagnostic ou de soin dans l'organisation ou le fonctionnement des services ne peut être retenue à l'encontre du CHU de Nice. En effet, l'expert, après avoir indiqué que M. B présentait un état antérieur à type dysplasie fémoro cotyloïdienne ayant entrainé une coxarthrose, relève que le requérant a été correctement informé des risques liés à l'opération envisagée, que l'indication thérapeutique et la technique utilisée étaient conformes aux données de la science et que l'intéressé a fait l'objet d'un suivi régulier après son opération, ce qui a permis de diagnostiquer rapidement la parésie partielle du nerf fémoral et de mettre en place un traitement. L'expert indique également qu'il s'agit d'un aléa thérapeutique et que l'état de santé du patient ne le prédisposait pas à cette complication. Ainsi, M. B n'est pas fondé à soutenir que le centre hospitalier universitaire de Nice a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
4. Il résulte de ce qui précède qu'aucune faute ne peut être imputée au CHU de Nice.
Sur l'indemnisation par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale :
5. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire ". Et aux termes de son article D. 1142-1 : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; 2° Ou lorsque l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence. ".
6. Il résulte des dispositions combinées du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique et de l'article D. 1142-1 du même code que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique.
7. Il résulte du rapport d'expertise que le taux d'incapacité permanente partielle de M. B imputable à l'accident médical est de 15%, que son déficit fonctionnel temporaire (DFT) n'a pas dépassé le taux de 50% requis par le texte pendant une durée égale au moins à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois (DFT total du 29 janvier au 23 février 2018 soit pendant 26 jours et DFT partiel de 50% du 24 février au 23 juin 2018 soit pendant 120 jours) et, enfin, que M. B ne travaillait pas lors de l'intervention chirurgicale ayant donné lieu à l'accident médical.
8. La condition de gravité conditionnant le droit à indemnisation au titre de la solidarité nationale ne peut donc être regardée comme remplie en l'espèce.
9. Il s'ensuit que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'ONIAM doit prendre en charge, au titre de la solidarité nationale, l'indemnisation des conséquences dommageables résultant de son accident médical non fautif.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.
Sur les dépens :
11. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. ".
12. Les frais d'expertise ont été taxés et liquidés à la somme de 2 340 euros par une ordonnance du 18 mai 2021 de la présidente du tribunal administratif de Nice. Il y a lieu de mettre ces frais d'expertise à la charge définitive de M. B.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du centre hospitalier universitaire de Nice et de l'ONIAM, qui ne sont pas les parties perdantes à la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 2 340 euros TTC sont mis à la charge définitive de M. A B.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la caisse primaire d'assurance maladie du Var, au centre hospitalier universitaire de Nice et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux.
Copie en sera adressée à la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Chaumont, première conseillère,
Mme Duroux, première conseillère,
Assistés de Mme Ravera, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.
Le rapporteur,
signé
A-C. Chaumont
Le président,
signé
F. Pascal La greffière,
signé
C. Ravera
La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026