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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2106542

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2106542

mercredi 8 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2106542
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCOBLENCE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 17 décembre 2021 et 14 juin 2022, sous le n° 2106542, la société anonyme Aéroports de la Côte d'Azur, représentée par Me Polak, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction des cotisations de taxe d'enlèvement sur les ordures ménagères, y compris les frais de gestion, mises à sa charge au titre de l'année 2020, augmentées des intérêts moratoires ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 10 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'imposition contestée :

- méconnaît les dispositions de l'article L.80 B du livre des procédures fiscales dès lors que la prise de position antérieure de l'administration sur les impositions relatives à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre des années 2018 et 2019 constitue une garantie fiscale ;

- méconnaît la doctrine référencée BOI-SJ-RES-10-20-10-04032020 n° 220 pour le même motif ;

- méconnaît les dispositions du III de l'article 1521 du code général des impôts au motif que les contraintes d'enlèvement ne permettent pas une collecte effective ;

- méconnaît la doctrine référencée BOI-IF-AUT-90-10-20150624 n°s 170 et 180 pour le même motif ;

- méconnaît les dispositions du 4 du III de l'article 1521 du code général des impôts dès lors qu'aucune délibération contraire de portée générale d'exception à l'exonération d'imposition n'a été adoptée pour 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2022, la direction départementale des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 24 mai 2022, 18 janvier 2023 et 14 août 2024, sous le n° 2202610, la société anonyme Aéroports de la Côte d'Azur, représentée par Me Polak, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction des cotisations de taxes d'enlèvement des ordures ménagères, y compris les frais de gestion, mises à sa charge au titre de l'année 2021, augmentées des intérêts moratoires ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 10 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'imposition contestée :

- méconnaît les dispositions de l'article L.80 B du livre des procédures fiscales dès lors que la prise de position antérieure de l'administration sur les impositions relatives à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères 2018 et 2019 par un dégrèvement total accordé le 8 septembre 2020 constitue une garantie fiscale ;

- méconnaît la doctrine référencée BOI-SJ-RES-10-20-10-04032020 n° 220 pour le même motif ;

- méconnaît les dispositions du III de l'article 1521 du code général des impôts au motif que les contraintes d'enlèvement ne permettent pas une collecte effective ;

- méconnaît la doctrine référencée BOI-IF-AUT-90-10-20150624 n°s 170 et 180 pour le même motif ;

- méconnaît les dispositions du 4 du III de l'article 1521 du code général des impôts dès lors qu'aucune délibération contraire de portée générale d'exception à l'imposition n'a été adoptée pour 2021.

Par trois mémoires en défense, enregistrés le 22 novembre 2022, 23 juillet 2024 et 12 septembre 2024, la direction départementale des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Raison,

- les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public,

- et les observations de Me Hubert, représentant la société anonyme Aéroports de la Côte d'Azur.

Considérant ce qui suit :

1. La société anonyme Aéroports de la Côte d'Azur (SA ACA) a été imposée à la taxe foncière au titre des années 2020 et 2021 par deux avis d'imposition établis les 24 août 2020 et 13 août 2021. Elle a contesté, par deux réclamations en date des 18 mars 2021 et 3 février 2022, les sommes réclamées au titre de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour les deux années concernées. Par décisions en date des 19 octobre 2021 et 25 mars 2022, la direction départementale des finances publiques des Alpes-Maritimes a rejeté ces réclamations. Par les présentes requêtes, la société requérante demande au tribunal de prononcer la réduction, en droits et pénalités, des impositions mises à sa charge au titre de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères concernant les années 2020 et 2021.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2106542 et 2202610 concernent la même requérante, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'interprétation administrative de la loi fiscale :

3. Aux termes de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 80 A du même livre : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration ".

4. Il est constant que l'administration, par deux décisions en date du 8 septembre 2020, a accordé à la requérante les dégrèvements, à hauteur de 34 566 euros et 11 458 euros correspondant aux taxes d'enlèvement des ordures ménagères au titre des années 2018 et 2019. Il résulte cependant de l'instruction, notamment des termes des décisions de dégrèvement, que l'administration a indiqué avoir accepté les réclamations au titre des impositions litigieuses après avoir procédé à " un examen attentif " de celles-ci, sans autre explication. Dès lors, les décisions de dégrèvement en date du 8 septembre 2020 n'étaient motivées ni en fait ni en droit, de telle sorte qu'elles ne constituent pas des prises de position formelle de l'administration sur l'appréciation d'une situation de fait au regard du texte fiscal de nature à entrainer, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L.80 B du livre des procédures fiscales, l'octroi à la société pour 2020 et 2021 du bénéfice de l'exonération de la taxe litigieuse.

5. En outre, si la société requérante cite, au soutien de ses conclusions en décharge, la doctrine administrative contenue dans l'instruction relative à la notion de situation de fait sur laquelle l'administration a pris position en invoquant la doctrine BOI-SJ-RES-10-20-10-04032020 n° 220 du 4 mars 2020, elle ne peut utilement s'en prévaloir dès lors que cette dernière n'ajoute rien à la loi.

6. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de ce que le service n'a pas respecté la garantie fiscale qu'il avait accordée manque en fait et doit être écarté.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

7. En matière de cotisation foncière, aucune charge de preuve ne peut être dévolue à l'une ou l'autre des parties. Par conséquent, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.

8. En premier lieu, aux termes du I de l'article 1520 du code général des impôts : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales ainsi qu'aux dépenses directement liées à la définition et aux évaluations du programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés mentionné à l'article L. 541-15-1 du code de l'environnement, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal () ". Selon l'article 1521 du même code : " I. - La taxe porte sur toutes les propriétés soumises à la taxe foncière sur les propriétés bâties ou qui en sont temporairement exonérées ainsi que sur les logements des fonctionnaires ou employés civils et militaires visés à l'article 1523. Sont également assujetties les es propriétés exonérées de taxe foncière sur les propriétés bâties en application du I de l'article 1382 E. II. Sont exonérés : Les usines, / Les locaux sans caractère industriel ou commercial loués par l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics, scientifiques, d'enseignement et d'assistance et affectés à un service public, III. 1. Les conseils municipaux déterminent annuellement les cas où les locaux à usage industriel ou commercial peuvent être exonérés de la taxe. La liste des établissements exonérés est affichée à la porte de la mairie. 2. Les conseils municipaux ont également la faculté d'accorder l'exonération de la taxe ou de décider que son montant est réduit d'une fraction n'excédant pas les trois quarts en ce qui concerne les immeubles munis d'un appareil d'incinération d'ordures ménagères répondant aux conditions de fonctionnement fixées par un arrêté du maire ou par le règlement d'hygiène de la commune. Les immeubles qui bénéficient de cette exonération ou de cette réduction sont désignés par le service des impôts sur la demande du propriétaire adressée au maire. La liste de ces immeubles est affichée à la porte de la mairie. L'exonération ou la réduction est applicable à partir du 1er janvier de l'année suivant celle de la demande. 3. Les exonérations visées aux 1 et 2 sont décidées par les organes délibérants des groupements de communes lorsque ces derniers sont substitués aux communes pour l'institution de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères. 4. Sauf délibération contraire des communes ou des organes délibérants de leurs groupements, les locaux situés dans la partie de la commune où ne fonctionne pas le service d'enlèvement des ordures sont exonérés de la taxe. ". Il résulte de ces dispositions que la taxe d'enlèvement des ordures ménagères n'est pas une redevance pour service rendu mais un impôt dû à raison de la possession d'un immeuble situé dans une zone où fonctionne le service, alors même qu'il ne serait pas utilisé par le contribuable. Seuls peuvent en être exonérés les contribuables se trouvant dans l'une des situations prévues par les II et III de l'article 1521 précité du code général des impôts.

9. Pour apprécier si une propriété doit ou non être regardée comme desservie par le service d'enlèvement des ordures ménagères au sens du 4 du III de l'article 1521 du code général des impôts et être, le cas échéant, exonérée de la taxe, la distance à retenir est celle qui sépare l'entrée de cette propriété du plus proche point de passage du service ou, le cas échéant, du centre de réception désigné par l'autorité compétente.

10. Il résulte de l'instruction que, pour assujettir la société requérante à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre des années 2020 et 2021, le service a localisé les points de collecte situés à proximité de la zone aéroportuaire à partir du tracé officiel du ramassage des ordures établi par la Métropole Nice Côte d'Azur, en matérialisant sur un plan de l'unité foncière les différents points de référence, par des repères A, C, E, G. Le service a par la suite localisé, à partir des entrées ou sorties de l'unité foncière composée des parcelles cadastrales formant l'assise de l'aéroport de Nice, quatre points d'entrées de la propriété matérialisés sur le même plan par les repères B, D, F, H. Puis le service a réalisé, à partir d'une simulation de trajet en empruntant les voies de circulation routière, les calculs entre les repères A, C, E, G et les points d'entrées de la propriété de la requérante les plus proches B, D, F, H, un calcul de la distance parcourue pour en déduire que la distance la plus courte des trajets de collecte des ordures ménagères en litige était inférieure à 200 mètres.

11. Au soutien de ses conclusions en décharge, la requérante conteste tout d'abord les points de collecte retenus par l'administration, qui ne pourraient pas être utilement considérés comme des lieux de ramassage, en raison de contraintes matérielles telles que l'étroitesse des trottoirs, le volume de déchets à évacuer, la topographie des rues empruntées, le volume des conteneurs d'ordures chaque jour évacués par l'aéroport, mais également en raison de la situation géographique de certains points de collecte localisés dans des virages, des rond points, rendant irréalistes la dépose et la collecte quotidiennes d'environ 200 conteneurs issus des ordures ménagères de l'aéroport. La requérante conteste, ensuite, la localisation des points d'entrée sur sa propriété, au motif que le point B est situé à l'entrée d'un tunnel exigu, imposant pour l'atteindre le franchissement d'une ligne continue, que le point C est situé sur un parking ouvert aux usagers, et que les points E et F ne peuvent être atteints en toute sécurité pour y déposer les ordures. Il résulte cependant de l'instruction que les points de collecte retenus par l'administration, issus du tracé officiel de ramassage des ordures établi par la Métropole Nice Côte d'Azur, signé par son directeur général adjoint, sont ceux correspondant aux différents points de passage de la tournée à proximité de l'unité foncière de la requérante, tandis que les points situés sur la propriété de la requérante sont à juste titre localisés sur des points d'entrées et de sorties de l'unité foncière de l'aéroport. Par suite, les circonstances liées aux contraintes matérielles de la collecte, pour légitimes qu'elles soient, ne sont pas de nature à justifier une absence d'assujettissement. Dès lors, c'est à juste titre que l'administration, en retenant que la distance la plus courte entre les points ainsi définis comme étant inférieure à 200 mètres, a considéré que la propriété de la requérante était desservie par le service de collecte des ordures ménagères au sens des dispositions susvisées.

12. En second lieu, la société requérante se prévaut de la doctrine administrative, référencée BOI-IF-AUT-90-10-201 2021 n° 180, aux termes de laquelle l'appréciation de la localisation d'une habitation comme étant ou non dans le périmètre du service de collecte est une question de fait qui ne peut être appréciée qu'après examen des circonstances propres à chaque cas. Il résulte cependant des motifs figurant au point 11 que l'administration a, par la prise en compte des différents points de collecte et d'accès à la propriété de la requérante, par les calculs de distance réalisés en fonction des hypothèses de trajets, elles-mêmes fondées sur les voies de circulation automobile, procédé à une appréciation concrète de l'évaluation du périmètre de desserte conforme à la doctrine susvisée.

13. En troisième lieu, eu égard à l'inclusion, dans le périmètre géographique du service d'enlèvement des ordures assuré par la Métropole de Nice Côte d'Azur de la société Aéroports de la Côte d'Azur, les dispositions du 4 du III de l'article 1521 du code général des impôts relatives à l'exception liée à l'existence d'une délibération contraire sont inopérantes.

14. Dès lors, il résulte de tout ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration a soumis la société requérante à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre des années 2020 et 2021.

Sur les conclusions tendant au versement d'intérêts moratoires :

15. En l'absence de litige né et actuel avec le comptable chargé du recouvrement, les conclusions tendant au versement d'intérêts moratoires en application des dispositions de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales sont irrecevables.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la SA Aéroports de la Cote d'Azur n'est pas fondée à demander la restitution des cotisations de taxes d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2020 et 2021 ainsi que des pénalités correspondantes. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes enregistrées sous les n°s 2106542 et 2202610 présentées par la SA Aéroports de la Côte d'Azur sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme Aéroports de la Cote d'Azur et à la direction départementale des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 4 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Pouget, présidente,

Mme Sorin, première conseillère

Mme Raison, première conseillère,

assistés de Mme Genovese, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 janvier 2025.

La rapporteure,

signé

L. RAISONLa présidente,

signé

M. POUGET

La greffière,

signé

S. GENOVESE

La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/Le greffier en chef,

La greffière

2106542 - 2202610

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