jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2200358 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BLOUIN JIMMY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2022, la société de droit irlandais Yachting Financial Solutions, représentée par Mes Blouin et Sollberger, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des années 2011 et 2012 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que des entiers dépens.
Elle soutient que :
- l'activité exercée en France est purement accessoire et intellectuelle, et ne saurait suffire à qualifier un établissement stable en France conformément aux stipulations du (ee) du b du 9° de l'article 2 de la convention franco-irlandaise du 21 mars 1968 ;
- le service a fait preuve d'un manque de réalisme économique en rejetant une grande partie des charges déclarées en Irlande ;
- l'application d'une majoration pour manquement délibéré n'est pas justifiée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2022, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.
Vu :
- la convention entre la France et l'Irlande du 21 mars 1968 tendant à éviter les doubles impositions et à prévenir l'évasion fiscale en matière d'impôts sur le revenu ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A l'issue d'une vérification de comptabilité et de la mise en œuvre de la procédure de visite et de saisie prévue à l'article L. 16 B du livre des procédures fiscales, l'administration fiscale a estimé que la société de droit irlandais Yachting Financial Solutions Ltd disposait d'un établissement stable en France et y exerçait une activité habituelle. Elle a par conséquent mis à sa charge, dans le cadre de la procédure de rectification contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des années 2011 et 2012, assorties d'intérêts de retard et de majorations pour manquement délibéré. La société demande la décharge de ces impositions, en droits et pénalités.
Sur l'assujettissement de la société Yachting Financial Solutions Lts à l'impôt sur les sociétés en France :
2. D'une part, aux termes de l'article 209 du code général des impôts : " I. Sous réserve des dispositions de la présente section, les bénéfices passibles de l'impôt sur les sociétés sont déterminés () en tenant compte uniquement des bénéfices réalisés dans les entreprises exploitées en France () ainsi que de ceux dont l'imposition est attribuée à la France par une convention internationale relative aux doubles impositions () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 4 de la convention entre la France et l'Irlande tendant à prévenir les doubles impositions et à prévenir l'évasion fiscale en matière d'impôt sur le revenu, signée le 21 mars 1968 : " 1. Les bénéfices industriels et commerciaux d'une entreprise d'un Etat contractant ne sont imposables que dans cet Etat, à moins que l'entreprise n'exerce une activité industrielle ou commerciale dans l'autre Etat contractant par l'intermédiaire d'un établissement stable qui y est situé. Si l'entreprise exerce une telle activité, l'impôt peut être perçu dans l'autre Etat sur les bénéfices de l'entreprise, mais uniquement dans la mesure où ces bénéfices sont imputables audit établissement stable () ". Enfin, aux termes de l'article 2 de cette même convention : " Pour l'application de la présente convention : () / 9. Le terme " établissement stable " désigne une installation fixe d'affaires où une entreprise exerce tout ou partie de son activité. / a. Constituent notamment des établissements stables : / (aa) Un siège de direction ; / (bb) Une succursale ; / (cc) Un bureau ; / (dd) Une usine ; / (ee) Un atelier ; / (ff) Une mine, carrière ou autre lieu d'extraction de ressources naturelles ; / (gg) Un chantier de construction ou de montage dont la durée dépasse douze mois. / b. On ne considère pas qu'il y a établissement stable si : () (ee) Une installation fixe d'affaires est utilisée aux seules fins de publicité, de fourniture d'informations, de recherche scientifique ou d'activités analogues qui ont pour l'entreprise un caractère préparatoire ou auxiliaire. () c) Une personne agissant dans un Etat contractant pour le compte d'une entreprise de l'autre Etat contractant autre qu'un agent jouissant d'un statut indépendant, visé à l'alinéa d ci-après, est considérée comme " établissement stable " dans le premier Etat si elle dispose dans cet Etat de pouvoirs qu'elle y exerce habituellement lui permettant de conclure des contrats au nom de l'entreprise, à moins que l'activité de cette personne ne soit limitée à l'achat de marchandises pour l'entreprise () ".
4. Il est constant que la société Yachting Financial Solutions Ltd dispose d'un bureau situé à Antibes. Il n'est par ailleurs pas contesté qu'elle a embauché, au cours de la période en litige, six salariés tous affectés à son bureau français, qui est désigné, d'après les mentions figurant sur son site internet, comme son centre d'activité. Il ressort en outre des constatations opérées par le service vérificateur, lors, notamment, des saisies effectuées en application de l'article L. 16 B du livre des procédures fiscales, et dans le cadre de la vérification de comptabilité de la société, que cette dernière détenait, dans son agence française, trois ordinateurs contenant des informations et données stratégiques, que la gestion financière était effectuée depuis la France d'où l'ensemble des documents comptables était envoyé vers l'Irlande pour que les déclarations comptables et fiscales puissent ensuite y être effectuées, et également que les contrats avec les clients de la société étaient conclus et gérés depuis la France.
5. La société requérante fait néanmoins valoir qu'elle ne peut être regardée comme exerçant son activité principale en France, son bureau situé à Antibes se bornant à exercer une activité purement intellectuelle de promotion et de relation avec les clients. Elle soutient également qu'elle dispose de locaux en Irlande, où ses associés seraient résidents fiscaux. Toutefois, par ces simples affirmations, qu'elle n'assortit d'aucun élément justificatif, la société Yachting Financial Solutions Ltd n'établit pas la réalité ni la nature des prestations effectuées depuis l'Irlande ou l'Espagne, ni n'établit y disposer de moyens matériels et humains. Enfin, elle ne contredit pas sérieusement les constats opérés par le service vérificateur lors des procédures de contrôle selon lesquelles la gestion stratégique de la société serait effectuée depuis le bureau situé à Antibes et n'établit aucunement que les prestations réalisées en France se limiteraient à des activités de publicité et d'informations qui revêtiraient un caractère accessoire.
6. Il résulte de ce qui précède que l'administration fiscale établit que la société Yachting Financial Solutions ltd a exercé en France, au titre de la période en litige, une activité par l'intermédiaire d'un établissement stable au sens du I de l'article 209 du code général des impôts. Par ces mêmes éléments, elle établit également que la société requérante a disposé d'une installation fixe d'affaires caractérisant un établissement stable au sens de la convention franco-irlandaise, dont les bénéfices sont imposables en France. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale l'a imposée en France sur ses bénéfices.
Sur la reconstitution du résultat :
En ce qui concerne la charge de la preuve :
7. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions visées à l'article L. 59 est saisie d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission. Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge () ".
8. Il résulte de l'instruction que la comptabilité de la société requérante a été écartée par l'administration fiscale comme irrégulière et non probante, ce que cette dernière ne conteste pas. Il résulte en outre de l'instruction que les impositions litigieuses ont été établies conformément à l'avis rendu par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires lors de sa séance du 15 septembre 2016. Il appartient donc à la société requérante d'établir le caractère exagéré des impositions litigieuses.
En ce qui concerne la reconstitution du résultat de la société :
9. Ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, la société requérante ne justifie pas disposer, ainsi qu'elle le fait valoir, de moyens humains et matériels ailleurs qu'en France, et notamment en Irlande et en Espagne, ni n'apporte aucun élément de nature à établir l'exagération du résultat reconstitué par l'administration fiscale qui était fondée à tenir compte de l'intégralité des revenus générés par la société requérante pour reconstituer son résultat imposable à l'impôt sur les sociétés en France.
En ce qui concerne la déduction des charges :
10. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire () ".
11. Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts, que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Pour être admises en déduction du résultat imposable, les charges doivent être exposées dans l'intérêt direct de l'exploitation ou se rattacher à la gestion normale de l'entreprise et être appuyées de justifications suffisantes. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée.
12. La société requérante, en se bornant à se prévaloir, de façon très générale, des charges qu'elle a déclarées en Irlande et du manque de réalisme économique du service vérificateur, n'établit pas, ni dans leur principe ni dans leur montant, l'existence de charges dont l'administration fiscale aurait à tort refusé la déductibilité, tandis qu'il résulte au demeurant de l'instruction que l'administration fiscale a, nonobstant le défaut de présentation d'éléments justificatifs, admis en déduction un certain nombre de charges dans un souci de réalisme économique.
Sur les majorations pour manquement délibéré :
13. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de () 40 % en cas de manquement délibéré () ". Pour établir l'existence d'un manquement délibéré au sens de l'article 1729 précité imputable au contribuable, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations du contribuable et, d'autre part, de son intention d'éluder l'impôt.
14. En se fondant sur la circonstance que la société Yachting Financial Solutions Ltd avait délibérément créé un siège social en Irlande alors qu'elle n'y exerçait aucune activité en vue d'échapper à l'impôt en France, ce qu'elle ne pouvait ignorer au vu notamment de son domaine d'activité, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, du caractère délibéré des manquements commis par la société requérante. C'est, par suite, à bon droit qu'elle a mis à la charge de cette dernière la majoration de 40% prévue par le a) de l'article 1729 du code général des impôts.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la société Yachting Financial Solutions Ltd doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais d'instance et aux dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Yachting Financial Solutions Ltd est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société de droit irlandais Yachting Financial Solutions Ltd et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Chevalier, première conseillère,
Mme Kolf, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La rapporteure,
signé
S. Kolf
La présidente,
signé
V. Chevalier-AubertLa greffière,
signé
C. Sussen
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026