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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2106368

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2106368

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2106368
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantAIZAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête un mémoire enregistrés les 3 décembre 2021 et 8 juillet 2024, la société à responsabilité limitée Full On, représentée par Me Da Costa, demande au tribunal

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge concernant la période au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que c'est à tort que l'administration fiscale a soumis à la taxe sur la valeur ajoutée en France, les prestations de pose et dépose de revêtements au sol intégrant la fourniture des revêtements fournis à des sociétés établies dans d'autres Etats membres de l'Union européenne dans le cadre de l'aménagement de stands dans les salons, foires et expositions en France dès lors que ces prestations constituent une prestation unique de services imposables à la taxe sur la valeur ajoutée dans l'Etat d'établissement de chacun de ses clients en application de l'article 259 du code général des impôts.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2022, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chevalier, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Full On, ayant son siège en France et y exerçant une activité de vente de moquette à des professionnels, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période allant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 à l'issue de laquelle l'administration a mis en recouvrement des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période vérifiée. Par un courrier du 29 juin 2020, la société a contesté les rappels ainsi mis à sa charge. Cette réclamation préalable ayant été rejetée par l'administration fiscale le 6 octobre 2021, la société requérante demande au tribunal de prononcer la décharge de ces rappels de taxe sur la valeur ajoutée.

2. D'une part, aux termes de l'article 259 du code général des impôts : " Le lieu des prestations de services est situé en France : 1° Lorsque le preneur est un assujetti agissant en tant que tel et qu'il a en France : a) Le siège de son activité économique () ". Aux termes de l'article 256 : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. / II. - 1° Est considéré comme livraison d'un bien, le transfert du pouvoir de disposer d'un bien corporel comme un propriétaire. () / IV. - 1° Les opérations autres que celles qui sont définies au II, notamment la cession ou la concession de biens meubles incorporels, le fait de s'obliger à ne pas faire ou à tolérer un acte ou une situation, les opérations de façon, les travaux immobiliers et l'exécution des obligations du fiduciaire, sont considérés comme des prestations de services ; / () ". Et aux termes de l'article 262 du code général des impôts : " I. - Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : / 1° les livraisons de biens expédiés ou transportés par le vendeur ou pour son compte, en dehors de la Communauté européenne ainsi que les prestations de services directement liées à l'exportation ; / () ".

3. D'autre part, il résulte des dispositions de la directive 2006/112/CE relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée, telles qu'interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, que, lorsqu'une opération économique soumise à la taxe sur la valeur ajoutée est constituée par un faisceau d'éléments et d'actes, il y a lieu de prendre en compte toutes les circonstances dans lesquelles elle se déroule aux fins de déterminer si l'on se trouve en présence de plusieurs prestations ou livraisons distinctes ou d'une prestation ou d'une livraison complexe unique. Chaque prestation ou livraison doit en principe être regardée comme distincte et indépendante. Toutefois, l'opération constituée d'une seule prestation sur le plan économique ne doit pas être artificiellement décomposée pour ne pas altérer la fonctionnalité du système de la taxe sur la valeur ajoutée. De même, dans certaines circonstances, plusieurs opérations formellement distinctes, qui pourraient être fournies et taxées séparément, doivent être regardées comme une opération unique lorsqu'elles ne sont pas indépendantes. Tel est le cas lorsque, au sein des éléments caractéristiques de l'opération en cause, certains éléments constituent la prestation principale, tandis que les autres, dès lors qu'ils ne constituent pas pour les clients une fin en soi mais le moyen de bénéficier dans de meilleures conditions de la prestation principale, doivent être regardés comme des prestations accessoires partageant le sort fiscal de celle-ci. Tel est le cas, également, lorsque plusieurs éléments fournis par l'assujetti au consommateur, envisagé comme un consommateur moyen, sont si étroitement liés qu'ils forment, objectivement, une seule opération économique indissociable, le sort fiscal de celle-ci étant alors déterminé par celui de la prestation prédominante au sein de cette opération.

4. Les rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige portent sur les ventes de revêtements de sols qui assortissent les prestations de service relatives à leur pose et dépose facturées à des sociétés établies dans d'autres Etats membres de l'Union européenne. La société, considérant que ces ventes constituent avec les prestations de pose et dépose une prestation unique de service a appliqué à ces prestations, le régime de territorialité de la taxe sur la valeur ajoutée prévu par les dispositions du 1° de l'article 259 du code général des impôts conduisant à l'absence de facturation de la taxe sur la valeur ajoutée en France. Le service a opéré les rappels de taxe sur la valeur ajoutée sur la vente des revêtements de sol sur le fondement de l'article 256 du code général des impôts au motif, que cette prestation constitue une livraison de biens qui n'étant pas expédiée hors du territoire et étant dissociable de la prestation de service de pose et dépose du revêtement devait être assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée en France.

5. Il résulte de l'instruction que dans le cadre de foires, salons ou expositions, la société requérante propose non seulement la vente de revêtements de sol assortie de leur pose et dépose mais aussi uniquement la vente de revêtements de sols, la pose et dépose n'étant pas alors assurée par la société. Elle n'effectue pas en revanche la seule prestation de pose et dépose de revêtements de sols. De plus, il est constant que la majeure partie des factures établies par la société précise le prix de la pose distinguant par conséquent cette prestation de la vente des revêtements de sols. Si la société soutient que ces prestations sont indissociables contractuellement dans l'esprit de ses clients, la seule production, d'un bon de commande vierge faisant état d'un prix unitaire incluant tant la fourniture que sa pose et dépose, d'attestations des sociétés clientes de reprise des marchandises fournies et de factures de l'entreprise Véolia procédant au traitement des déchets liés à cette reprise ne permet pas d'en justifier. Par ailleurs, elle ne produit aucun élément de nature à établir que la fourniture des revêtements de sols, lors de l'établissement des stands de clients dans le cadre des salons, foires ou exposition, ne constitue pas une fin en soi et constitue uniquement l'accessoire de la prestation principale de pose et dépose de ces revêtements. Dans ces conditions, l'existence d'un lien indissociable tel qu'invoqué par la société n'étant pas établie, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que ses livraisons de revêtements de sols ayant fait l'objet des rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige constitueraient avec les prestations de services de pose et dépose une opération unique.

6. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration fiscale a considéré que ces livraisons étaient assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée en France et procédé aux rappels correspondants.

7. Les conclusions à fin de décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société à responsabilité limitée Full On est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Full On et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Zettor, première conseillère,

Mme Chevalier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

C. Chevalier

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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