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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2106042

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2106042

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2106042
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPIOZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 novembre 2021 et 14 juin 2022, la société à responsabilité limitée Way Way Way, représentée par Me Piozin demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période allant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 ;

2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2016 mis à sa charge ;

3°) de prononcer la décharge de l'amende prévue à l'article 1759 du code général des impôts mise à sa charge au titre de l'année 2016 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure de vérification est irrégulière en l'absence de saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ;

- la compensation prévue à l'article L. 203 du livre des procédures fiscales sollicitée par l'administration fiscale ne peut être admise qu'à hauteur de 6 667 euros au titre de l'année 2014 et 3 000 euros au titre de l'année 2015,

- les entreprises choisies par l'administration fiscale pour déterminer le coefficient de marge au titre de l'année 2016 ne sont pas des entreprisse similaires de sorte que le coefficient de marge retenu de 2,5 n'est pas pertinent ; l'administration fiscale n'apporte pas, par conséquent, la preuve que le taux de 2,08 retenu est insuffisant ;

- l'amende infligée sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts au titre de l'année 2016 n'est pas fondée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2022, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au non-lieu à statuer à hauteur des dégrèvements accordés en cours d'instance et au rejet du surplus de la requête.

Il fait valoir que :

- il a, en cours d'instance, procédé au dégrèvement des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de la société au titre des exercices 2014 et 2015, de l'amende pour distributions occultes de l'année 2015 et de la majoration pour manœuvres frauduleuses d'un montant total de 341 315 euros ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés ;

- il y a lieu de procéder à la compensation entre le dégrèvement admis au titre des exercices clos en 2014 et 2015 et l'insuffisance de taxe sur la valeur ajoutée collectée déclarée au titre de la période concernant les exercices clos en 2014 et 2015 en application de l'article L. 203 du livre des procédures fiscales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chevalier, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Way Way Way exerce une activité de commerce de détail de chaussures. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur l'ensemble des opérations et déclarations susceptibles d'être examinées au titre de la période allant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016 à l'issue de laquelle elle a notamment été assujettie à des rehaussements d'impositions en matière d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période contrôlée. Prenant acte des dégrèvements prononcés par l'administration fiscale en cours d'instance, la SARL Way Way Way demande au tribunal la décharge des impositions supplémentaires et de l'amende prévue à l'article 1759 du code général des impôts restants à sa charge au titre de l'année 2016.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 23 mars 2022, postérieure à l'introduction de la requête, l'administration a accordé à la société requérante un dégrèvement d'un montant de 341 315 euros correspondant aux cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de la société au titre des exercices 2014 et 2015, de l'amende pour distributions occultes de l'année 2015 et de la majoration pour manœuvres frauduleuses. Par suite, les conclusions aux fins de décharge présentées par la requérante sont devenues sans objet à hauteur du montant ainsi dégrevé.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

3. Aux termes de l'article L. 59 du livre des procédures fiscales : " Lorsque le désaccord persiste sur les redressements notifiés, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis () de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue par l'article 1651 du code général des impôts () ". Aux termes de l'article R. 59-1 du même livre : " Le contribuable dispose d'un délai de trente jours à compter de la réception de la réponse de l'administration à ses observations pour présenter la demande prévue au premier alinéa de l'article L. 59 () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration est tenue, à peine d'irrégularité de la procédure d'imposition, de donner suite à une demande, formulée par le contribuable dans le délai de trente jours à compter de la réception de la réponse de l'administration à ses observations, tendant à la saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires lorsque persiste entre elle-même et le contribuable, à cette étape de la procédure, un désaccord entrant dans le champ de compétence de cette commission.

4. En l'espèce, si la société soutient qu'elle a, par un courrier du 8 février 2018, sollicité la saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, elle ne justifie pas que ce courrier aurait effectivement été adressé à l'administration fiscale. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la procédure d'imposition est irrégulière faute de saisine de cette commission ne peut qu'être écarté.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

5. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge ". Il résulte de l'instruction que les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et les rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de la société au titre de l'année 2016 résultant de la reconstitution de recettes de cette société n'ont pas été soumis à la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. Les impositions contestées ont été établies suivant la procédure de redressement contradictoire et n'ont pas été acceptées par le contribuable. Dans ces conditions, si la société ne conteste pas le rejet de sa comptabilité, il incombe à l'administration d'établir le bien-fondé de la reconstitution de recettes à laquelle elle s'est livrée.

6. Il résulte de l'instruction que le vérificateur a reconstitué le chiffre d'affaires de la société Way Way Way au titre de l'exercice clos en 2016, à partir des achats théoriquement revendus auquel il a affecté un coefficient de marge moyen issu des déclarations d'entreprises analogues situées dans le même secteur géographique et qui exerce la même activité. La société conteste le coefficient de marge retenu par l'administration fiscale au motif, d'une part, que ce coefficient a été calculé sur la base des chiffres d'affaires résultant des achats revendus au titre de l'année 2014 et, d'autre part, que les entreprises choisies par le vérificateur pour déterminer ce coefficient, si elles ont la même activité, n'exercent pas dans des conditions d'exploitation similaires.

7. En premier lieu, il ressort des termes de la proposition de rectification que, pour établir le coefficient de marge moyen, le vérificateur s'est fondé non seulement sur les chiffres d'affaires réalisés par des sociétés en 2014, mais également sur ceux réalisés par d'autres sociétés au titre des exercices clos en 2015 et 2016. Cette circonstance, qui s'explique par le fait que la procédure de vérification de comptabilité portait sur la période allant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016 n'est pas de nature à priver de pertinence ce coefficient au titre de l'exercice 2016 alors qu'il résulte de l'instruction qu'au titre de cet exercice, le vérificateur a tenu compte des résultats de 12 entreprises.

8. En second lieu, contrairement à ce que soutient la société requérante, il résulte de l'instruction que le vérificateur s'est fondé pour déterminer le coefficient moyen, sur les chiffres d'affaires et les coefficients pratiqués par 14 entreprises au titre de l'exercice 2014, 13 entreprises au titre de l'exercice 2015 et 12 entreprises au titre de l'exercice clos en 2016, qui ne sont pas toujours identiques au titre de chaque exercice. La société se borne à contester le choix de 12 des 14 entreprises retenues par l'administration fiscale au titre de l'exercice 2014 en soutenant, tout d'abord que 10 d'entre elles ne peuvent être regardées comme similaires dès lors que les chaussures vendues étant plus onéreuses, les conditions d'exploitation ne sont pas analogues. Toutefois, en se bornant à produire des relevés de vente de deux entreprises, la société ne conteste pas sérieusement la pertinence des termes de comparaison choisis par le service. La circonstance que deux entreprises aient été radiées du registre du commerce et des sociétés est sans incidence sur la pertinence de leur choix par l'administration fiscale dès lors que cette radiation est postérieure à la période vérifiée. Par ailleurs, la société ne saurait utilement se prévaloir des chiffres d'affaires et coefficients de marge de 2016 des sociétés retenues par l'administration fiscale au titre de l'exercice 2014 dès lors que ces entreprises, ne correspondent pas, pour huit d'entre elles, à celles retenues par l'administration au titre de l'exercice 2016.

9. Dans ces conditions et alors que la pertinence des 19 autres termes de comparaison n'est pas contestée par la société requérante, la méthode retenue par l'administration fiscale pour déterminer le coefficient de marge de la société requérante ne peut être regardée comme radicalement viciée dans son principe ni comme excessivement sommaire. Par suite, elle doit être regardée comme établissant le bien-fondé de la reconstitution de recettes à laquelle elle a procédé.

En ce qui concerne les pénalités :

10. Aux termes de l'article 117 du code général des impôts : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. En cas de refus ou à défaut de réponse dans ce délai, les sommes correspondantes donnent lieu à l'application de la pénalité prévue à l'article 1759 ". Aux termes de l'article 1759 du même code : " Les sociétés et les autres personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés qui versent ou distribuent, directement ou par l'intermédiaire de tiers, des revenus à des personnes dont, contrairement aux dispositions des articles 117 et 240, elles ne révèlent pas l'identité, sont soumises à une amende égale à 100 % des sommes versées ou distribuées. Lorsque l'entreprise a spontanément fait figurer dans sa déclaration de résultat le montant des sommes en cause, le taux de l'amende est ramené à 75 % ". Il résulte de ces dispositions qu'une société qui, bien que dûment informée de la sanction encourue, oppose un refus à la demande de l'administration tendant à ce que lui soit révélée l'identité des personnes bénéficiaires de sommes versées ou distribuées, est redevable d'une amende égale au montant de ces mêmes sommes. Le montant de cette amende est ramené aux trois quarts de ces sommes lorsque l'entreprise a spontanément fait figurer dans sa déclaration de résultat leur montant.

11. Il résulte de l'instruction et en particulier des termes de la proposition de rectification en date du 18 décembre 2017 que l'administration, a considéré que les recettes reconstituées au titre de l'exercice clos en 2016 constituent un avantage consenti par la société à des tiers qui n'ont pas été identifiés. Il est constant que la société requérante en dépit d'une demande en ce sens n'a pas procédé à leur désignation.

12. Dès lors qu'il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration a établi les rehaussements en litige au titre de l'exercice 2016, le moyen tiré de l'absence de bien- fondé de l'amende en litige en raison de l'absence de bien-fondé des impositions supplémentaires ayant donné lieu aux distributions, à supposer qu'il soit soulevé, doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la société Way Way Way doivent être rejetées.

Sur la demande de compensation présentée par l'administration :

14. Aux termes de l'article L. 203 du livre des procédures fiscales : " Lorsqu'un contribuable demande la décharge ou la réduction d'une imposition quelconque, l'administration peut, à tout moment de la procédure et malgré l'expiration des délais de prescription, effectuer ou demander la compensation dans la limite de l'imposition contestée, entre les dégrèvements reconnus justifiés et les insuffisances ou omissions de toute nature constatées dans l'assiette ou le calcul de l'imposition au cours de l'instruction de la demande ".

15. L'administration fait valoir que la société a déposé au cours des années 2014 et 2015 des déclarations de taxe sur la valeur ajoutée qui ne faisaient état d'aucun chiffre d'affaires imposable alors que les loyers perçus au titre de la mise en location gérance de son fonds de commerce étaient assujettis à cette taxe. Considérant que les loyers perçus au titre des années 2014 et 2015 étaient respectivement de 40 000 euros et 38 000 euros, elle demande à ce qu'il soit opéré une compensation entre les rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui ont fait l'objet de dégrèvements pour des montants de 22 722 euros au titre de l'année 2014 et de 22 726 euros au titre de l'année 2015 et la taxe sur la valeur ajoutée collectée par la société en raison de ces loyers et qui n'a pas été déclarée pour des montants de 8 000 euros au titre de l'année 2014 et de 7 600 euros au titre de l'année 2015.

16. S'il résulte de l'instruction et notamment de la proposition de rectification que les loyers perçus par la société requérante sont de 40 000 euros au titre de l'année 2014, ils ne sont que de 18 000 euros au titre de l'année 2015. Par ailleurs, l'administration fiscale pour déterminer le montant de la taxe sur la valeur ajoutée collectée par la société a appliqué le taux de 20% à ces montants alors que constituant la somme totale perçue par la société au titre d'une activité assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée, cette taxe doit être regardée comme comprise dans ces montants. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir que les montants de la taxe sur la valeur ajoutée collectée étant compris dans les sommes perçues s'élèvent à 6 667 euros au titre de l'année 2014 et 3 000 euros au titre de l'année 2015. Par suite, il ne peut être fait droit à la demande de compensation formée par l'administration fiscale, qui a donné lieu à un dégrèvement d'office, qu'à hauteur de ces sommes.

Sur les frais du litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, la somme que demande la société requérante sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête à concurrence du dégrèvement prononcé en cours d'instance.

Article 2 : La demande de compensation présentée par l'administration fiscale présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 203 du livre des procédures fiscales au titre des rappels de taxe sur la valeur ajoutée dont elle a prononcé le dégrèvement au titre de la période couvrant les années 2014 et 2015 est admise à hauteur de 6 667 euros au titre de l'année 2014 et 3 000 euros au titre de l'année 2015.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Way Way Way et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Zettor, première conseillère,

Mme Chevalier, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

C. Chevalier

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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