mardi 11 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2106680 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat M. TAORMINA |
| Avocat requérant | ZUELGARAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 décembre 2021, Mme C A, représenté par Me Zuelgaray, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 2021-768 du 22 juillet 2021 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait interdiction de mettre à disposition à fin d'habitation, le local sis à Nice, 18 avenue Pauliani, cadastré LE 243, lot n° 35, ensemble la décision du 28 octobre 2021 rejetant son recours gracieux ;
2°) de condamner l'Etat (préfet des Alpes-Maritimes) à lui payer la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le volume du logement litigieux est supérieur à 20 m3, comme le confirme cabinet Habitat expertises, conformément au décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002, relatif aux caractéristiques du logement décent, pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000, relative à la solidarité et au renouvellement urbain, qui prévoit en son article 4 que " le logement dispose au moins d'une pièce principale ayant soit une surface habitable au moins égale à 9m2 et une hauteur sous plafond au moins égale à 2m20, soit un volume au moins égal à 20 m3. " ;
- après réception de l'arrêté préfectoral la mettant en demeure de prendre toutes les mesures nécessaires afin de remédier à la situation, elle s'est attelée à faire réaliser les travaux nécessaires ; son projet consiste à faire des studettes et des chambres situées au dernière étage, un seul et même logement destiné à la location d'une superficie de 220 m² et conforme aux dispositions des articles L.1331-22 et suivants du code de la santé publique ; l'ensemble des mesures sollicitées dans l'arrêté préfectoral du 22 juillet 2021 relatif à la mansarde n° 6 sont alors dénués de fondement dans la mesure où le lot n° 35, objet du présent recours aura désormais comme usage, une chambre de 23 m3 ;
- à ce jour, l'appartement objet du présent contentieux est libre de toute occupation et est destiné à constituer une chambre d'un appartement de 220 m².
Par un mémoire en défense enregistré le 3 février 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le logement litigieux est une mansarde aménagée de façon à pouvoir être louée à titre d'habitation comme studio meublé ; le local se compose d'une pièce principale qui comprend un bac de douche, un lavabo, un évier sur lequel se trouve une plaque de cuisson, et un cumulus ; il n'y a pas de séparation entre le coin douche et le coin cuisine ; deux fenêtres de toit permettent d'éclairer le local ; le logement est pourvu d'un chauffage d'appoint ; le cabinet d'aisance se situe à l'extérieur de la mansarde, sur le palier et est partagé par l'ensemble des locataires de l'étage ; le disjoncteur général de coupure électrique est peu accessible puisqu'il se situe en hauteur, au-dessus de la porte d'entrée ; la surface au sol de la pièce de vie est de 15,28 m² ; la surface habitable est inférieure à 9 m² ; le plafond de la mansarde est dans la sous-pente de la toiture, aussi la hauteur sous-plafond varie entre 0,90 m et 2,10 m ; il est impossible de se tenir debout dans la majeure partie du local ;
- les critères d'insalubrité retenus sont la hauteur sous-plafond de la pièce de vie est inférieure à 2,20 m sur la totalité de sa superficie, rendant la superficie habitable nulle, l'éclairement naturel est insuffisant, la surface des fenêtres étant inférieure à 10 % de la superficie de la pièce de vie, en outre, la disposition des fenêtres de toit ne permet pas de vue horizontale, le logement ne possède pas de dispositif de ventilation efficace, des manifestations
d'humidité sont visibles sur l'embrasure des fenêtres de toit, le bac de douche et le lavabo sont contigus au coin cuisine, sans cloison séparative ; ces critères d'insalubrité sont susceptibles de générer des risques pour la santé de l'occupant, notamment un développement de troubles psychologiques, la survenue ou l'aggravation de pathologies pulmonaires et respiratoires, le développement de contaminations croisées, notamment parce que le locataire occupe le logement depuis 1994 ;
- le logement litigieux était une partie des combles d'un immeuble dont la mise à disposition comme logement est interdite par l'article L.1331-22 du code de la santé publique ; la requérante n'a donc pas lieu de se prévaloir des dispositions du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. B en application de l'article R.222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gilles Taormina, magistrat désigné,
- et les conclusions de M. Patrick Soli, rapporteur public.
Considérant ce qui suit ;
1. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est propriétaire d'un local cadastré LE n° 243, situés au 18, avenue Pauliani, à Nice, lot n°35 qu'elle avait donné à bail. Par arrêté n° 2021-768 du 22 juillet 2021, le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait interdiction, sur le fondement de l'article L.1331-22 du code de la santé publique, de mettre à disposition à fin d'habitation ce local. Mme A demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés. Le préfet ayant, par décision du 28 octobre 2021, rejeté son recours gracieux, Mme A demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique : " Les caves, sous-sols, combles, pièces dépourvues d'ouverture sur l'extérieur et autres locaux par nature impropres à l'habitation ne peuvent être mis à disposition aux fins d'habitation, à titre gratuit ou onéreux. Le représentant de l'Etat dans le département met en demeure la personne qui a mis les locaux à disposition de faire cesser cette situation dans un délai qu'il fixe. Il peut prescrire, le cas échéant, toutes mesures nécessaires pour empêcher l'accès ou l'usage des locaux aux fins d'habitation, au fur et à mesure de leur évacuation. Les mêmes mesures peuvent être décidées à tout moment par le maire au nom de l'Etat. Ces mesures peuvent faire l'objet d'une exécution d'office ()".
3. Le recours dont dispose le propriétaire ou le locataire d'un immeuble contre la décision par laquelle l'autorité préfectorale déclare cet immeuble insalubre, en application de l'article L.1331-22 du code de la santé publique, est un recours de plein contentieux. Il appartient dès lors au juge de se prononcer sur le caractère de l'immeuble en cause d'après l'ensemble des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa décision.
4. Il résulte de l'instruction, que le préfet des Alpes-Maritimes a fait défense à Mme A de mettre à disposition à fin d'habitation le local litigieux au motif qu'il constitue un danger pour la santé des personnes notamment compte tenu d'une hauteur sous-plafond insuffisante de la pièce de vie inférieure à 2,20 m sur la totalité de sa superficie, rendant la superficie habitable nulle, l'éclairement naturel insuffisant, un dispositif de ventilation inefficace ne permettant pas l'extraction de l'air vicié et de l'humidité, une contigüité du bac de douche et du lavabo au coin cuisine, sans cloison séparative, caractéristiques susceptibles de générer des risques pour la santé de l'occupant, notamment un développement de troubles psychologiques, la survenue ou l'aggravation de pathologies pulmonaires et respiratoires et rendant, par suite, le local impropre à l'habitation.
5. En premier lieu, s'agissant des caractéristiques du logement litigieux, Mme A ne conteste pas que ce local est une partie des combles d'un immeuble collectif. Dès lors, en application de l'article L.1331-22 du code de la santé publique il ne pouvait être donné en location. En tout état de cause, à supposer qu'il ne s'agissait plus d'une partie des combles, l'attestation très sommaire et des plus imprécise, établie le 11 février 2004, par le cabinet Habitat Expertises de Nice, aux termes de laquelle son auteur atteste que " les lots N°30-31-32-33-34-35-36-37-38-39-40, sis 18 ave Pauliani, 06000 NICE, représentent un volume supérieur à 20 m3 ", ne permet pas de démontrer que le lot n° 35, et seulement celui-là, est conforme aux dispositions du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002, relatif aux caractéristiques du logement décent, pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000, relative à la solidarité et au renouvellement urbain, qui prévoit en son article 4 que " le logement dispose au moins d'une pièce principale ayant soit une surface habitable au moins égale à 9 m² et une hauteur sous plafond au moins égale à 2 m 20, soit un volume au moins égal à 20 m3. ". Mme A ne démontre pas que son local, décrit par les inspecteurs assermentés de la salubrité du service communal d'hygiène et de santé de Nice comme une mansarde de la sous-pente de la toiture de l'immeuble présentant une hauteur sous plafond allant de 0,90 m à 2,10 m, ne serait à aucun endroit d'une hauteur inférieure à 2,20 m. Dès lors, les moyens tirés, d'une part de l'habitabilité du local litigieux au regard des dispositions précitées et d'autre part, de l'existence d'une erreur d'appréciation de ses caractéristiques par l'autorité préfectorale, manquent en fait et doivent, par suite, être écartés.
6. En deuxième lieu, les projets de travaux de transformation de ses mansardes de Mme A ne sont pas de nature, ne s'agissant que de projets, à rendre illégal l'arrêté préfectoral querellé. Dès lors, le moyen tiré de la disparition du local litigieux manque en fait et doit, par suite, être écarté, alors au demeurant que cette disparition, si elle avait été établie, aurait privé la requérante de son intérêt pour agir qui doit, dans ce plein contentieux, être apprécié dans son existence également lors du présent jugement, et rendrait irrecevable sa requête.
7. En troisième lieu, le fait que le logement concerné serait actuellement inoccupé, ne prive pas d'objet l'arrêté querellé qui fait obligation à la requérante de ne plus le mettre à disposition pour l'habitation, interdiction qui produira effets tant que ce logement existera, qu'il soit ou non actuellement occupé. Dès lors, le moyen formulé à ce titre est inopérant et doit, par suite, être écarté.
8. Compte tenu de tout ce qui précède, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté n°2021-768 du 22 juillet 2021, pris par le préfet des Alpes-Maritimes, ensemble la décision du 28 octobre 2021 rejetant son recours gracieux, formulées par Mme A, doivent être rejetées.
Sur le caractère abusif du recours de Mme A :
9. Aux termes de l'article R.741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ".
10. Par jugement n°s 1404574 et 1500668 du 2 novembre 2016, le tribunal de céans a rejeté un recours en annulation formé par Mme A contre un autre arrêté préfectoral du même type que celui visé dans le cadre de la présente procédure, concernant deux locaux mansardés de caractéristiques équivalentes. Dès lors, et compte tenu de la pauvreté et du caractère spécieux des moyens invoqués, le présent recours présente un caractère abusif qui justifie que soit prononcée à l'encontre de Mme A qui, en outre, n'était ni présente, ni représentée à l'audience, une amende de 5 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Mme A est condamnée à payer une amende pour recours abusif de 5 000 euros (cinq mille) euros.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre de l'Intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes pour le recouvrement de l'amende.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
G. B
Le greffier,
Signé
C. Ravera
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des outre-mer gtren ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation le greffier
N°2106680
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026