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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2106489

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2106489

mercredi 6 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2106489
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCIAUDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 15 décembre 2021, le 8 novembre 2022 et le 22 août 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Astor, représentée par Me Ciaudo, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits, intérêts et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2017 et 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

- la procédure de taxation d'office a été mise en œuvre à tort dès lors que, si elle a déposé tardivement ses déclarations de résultats, c'est à la demande du vérificateur qui lui a demandé d'attendre pour cela la fin du contrôle ; le vérificateur a ainsi méconnu le principe d'unicité de l'administration et l'obligation pesant sur un service incompétent de transmettre au service compétent, et a manqué à son devoir de loyauté ;

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition en litige :

- la comptabilité de l'entreprise n'aurait pas dû être rejetée dès lors qu'elle est régulière et sincère ;

- la vente de lots de copropriété à M. B A ne constitue pas un acte anormal de gestion ; les éléments de comparaison utilisés par le service pour évaluer la valeur vénale de ces biens ne sont pas similaires aux biens vendus, la valeur de ces derniers doit donc faire l'objet d'un abattement pour en tenir compte ; les biens en cause faisaient partie des stocks de la société et avaient vocation à être revendus rapidement et ont été acquis à un prix faible, de sorte que la vente à un prix de 180 000 euros n'a pas appauvri la société ; le service a reconnu que le prix de vente correspondait à la valeur vénale des biens dès lors qu'après avoir imposé l'acquéreur du bien au titre de la différence entre le prix de vente et la valeur reconstituée des biens, il a fait entièrement droit à sa réclamation, de sorte que cette prise de position de l'administration fiscale est invocable en application des articles L. 80 A et L. 80 B du livre des procédures fiscales ;

- il est justifié que la totalité des loyers encaissés a été déclarée ;

- le rejet des amortissements au titre des exercices 2017 et 2018 est insuffisamment motivé, en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, dès lors que le service n'a pas démontré que les amortissements auraient été comptabilisés hors du délai de déclaration ;

- elle pouvait valablement passer en charges, et non immobiliser, des biens acquis pour une valeur individuelle inférieure à 500 euros, en application du paragraphe n° 1 de la documentation administrative référencée BOI-BIC-CHG-20-30-10 ;

- les reports de déficits sont justifiés ; le crédit au compte courant d'associé en date du 31 décembre 2011 d'un montant de 39 000 euros correspond au remboursement d'une avance consentie par cette associée, au nom de l'entreprise, en vue de l'obtention d'un financement ; les autres crédits au compte courant d'associé correspondent au remboursement du règlement de plusieurs factures effectué par cette associée ; l'ensemble des loyers encaissés a bien été déclaré ; le rejet des amortissements au titre des années 2010 à 2016 est insuffisamment motivé ; les biens acquis au cours des années 2011 à 2016 d'une valeur unitaire inférieure à 500 euros pouvaient être passés en charge, en application du paragraphe n° 1 de la documentation administrative référencée BOI-BIC-CHG-20-30-10 ; la provision du 31 décembre 2011 d'un montant de 18 054,18 euros n'aurait pas dû être rejetée alors qu'elle a le même objet que celle du même jour d'un montant de 217 000 euros qui a été admise ; les charges déduites rejetées par le service en l'absence de justificatifs sont justifiées ; les frais de restaurants sont justifiés ; les charges considérées par le service comme non déductibles par le propriétaire ont bien été supportées par elle ;

En ce qui concerne la majoration prévue à l'article 1728 du code général des impôts :

- cette majoration ne peut être prononcée dès lors que c'est en raison des consignes données par le vérificateur qu'elle n'a pas déposé ses déclarations de résultats dans les délais impartis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2022, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la SARL Astor ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 5 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 octobre 2023 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 octobre 2024 :

- le rapport de M. Loustalot-Jaubert, rapporteur,

- et les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Astor, qui exerce une activité de marchand de biens et de location de biens meublés, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018. L'administration lui a notifié, par proposition de rectification du 24 novembre 2020, des rehaussements d'impôt sur les sociétés selon la procédure de taxation d'office en application du 2° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, au titre des exercices 2017 et 2018. Ces impositions supplémentaires, d'un montant en droits, intérêts et pénalités de 218 613 euros, ont été mises à sa charge par un avis de mise en recouvrement du 30 avril 2021. Par la présente requête, la SARL Astor demande la décharge, en droits, intérêts et pénalités, des impositions supplémentaires ainsi mises à sa charge.

Sur la régularité de la procédure :

2. Aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : () / 2° à l'impôt sur les sociétés, les personnes morales passibles de cet impôt qui n'ont pas déposé dans le délai légal leur déclaration, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 68 ; () ". Aux termes de l'article L. 68 du même livre : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2°, 5° et 6° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure ". Il appartient au juge de vérifier que le contribuable ne s'est pas trouvé dans un cas de force majeure ayant fait obstacle au respect de ce délai.

3. Il est constant que la SARL Astor, qui n'avait pas déposé dans le délai légal sa déclaration de résultats pour les années 2017 et 2018, n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification de mises en demeure le 22 novembre 2019 et le 14 janvier 2020. Si la requérante soutient qu'elle n'a pas procédé à cette formalité sur les indications du vérificateur ayant mené la vérification de comptabilité, cette circonstance, à la supposer établie, n'est en tout état de cause pas constitutive d'un cas de force majeure ayant fait obstacle au respect des délais impartis. Par suite, la SARL Astor n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration fiscale a mis en œuvre la procédure de taxation d'office.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

4. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". L'article R. 193-1 du même livre dispose que : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".

5. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 qu'il incombe à la SARL Astor d'établir le caractère exagéré des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés qui ont été mises à sa charge selon la procédure de taxation d'office prévue au 2° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales.

En ce qui concerne le rejet de comptabilité :

6. En vertu de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, la charge de la preuve des graves irrégularités qui entache une comptabilité incombe toujours à l'administration lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge.

7. L'administration fait valoir que la comptabilité de la SARL Astor présentait de nombreuses irrégularités, telles que l'insuffisance de justification des déficits antérieurs à la période contrôlée, le défaut de justification d'écritures au compte courant d'associé, l'insuffisance de justification de certaines charges et de certains actifs ou encore un compte courant d'associé débiteur. Dans ces conditions, et alors que la requérante se borne à soutenir, sans l'établir, que sa comptabilité est régulière, c'est à bon droit que l'administration a rejeté la comptabilité présentée par la SARL Astor.

En ce qui concerne le bénéfice imposable :

8. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt.

9. En premier lieu et d'une part, s'agissant de la cession d'un élément d'actif circulant entre parties liées par des relations d'intérêts, lorsque l'administration, qui n'a pas à se prononcer sur l'opportunité des choix de gestion opérés par une entreprise, soutient que la cession a été réalisée à un prix significativement inférieur à la valeur vénale qu'elle a retenue et que le contribuable n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause cette évaluation, elle doit être regardée comme apportant la preuve du caractère anormal de l'acte de cession si le contribuable ne justifie pas que l'appauvrissement qui en est résulté a été décidé dans l'intérêt de l'entreprise, soit que celle-ci se soit trouvée dans la nécessité de procéder à la cession à un tel prix, soit qu'elle en ait tiré une contrepartie.

10. D'autre part, la valeur vénale d'un bien doit être estimée en se référant au prix qui aurait pu être obtenu par le jeu de l'offre et de la demande à la date où l'acquisition est intervenue. Lorsque l'administration procède à l'évaluation de la valeur vénale d'un immeuble, elle doit se référer à des transactions portant sur l'immeuble même ou sur des immeubles similaires situés à proximité de celui-ci et intervenues à une date proche de celle du fait générateur de l'impôt.

11. Il résulte de l'instruction que dans le cadre de son activité de marchand de biens, la SARL Astor a vendu le 27 février 2018 un lot de copropriété, comprenant un garage, trois appartements et deux caves situés au 32 boulevard Raymond Poincaré à Antibes, à M. B A, associé de la société, au prix de 180 000 euros. Les appartements affichaient une surface respective de 106,75, 18,26 et 52,33 m2, soit une superficie totale de 177,34 m2 et un prix de vente par m2 de 1 015 euros. Estimant que le prix de la cession du bien ne reflétait pas sa valeur vénale réelle, l'administration a procédé à une comparaison avec le prix de la cession de dix-huit biens immobiliers situés à proximité du boulevard Raymond Poincaré d'une superficie comprise entre 26 et 100 m2, ventes intervenues entre 2016 et 2018. Elle a, ainsi, abouti à un prix de vente moyen au m2 de 3 333,38 euros s'agissant des biens similaires au plus grand des trois appartements et de 3 449,81 euros s'agissant des biens similaires aux deux plus petits appartements, de sorte qu'elle a déterminé une valeur vénale totale de 599 360 euros à l'ensemble du lot vendu.

12. La SARL Astor, qui conteste la similarité des biens retenus par l'administration, se prévaut de ce que les appartements ayant fait l'objet de la vente en cause se situent en sous-sol, ce qui obère leur valeur. Elle produit à ce titre un rapport d'expertise, établi le 4 novembre 2022 par un expert en évaluations immobilières, qui relève le caractère non décent des trois appartements, en raison du manque de luminosité, d'une forte humidité et d'un défaut d'isolation. Le rapport, qui explique ne pas avoir identifié de vente de logements situés en sous-sol dans le secteur géographique concerné, se propose d'évaluer la valeur vénale des biens en utilisant les valeurs moyennes retenues par l'administration fiscale, et en leur appliquant des abattements correspondant à la différence qualitative entre les biens sélectionnés par l'administration et ceux ayant fait l'objet de la vente en cause. L'administration fiscale n'a pas contesté la pertinence de la méthode ainsi exposée, qui aboutit à une valeur vénale de l'ensemble du lot à 200 000 euros. Dans ces conditions, la requérante établit qu'elle n'a pas consenti à M. A un prix de vente significativement inférieur à la valeur vénale des biens immobiliers en cause, alors, au demeurant, qu'il ne résulte pas de l'instruction que cette vente se soit traduite par un appauvrissement de la société, qui a réalisé une marge commerciale de 20 %.

13. Il en résulte que l'administration ne pouvait considérer qu'il y avait un acte anormal de gestion et ne pouvait donc rehausser de ce fait les bénéfices de la société. Par suite, la SARL Astor est fondée à demander à ce que sa base d'imposition de l'exercice 2017 soit réduite de 419 360 euros et à être déchargée des droits, intérêts et pénalités des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés correspondants.

14. En second lieu, aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " () les produits correspondant à () des versements reçus à l'avance en paiement du prix sont rattachés à l'exercice au cours duquel intervient la livraison des biens pour les ventes ou opérations assimilées et l'achèvement des prestations pour les fournitures de services. Toutefois, ces produits doivent être pris en compte : / a. pour les prestations continues rémunérées notamment par des intérêts ou des loyers et pour les prestations discontinues mais à échéances successives échelonnées sur plusieurs exercices, au fur et à mesure de l'exécution () ". Il résulte de ces dispositions que le résultat d'une opération de location doit être pris en compte dès que cette opération donne naissance à une créance certaine dans son principe et déterminée dans son montant.

15. Il résulte de l'instruction que l'administration a constaté des écarts entre les loyers encaissés par la SARL Astor et les loyers dus en application des baux conclus, à hauteur de 4 265 euros en 2017 et 8 000 euros en 2018. La requérante, qui ne conteste pas utilement ces constatations en se bornant à soutenir qu'elle a déclaré l'ensemble des loyers qu'elle a encaissés, n'apporte pas la preuve que ces faits ne relèvent pas d'une gestion anormale. C'est par suite à bon droit que l'administration a considéré que ces écarts constituaient des renonciations à recettes qui devaient être réintégrés aux bénéfices de la société.

En ce qui concerne les charges déductibles :

S'agissant des amortissements :

16. Il résulte des dispositions de l'article 39 du code général des impôts que ne peuvent être déduits du bénéfice imposable que les amortissements qui ont été effectivement inscrits dans les écritures comptables à la clôture de chacun des exercices concernés et qu'il appartient au contribuable de justifier que cette inscription a été effectuée avant l'expiration du délai imparti pour souscrire la déclaration des résultats annuels de l'entreprise. Par suite, la SARL Astor n'est pas fondée à soutenir que l'administration fiscale a insuffisamment motivé le rehaussement, à défaut d'avoir démontré que la société avait comptabilisé ses amortissements postérieurement à l'expiration du délai de déclaration.

S'agissant des immobilisations passées en charge :

17. Il résulte de l'instruction que l'administration a réintégré à l'actif de la SARL Astor le coût d'acquisition d'équipements destinés à l'ameublement d'appartements qu'elle loue, comptabilisés en charge, pour un montant de 2 243 euros pour l'exercice 2017 et de 1 587 euros pour l'exercice 2018. Il est constant qu'au sens de la loi fiscale, ce coût d'acquisition constitue, non pas une charge déductible des résultats des années 2017 et 2018, mais une dépense ayant accru la valeur de l'actif immobilisé de l'entreprise.

18. Si la requérante se prévaut du paragraphe n° 1 de la documentation administrative référencée BOI-BIC-CHG-20-30-10 publiée le 1er mars 2017, selon lequel certains biens de faible valeur peuvent être admis en charges au titre de l'exercice d'acquisition, cette tolérance ne vaut que dès lors que l'utilisation de ces biens ne constitue pas pour l'entreprise l'objet même de son activité. La SARL Astor ayant principalement pour activité la location d'appartements meublés, les équipements en cause ne sauraient être regardés comme exclus de l'objet même de cette activité. La requérante n'est donc pas fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la documentation administrative publiée sous la référence BOI-BIC-CHG-20-30-10.

S'agissant des déficits antérieurs :

19. D'une part, aux termes de l'article 209 du code général des impôts : " () en cas de déficit subi pendant un exercice, ce déficit est considéré comme une charge de l'exercice suivant et déduit du bénéfice réalisé pendant ledit exercice () ". D'autre part, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Pour l'application des dispositions de l'article 209 du code général des impôts, il appartient, dès lors, au contribuable de justifier l'existence d'un déficit reportable et son montant. Il s'acquitte de cette obligation par la production d'une comptabilité régulière et probante ou, à défaut, par toute autre preuve extracomptable suffisamment probante. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation en produisant une comptabilité, il incombe alors à l'administration, si elle s'y croit fondée, soit de critiquer les écritures ayant conduit à la constatation d'un déficit, soit de demander au contribuable de justifier de la régularité de ces écritures. Il appartient alors au juge de l'impôt d'apprécier la valeur des explications qui lui sont respectivement fournies par le contribuable et par l'administration.

20. En l'espèce, l'administration, qui indique que, s'agissant de l'exercice 2011, la SARL Astor a fourni une copie des balances, grandslivres et journaux sur support papier et n'a, ainsi, pas satisfait aux obligations de présentations des comptabilités informatisées, de sorte que les documents produits sont dépourvus de valeur probante, doit être regardée comme ayant critiqué les écritures ayant conduit à la constatation d'un déficit.

21. En premier lieu, il résulte de l'instruction qu'au titre de l'exercice 2011, la SARL Astor a déduit une somme de 39 000 euros, qu'elle a créditée le 31 décembre 2011 sur le compte courant d'associé de Mme A. La requérante explique que dans le cadre de l'obtention d'un financement en vue d'une opération immobilière à Menton, elle a eu recours aux services d'une société de courtage, MDM Finanziaria, à laquelle elle devait verser un acompte de 39 000 euros, versement effectué le 23 novembre 2010 par Mme A depuis son compte personnel. Elle indique avoir ensuite fait l'objet d'une escroquerie par cette société de courtage. Toutefois, la requérante, au soutien de ses allégations, ne produit qu'un contrat entre la société Astor et la société MDM Finanziara mais qui n'est signé que par cette dernière, et le dépôt de plainte de Mme A le 8 février 2012 ainsi que le compte-rendu d'une audition de celle-ci par la police sans préciser la suite judiciaire qui a été réservée à cette plainte, et n'apporte pas d'élément permettant de regarder la conclusion du contrat avec la société de courtage comme ayant été signé par la gérante dans l'intérêt de la société. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas le caractère déductible de la somme de 39 000 euros créditée sur le compte courant d'associé de Mme A.

22. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction qu'au titre des exercices 2011 et 2012, l'administration a réintégré des sommes créditées sur le compte courant d'associé de Mme A pour un montant total de 15 097 euros en 2011 et 5 681,70 euros en 2012, estimant qu'elles n'étaient pas justifiées. La SARL Astor explique que ces versements correspondent au paiement de factures pour le compte de la société par Mme A. Si l'essentiel des documents qu'elle produit ne permettent pas de justifier que ce soit bien cette associée qui a procédé au règlement des factures, il résulte de l'instruction que l'une d'entre elles, émise par la société Brico-Nice le 19 novembre 2012 et d'un montant de 29,80 euros, a été payée par Mme A. Par suite, la requérante ne justifie du caractère déductible, au titre de l'exercice 2012, que de cette somme.

23. En troisième lieu, si la société soutient avoir déclaré l'ensemble des loyers encaissés au titre des années 2011 à 2016, elle ne conteste pas utilement ne pas avoir encaissé la totalité des loyers dont étaient redevables ses locataires. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a réintégré aux résultats des exercices correspondants les écarts qu'elle a constatés entre les loyers dus en application des baux conclus et les loyers déclarés.

24. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 16, la SARL Astor n'est pas fondée à soutenir que la réintégration aux résultats de l'entreprise des amortissements qu'elle a déclarés au titre des exercices 2010 à 2016 est insuffisamment motivée à défaut pour l'administration fiscale d'avoir démontré que la société avait comptabilisé ses amortissements postérieurement à l'expiration du délai de déclaration.

25. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 17 et 18, la SARL Astor n'est pas fondée à se prévaloir de la doctrine administrative référencée BOI-BIC-CHG-20-30-10 pour soutenir que c'est à tort que l'administration a réintégré à son actif des exercices 2011 à 2016 le coût d'acquisition d'équipements destinés à l'ameublement d'appartements qu'elle loue, qu'elle avait passés en charge.

26. En sixième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la provision comptabilisée le 31 décembre 2011, d'un montant de 18 054,18 euros et libellée " provision 100 % Menton ", aurait le même objet que celle comptabilisée le même jour, d'un montant de 217 000 euros et libellée " provision litige Ferrari ". Par suite, la SARL Astor ne peut pas utilement se prévaloir de ce que cette dernière a été admise par l'administration fiscale pour soutenir que c'est à tort qu'elle a réintégré aux bénéfices de l'exercice 2011 celle d'un montant de 18 054,18 euros.

27. En septième lieu, il résulte de l'instruction que l'administration a réintégré aux résultats de la société des charges qui n'étaient appuyées d'aucun justificatif, pour un montant de 10 754,98 euros en 2011, 7 250,75 euros en 2012, 11 033,94 euros en 2013, 30 002 euros en 2014 et 7 998,33 euros en 2015. Si la SARL Astor fournit, dans le cadre de l'instance, des pièces justificatives consistant, pour l'essentiel, en des factures, ces pièces ne permettent pas à elles-seules d'établir le caractère déductible des charges en cause.

28. En huitième lieu, la SARL Astor, qui se borne à affirmer, sans l'établir, que les frais de restaurant des années 2011, d'un montant de 4 436,30 euros, et 2012, d'un montant de 1 562 euros, sont justifiées par le fait qu'elle poursuivait à l'époque un projet immobilier qui a nécessité des repas avec des responsables d'établissements de crédits, n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a réintégré ces sommes à son actif pour les exercices concernés.

29. En neuvième et dernier lieu, il résulte de l'instruction que l'administration a réintégré aux résultats de la société des charges, libellées " EDF ", d'un montant de 872,27 euros en 2012, 1 831,61 euros en 2013 et 273,20 euros en 2015, au motif qu'elles incombent au locataire du logement et non à son propriétaire, qui ne peut donc pas les déduire sauf à justifier de leur refacturation au locataire. La requérante n'établit pas le caractère déductible de ces charges en se bornant à alléguer que ces sommes correspondent à des factures d'électricité réglées pour des locations saisonnières.

Sur les pénalités :

30. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () / b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ; () ".

31. Il est constant que la SARL Astor, qui n'avait pas déposé dans le délai légal sa déclaration de résultats pour les années 2017 et 2018, n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification de mises en demeure le 22 novembre 2019 et le 14 janvier 2020. Ainsi qu'il a été dit au point 3, elle ne justifie d'aucune situation constitutive d'un cas de force majeure ayant fait obstacle au respect des délais impartis. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a appliqué la majoration prévue au b. du 1 de l'article 1728 du code général des impôts.

32. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Astor est seulement fondée à demander la décharge, en droits, intérêts et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés résultant d'une part, de la réduction de sa base d'imposition de l'exercice 2017 d'une somme de 419 360 euros, d'autre part de la réintégration, dans le déficit déclaré au titre de l'année 2012, d'une somme de 29,80 euros.

Sur les frais liés au litige :

33. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

34. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme demandée par la SARL Astor au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La base d'imposition à l'impôt sur les sociétés de la SARL Astor est réduite d'un montant de 419 360 euros au titre de l'année 2017.

Article 2 : Le montant des déficits reportables de la SARL Astor est rectifié en y réintégrant la somme de 29,80 euros au titre de l'exercice 2012.

Article 3 : La SARL Astor est déchargée, en droits, intérêts et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre de l'année 2017 correspondant à la réduction de base définie à l'article 1er et à la rectification des déficits reportables définie à l'article 2 du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la SARL Astor est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Astor et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Emmanuelli, président,

Mme Raison, première conseillère,

M. Loustalot-Jaubert, conseiller,

assistés par Mme Katarynezuk, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

P. LOUSTALOT-JAUBERTLe président,

Signé

O. EMMANUELLI

La greffière,

Signé

N. KATARYNEZUK

La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier

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