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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2106673

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2106673

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2106673
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat Mme POUGET
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. - Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2021 sous le n° 2106673, Mme A B, représentée par Me Desfarges, doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 4 décembre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes lui a notifié un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 350 euros.

Elle soutient qu'elle a bénéficié du revenu de solidarité active (RSA) les mois d'avril et mai 2020, dès lors, la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes ne peut lui demander de rembourser un indu d'aide exceptionnelle de solidarité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2022, le département des Alpes-Maritimes, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête de Mme B.

Il soutient qu'il doit être mis hors de cause concernant l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mai 2022.

II. - Par une requête, enregistrée le 12 mai 2022 sous le n° 2202324, Mme A B, représentée par Me Desfarges, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 1er décembre 2021 formé à l'encontre de la décision du 10 novembre 2021 portant notification d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 17 076,49 euros au titre de la période du mois de juin 2018 au mars 2021 ;

2°) de lui accorder une remise totale de dette ;

3°) de la décharger du paiement de la somme de 17 076,49 euros ;

4°) d'enjoindre au président du conseil départemental des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai ;

5°) de mettre à la charge du département des Alpes-Maritimes une somme de 1 500 euros au titre de l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle a été privée d'une garantie dans la mesure où la décision attaquée a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique ;

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- il n'a pas été démontré que l'agent en charge du contrôle a été régulièrement assermenté ;

- n'ayant pas été informé de ce que la CAF des Alpes-Maritimes avait usé de son droit de communication, la décision attaquée est entachée d'illégalité ;

- cette décision est illégale dans la mesure ou la caisse d'allocations familiales ne pouvait effectuer des retenues avant la fin des délais et voies de recours ;

- les droits de la défense ont été méconnus ;

- les sommes litigieuses ne sont pas des revenus mais des écritures comptables de remboursements ;

- elle est de bonne foi et doit pouvoir bénéficier du droit à l'erreur prévu par les dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- étant de bonne foi et en situation de précarité, il doit lui être accorder une remise totale de sa dette.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 13 et 16 octobre 2023, le département des Alpes-Maritimes, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête de Mme B.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mars 2022.

III. - Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 12 mai et 18 octobre 2022 sous le n° 2202325, Mme A B, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 5 janvier 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 14 septembre 2021 formé à l'encontre de la décision du 3 juin 2021 portant notification d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 548,82 euros au titre des années 2018 et 2019 ;

3°) de la décharger du paiement de la somme de 548,82 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

La requérante soutient que :

- elle a été privée d'une garantie dans la mesure où la décision attaquée a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique ;

- la décision attaquée ne comporte pas la signature de son auteur ;

- il n'a pas été démontré que l'agent en charge du contrôle a été régulièrement assermenté ;

- cette décision est illégale dans la mesure où la caisse d'allocations familiales ne pouvait, effectuer des retenues dans le cadre d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- les droits de la défense ont été méconnus ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation ;

- elle doit, compte tenu de sa bonne foi, bénéficier du droit à l'erreur prévu par les dispositions de l'article L. 123-2 du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2022, la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, conclut au rejet de la requête de Mme B.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mars 2022.

IV. - Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 12 mai et 18 octobre 2022 sous le n° 2202326, Mme A B, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 11 janvier 2022 formé à l'encontre de la décision du 18 novembre 2021 portant notification d'un indu de prime d'activité d'un montant de 331,78 euros au titre des mois de septembre et octobre 2021 ;

3°) de lui accorder une remise totale de dette ;

4°) de le décharger du paiement de la somme de 331,78 euros ;

5°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle a été privée d'une garantie dans la mesure où la décision attaquée a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique ;

- cette décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission de recours amiable aurait dû faire l'objet d'une saisine préalable ;

- les indus litigieux sont prescrits au sens des dispositions de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale ;

- en l'absence de production du décompte précis de la créance, la décision attaquée est entachée d'illégalité ;

- cette décision est illégale dans la mesure où la caisse d'allocations familiales ne pouvait, effectuer des retenues alors que le bien-fondé de l'indu est contesté ;

- il n'a pas été démontré que l'agent en charge du contrôle a été régulièrement assermenté ;

- les droits de la défense ont été méconnus en l'absence de procédure contradictoire ;

- les sommes litigieuses ne sont pas des revenus mais des écritures comptables de remboursements ;

- elle est de bonne foi et doit pouvoir bénéficier du droit à l'erreur prévu par les dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- étant de bonne foi et en situation de précarité, il doit lui être accorder une remise totale de sa dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2022, la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, conclut au rejet de la requête de Mme B.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mars 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 ;

- décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 ;

- le décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 octobre 2023 :

- le rapport de Mme Pouget, présidente ;

- et les observations de M. C, représentant le département des Alpes-Maritimes.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par les présentes requêtes, enregistrées sous les nos 2106673, 2202324, 2202325 et 2202326, Mme B, demande d'annuler la décision du 4 décembre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes lui a notifié un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 350 euros, la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 1er décembre 2021 formé à l'encontre de la décision du 10 novembre 2021 portant notification d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 17 076,49 euros, la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 11 janvier 2022 formé à l'encontre de la décision du 18 novembre 2021 portant notification d'un indu de prime d'activité d'un montant de 331,78 euros et la décision du 5 janvier 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 14 septembre 2021 formé à l'encontre de la décision du 3 juin 2021 portant notification d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 548,82 euros.

Sur la jonction :

2. Les requêtes présentées par Mme B, enregistrées sous les nos 2106673, 2202324, 2202325 et 2202326, qui concernent la situation d'un même allocataire, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

4. Il résulte de l'instruction que par des décisions des 14 mars et 19 mai 2022, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la mise hors de cause du département des Alpes-Maritimes :

5. Aux termes de l'article 3 du décret du 27 novembre 2020 susvisé : " L'aide exceptionnelle de solidarité prévue par le présent décret est à la charge de l'Etat () ". Il résulte de ces dispositions que l'attribution de l'aide exceptionnelle de solidarité, tout comme la récupération des indus qui y sont relatifs relèvent, au cas d'espèce, de la seule compétence de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes. Par suite, la demande de mise hors de cause du département des Alpes-Maritimes, s'agissant de la partie du litige relative aux indus de l'aide exceptionnelle de solidarité, doit être accueillie.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions attaquées :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration : " () une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique comporte une mention explicite en informant l'intéressé. Les règles définissant ce traitement ainsi que les principales caractéristiques de sa mise en œuvre sont communiquées par l'administration à l'intéressé s'il en fait la demande () ". Aux termes de l'article R. 311-3-1-2 du même code : " L'administration communique à la personne faisant l'objet d'une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, à la demande de celle-ci, sous une forme intelligible et sous réserve de ne pas porter atteinte à des secrets protégés par la loi, les informations suivantes : / 1° Le degré et le mode de contribution du traitement algorithmique à la prise de décision ; /2° Les données traitées et leurs sources ; /3° Les paramètres de traitement et, le cas échéant, leur pondération, appliqués à la situation de l'intéressé ; /4° Les opérations effectuées par le traitement. ".

7. Il ne résulte pas de l'instruction que les décisions attaquées aient procédés d'un traitement algorithmique. Par suite, le moyen tiré de ce que ces décisions ne comporteraient aucune des mentions exigées par l'article R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme inopérant.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles : " () Les organismes chargés de son versement réalisent les contrôles relatifs au revenu de solidarité active selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale () ". Selon le premier alinéa de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Les directeurs des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale ou du service des allocations et prestations mentionnées au présent code confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale ou par arrêté du ministre chargé de l'agriculture, le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations () Ces agents ont qualité pour dresser des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire ". Les conditions d'agrément des agents chargés du contrôle de l'application des législations de sécurité sociale ont été définies, en dernier lieu, par un arrêté du 5 mai 2014 de la ministre des affaires sociales et de la santé.

9. Il ressort de l'ensemble de ces dispositions que tant l'absence d'agrément que l'absence d'assermentation des agents de droit privé désignés par les caisses d'allocations familiales pour conduire des contrôles auprès des bénéficiaires du revenu de solidarité active sont de nature à affecter la validité des constatations des procès-verbaux qu'ils établissent à l'issue de ces contrôles et à faire ainsi obstacle à ce qu'elles constituent le fondement d'une décision déterminant pour l'avenir les droits de la personne contrôlée ou remettant en cause des paiements déjà effectués à son profit en ordonnant la récupération d'un indu. En outre, la valeur probante attachée par les dispositions précitées de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale aux procès-verbaux dressés par ces agents ne saurait s'étendre aux mentions qu'ils comportent quant à l'agrément et à l'assermentation de leur auteur.

10. Par suite, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, à la suite d'un contrôle de l'organisme chargé du versement du revenu de solidarité active, a pour objet soit de mettre fin au droit de l'allocataire soit d'ordonner la récupération d'un indu de prestation et que le requérant soulève un moyen tiré du défaut d'agrément ou d'assermentation de l'agent chargé du contrôle, le juge ne saurait se fonder sur les seules mentions du procès-verbal relatives à la qualité de son signataire pour écarter cette contestation. Dans un tel cas, l'administration étant seule en mesure d'établir l'agrément et l'assermentation des agents qu'elle désigne pour effectuer les contrôles, il appartient au juge, si cette qualité ne ressort pas des éléments produits en défense, de mettre en œuvre ses pouvoirs généraux d'instruction et de prendre toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à lui permettre de former sa conviction, en particulier en exigeant de l'administration compétente la production de tout document susceptible de permettre de vérifier les allégations du demandeur.

11. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'agent ayant procédé au contrôle de la situation de Mme B a prêté serment devant le tribunal d'instance de Nice le 4 septembre 2019 et a été agréé par une décision du 15 octobre 2020. Par suite, cet agent était habilité pour effectuer un contrôle au domicile de la requérante.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes ; () ". Aux termes de l'article L. 114-21 du même code : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ".

13. Mme B soutient qu'elle n'a pas été informée de ce que la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes avait usé de son droit de communication auprès de tiers ni de la teneur et de l'origine des informations obtenues auprès de ces tiers. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête du 11 février 2021, établi par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que la requérante a été informée de l'exercice par l'agent assermenté du droit de communication élargi auprès des établissements financiers où elle détenait des comptes afin d'obtenir ses relevés bancaires. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".

15. Mme B soutient qu'elle a été privée d'une garantie dans la mesure où les décisions attaquées lui ont été notifiées en méconnaissance du principe du contradictoire. Toutefois, dès lors qu'il existe un régime de recours administratif préalable obligatoire ainsi que des règles permettant au bénéficiaire du revenu de solidarité active d'exercer un recours suspensif devant la juridiction administrative, le législateur, en organisant les garanties pour exercer utilement ce recours, a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions pouvant faire l'objet de ces recours, et par suite, exclure l'application des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des droits de la défense et du principe du contradictoire sont inopérants et doivent, par conséquent, être écartés.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision implicite portant confirmation d'un indu de revenu de solidarité active :

16. En premier lieu, Mme B, qui attaque une décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire, doit être regardée comme soutenant que l'auteur de la décision du 10 novembre 2021 portant notification d'un indu de revenu de solidarité active ne justifie pas d'une compétence pour signer cet acte. Toutefois, il résulte de l'instruction que cette décision a été signée pour le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes par Mme D G, attachée territoriale, cheffe du service du pilotage et du contrôle des parcours d'insertion. Par arrêté du 2 juillet 2021, publié le 15 juillet 2021 au bulletin des actes administratifs n° 18 du département des Alpes-Maritimes, Mme G a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du président du conseil départemental des Alpes-Maritimes les actes et documents relevant du domaine de compétence de la direction générale adjointe pour le développement des solidarités humaines, dont notamment la décision litigieuse d'aide financière ponctuelle. Par suite, ce moyen doit être écarté.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles applicable au litige : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. / Sauf si le bénéficiaire opte pour le remboursement de l'indu en une seule fois, l'organisme mentionné au premier alinéa procède au recouvrement de tout paiement indu de revenu de solidarité active par retenues sur les montants à échoir. () ".

18. En l'espèce, il résulte de l'instruction que les retenues contestées par Mme B ont été opérées par la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes préalablement à l'introduction des présentes requêtes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles doit être écarté.

19. En troisième lieu, aux termes de l'article L.262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". Aux termes de l'article L.262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles mentionnées à l'article 132- 1 est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat (). ". L'article R.262-37 du même code dispose que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Et aux termes de l'article R.262-6 dudit code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature () ". Aux termes de l'article R. 262-11 : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : () 14° : Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation ;() ". Il résulte de ces dispositions que les aides apportées par des proches ne sauraient être assimilées ni à des " aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ", ni à des " aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation " au sens du 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, lequel vise, en application du 4° de l'article L. 262-3 du même code, des prestations et aides sociales à finalité sociale particulière.

20. Pour solliciter l'annulation de la décision implicite portant rejet de son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 10 novembre 2021 précitée, Mme B soutient que les sommes litigieuses ne sont pas des revenus mais des écritures comptables de remboursements. Toutefois, compte tenu des pièces produites, la requérante, qui se borne à soutenir qu'elle a produit les justificatifs concernant les remboursements suite à l'enquête du contrôleur de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, ne justifie pas ces allégations. Ainsi les sommes litigieuses doivent être regardées comme ayant le caractère d'une ressource qui doit être prise en compte dans le calcul des droits de Mme B au revenu de solidarité active.

21. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude () ".

22. En l'espèce, la décision par laquelle un trop-perçu de prestation est notifiée à l'allocataire, sans que soit mise à sa charge, en supplément du montant de la prestation reçue à tort, une amende destinée à réprimer les manquements aux obligations déclaratives, ne constitue toutefois pas une sanction pécuniaire. Dès lors que la prestation versée initialement n'était pas due, la récupération de l'indu ne constitue pas davantage la privation de tout ou partie d'une prestation due. Si Mme B se prévaut de son droit à l'erreur, il résulte cependant de l'instruction que la décision en litige de récupération d'indu de revenu de solidarité active ne constitue pas une sanction pécuniaire ou une privation de tout ou partie d'une prestation due. Par suite, le moyen tiré du droit à l'erreur en application des dispositions précitées de l'article L.123-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme inopérant.

23. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. "

24. Mme B soutient qu'étant de bonne foi et en situation de précarité, il doit lui être accorder une remise totale de sa dette. Toutefois, la requérante ne démontre pas être en situation de précarité. En tout état de cause, comme évoqué précédemment, sa créance résulte de fausses déclarations. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision implicite portant confirmation d'un indu de prime d'activité :

25. En premier lieu, aux termes de l'article L.262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat. " Et aux termes de l'article R.262-89 du code de l'action sociale et des familles : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L.262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R.142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L.262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée ".

26. La consultation préalable de la commission de recours amiable en matière de contestation relative au revenu de solidarité active formée auprès du président du conseil départemental est prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, sauf lorsque la convention de gestion conclue entre la caisse d'allocations familiales et le département en dispose autrement, en application de l'article R.262-89 précité du même code. En l'espèce, en vertu de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 5 mars 2020 entre le département des Alpes-Maritimes et la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, les recours administratifs en matière de contestation relative au bien-fondé de l'indu ne sont pas soumis pour avis à la commission de recours amiable. Par suite, le moyen tiré de l'absence de consultation de la commission de recours amiable ne peut qu'être écarté.

27. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale " I.-L' action en recouvrement de prestations indues prévue à l'article L. 133-4-1 s'ouvre par l'envoi à l'assuré par le directeur de l'organisme créancier, par tout moyen donnant date certaine à sa réception, d'une notification constatant, sur la base des informations dont dispose l'organisme, que l'assuré a perçu des prestations indues. Cette notification : 1° Précise la nature et la date du ou des versements en cause, le montant des sommes réclamées et le motif justifiant la récupération de l'indu : 2° Indique : a) Les modalités selon lesquelles l'assuré peut, dans un délai de vingt jours à compter de la réception de cette notification et préalablement à l'exercice du recours mentionné à l'article L. 142-4, demander la rectification des informations ayant une incidence sur le montant de l'indu ; b) La possibilité pour l'organisme, lorsque l'assuré ne fait pas usage du a, de récupérer à compter de l'expiration du même délai de vingt jours les sommes indûment versées par retenues sur les prestations à venir, sauf si l'assuré, dans ce même délai, rembourse ces sommes ou accepte le principe d'un échéancier de paiement, dont la durée peut être fixée ultérieurement sans pouvoir excéder douze mois. A défaut de conclusion d'un échéancier dans un délai d'un mois suivant cette acceptation, les sommes sont mises en recouvrement immédiatement c) La possibilité pour l'organisme, à l'expiration du délai au terme duquel naît une décision implicite de rejet mentionné au 1° du II, de procéder à la récupération des sommes après expiration du délai mentionné au 2° du II sauf si l'assuré, dans ce même délai, rembourse ces sommes ou accepte le principe d'un échéancier de paiement dont la durée peut être fixée ultérieurement sans pouvoir excéder douze mois. A défaut de conclusion d'un échéancier dans un délai d'un mois suivant cette acceptation, les sommes sont mises en recouvrement immédiatement ; d) Les voies et délais de recours. " Aux termes de l'article L.232-4 du code des relations entre le public et l'administration " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "

28. Mme B soutient que la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire est entachée tant d'un vice de forme que d'un vice de procédure relatifs à l'absence de production des décomptes des créances. Or, Mme B n'établit pas avoir formé devant le directeur de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes une demande de communication des motifs et ne peut utilement se prévaloir des vices propres affectant la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

29. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles applicable au litige : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. / Sauf si le bénéficiaire opte pour le remboursement de l'indu en une seule fois, l'organisme mentionné au premier alinéa procède au recouvrement de tout paiement indu de revenu de solidarité active par retenues sur les montants à échoir. () ".

30. En l'espèce, si la requérante soutient que le caractère suspensif des recours dirigés contre l'indu de prime d'activité en litige n'a pas été respecté, dès lors que la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes aurait procédé à des retenues alors que la décision de notification de l'indu était contestée, cette circonstance, à la supposer avérée, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée et sur le bien-fondé de l'indu en litige.

31. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 843-1 du même code : " La prime d'activité est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

32. En l'espèce, comme évoqué précédemment, Mme B soutient que les sommes litigieuses ne sont pas des revenus mais des écritures comptables de remboursements. Toutefois, compte tenu des pièces produites, la requérante, qui se borne à soutenir qu'elle a produit les justificatifs concernant les remboursements suite à l'enquête du contrôleur de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, ne justifie pas ces allégations. Ainsi les sommes litigieuses doivent être regardées comme ayant le caractère d'une ressource qui doit être prise en compte dans le calcul des droits de Mme B à la prime d'activité.

33. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées. / La prescription est interrompue par une des causes prévues par le code civil. L'interruption de la prescription peut, en outre, résulter de l'envoi d'une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, quels qu'en aient été les modes de délivrance ". Aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ".

34. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations fait obstacle à l'application de la prescription biennale au profit de la prescription quinquennale de droit commun. Par ailleurs, si le délai de prescription court à compter du paiement de la prestation, l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations est de nature à reporter, à la date de découverte de celles-ci, le point de départ de la prescription de l'action en répétition de l'indu. La notion de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration doit s'entendre comme visant les inexactitudes ou omissions délibérément commises par l'allocataire dans l'exercice de son obligation déclarative.

35. Il résulte de l'instruction que la requérante, qui se borne à soutenir qu'elle a produit les justificatifs dans le cadre de la procédure contradictoire, n'a pas déclaré l'ensemble de ses ressources à plusieurs reprises. Dans ces conditions, la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes était fondée, compte tenu notamment du caractère répété des fausses déclarations de revenus de l'allocataire, à lever la prescription biennale pour demander à Mme B le versement des sommes indument versées au titre de la prime d'activité.

36. En sixième lieu, comme évoqué précédemment, la décision par laquelle un trop-perçu de prestation est notifiée à l'allocataire, sans que soit mise à sa charge, en supplément du montant de la prestation reçue à tort, une amende destinée à réprimer les manquements aux obligations déclaratives, ne constitue toutefois pas une sanction pécuniaire. Par suite, le moyen tiré du droit à l'erreur en application des dispositions précitées de l'article L.123-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme inopérant.

37. En septième lieu, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. "

38. Mme B soutient qu'étant de bonne foi et en situation de précarité, il doit lui être accorder une remise totale de sa dette. Toutefois, la requérante ne démontre pas être en situation de précarité. En tout état de cause, comme évoqué précédemment, sa créance résulte de fausses déclarations. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant confirmation d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité :

39. Aux termes de l'article 1er du décret du 27 novembre 2020 : " I. - Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins une des allocations suivantes au titre des mois de septembre ou d'octobre 2020 : 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles () ". Aux termes de l'article 2 de ce décret : " Les bénéficiaires du revenu de solidarité active mentionné au 1° de l'article 1er ont droit, au titre de l'aide exceptionnelle de solidarité, à un versement de 150 euros sous réserve que le montant de leur allocation dû au titre du mois de septembre ou d'octobre ne soit pas nul. ".

40. Pour contester la décision concernant l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité, Mme B se borne à soutenir qu'elle a bénéficié du revenu de solidarité active les mois d'avril et mai 2020. Or, comme il a été dit précédemment, elle n'était pas en droit de bénéficier du revenu de solidarité active au titre des mois de septembre et octobre 2020. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que la caisse d'allocations familiales a mis à sa charge un indu d'aide exceptionnelle de solidarité.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant confirmation d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année :

41. En premier lieu, Mme B soutient que la décision attaquée est irrégulière dès lorsqu'elle ne comporte pas la signature de l'autorité qui l'a émise. Toutefois, il résulte de l'instruction que la décision du 5 janvier 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 14 septembre 2021 formé à l'encontre de la décision du 3 juin 2021 portant notification d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année a été signée par M. E F, directeur de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'un défaut de signature doit être écarté comme manquant en fait.

42. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". Selon l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

43. La décision attaquée énonce les considérations de droit et les circonstances de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.

44. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 246-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active (). Sauf si le bénéficiaire opte pour le remboursement de l'indu en une seule fois, l'organisme mentionné au premier alinéa procède au recouvrement de tout paiement indu de revenu de solidarité active par retenues sur les montants à échoir () ". Aux termes de l'article 6 de chacun des décrets précités portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue ".

45. En l'espèce, Mme B ne démontre pas que la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes aurait procédé à des prélèvements sur les prestations sociales. Par suite, alors que les dispositions citées au point précédent autorisent, en tout état de cause, l'organisme payeur à récupérer le paiement indu des aides exceptionnelles de fin d'année par retenues sur les montants à échoir, il ne résulte pas de l'instruction que la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes aurait procédé à des prélèvements sur les prestations sociales à échoir de Mme B, concernant les indus de primes exceptionnelles de fin d'année. Par suite, ce moyen doit être écarté.

46. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs évoqués précédemment, la décision par laquelle un trop-perçu de prestation est notifiée à l'allocataire, sans que soit mise à sa charge, en supplément du montant de la prestation reçue à tort, une amende destinée à réprimer les manquements aux obligations déclaratives, ne constitue toutefois pas une sanction pécuniaire. Par suite, le moyen tiré du droit à l'erreur en application des dispositions précitées de l'article L.123-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme inopérant.

47. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 du décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2018 ou, à défaut, du mois de décembre 2018, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code. / Une seule aide est due par foyer. ". Aux termes de l'article 3 du décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2019 ou, à défaut, du mois de décembre 2019, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code. / Une seule aide est due par foyer. ". Il résulte de ces dispositions qu'une aide exceptionnelle à la charge de l'Etat et versée par la caisse d'allocations familiales est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre de l'année concernée ou, à défaut, du mois de décembre.

48. Pour contester la décision concernant l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année, Mme B se borne à soutenir que les sommes litigieuses ne sont pas des revenus mais des écritures comptables de remboursements Or, elle ne conteste pas utilement qu'elle ne pouvait bénéficier du revenu de solidarité active au titre, d'une part, des mois de novembre et décembre 2018, et d'autre part, des mois de novembre et décembre 2019. Par suite, elle ne pouvait bénéficier de la prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2018 et 2019. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes lui a demandé le remboursement de celle-ci à hauteur de 548,82 euros.

49. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête enregistré sous le n° 2106673, que les requêtes présentées par Mme B doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, y compris celles présentées à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1 : Le département des Alpes-Maritimes est mis hors de cause s'agissant des conclusions relatives aux indus d'aide exceptionnelle de solidarité.

Article 2 : Les requêtes de Mme B sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au président du conseil départemental des Alpes-Maritimes et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au directeur de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.

La présidente,La greffière,

signésigné

M. H

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

N°s 2106673-2202324-2202325-2202326

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