jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2200665 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MICHALLON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 8 février, 3 mai et 27 mai 2022, M. et Mme A B, représentés par Me Michallon, demandent au tribunal de prononcer la décharge de la somme de 129 254 euros correspondant à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2018, en droits et pénalités.
Ils soutiennent que :
- la procédure de taxation d'office dont ils ont fait l'objet est irrégulière dès lors que l'administration fiscale n'apporte pas la preuve que la mise en demeure leur a été effectivement adressée et délivrée ;
- ils ont déposé leur déclaration en boîte aux lettres le 6 septembre 2019 et n'auraient pas dus être taxés d'office ;
- les rappels notifiés dans la proposition de rectification ne sont pas suffisamment motivés, tout comme dans le rejet de leur réclamation préalable ;
- ils sont fondés à se prévaloir des énonciations de la doctrine administrative référencée au bulletin officiel BOI-IR-PAS-10-30-10 n°10 dès lors qu'ils sont de bonne foi, qu'ils ont déposé par erreur leur déclaration 20242 et qu'ils n'ont pas reçu de lettre de relance suite à la mise en demeure adressée par les services fiscaux ;
- le refus de leur accorder le bénéfice du crédit d'impôt pour la modernisation du recouvrement est contraire aux principes constitutionnels et notamment au principe d'égalité devant la loi de l'article 6 et au principe d'égalité devant les charges publiques de l'article 13 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- l'administration ne démontre pas leur mauvaise foi pour appliquer la pénalité de 40% et ne motive pas l'application d'une telle pénalité.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 28 avril et 12 mai 2022, le directeur général des finances publiques de la direction de contrôle fiscal sud-est outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par les requérants ne sont fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Zettor,
- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique,
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2018. A la suite de ces opérations, l'administration fiscal les a assujettis à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, selon la procédure de taxation d'office. Leur réclamation contentieuse du 18 octobre 2021 a été rejetée le 25 janvier 2022. Par la présente requête, ils demandent au tribunal la décharge des impositions en litige.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, d'une part, la circonstance que l'administration omet de motiver la décision par laquelle elle rejette une réclamation tendant à la décharge ou à la réduction d'une imposition est sans influence sur la régularité ou le bien-fondé de cette imposition. Elle a pour seul effet de priver l'administration et, après elle, le juge, de la possibilité d'opposer au contribuable la tardiveté de ses conclusions devant le tribunal. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision de rejet de la réclamation du 10 décembre 2019 doit être regardé comme inopérant.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions. Cette notification est interruptive de prescription () ".
4. Dès lors que les impositions contestées par M. et Mme B ont été établies d'office, le caractère suffisant de la motivation de la proposition de rectification qui leur a été adressée le 19 mars 2021 doit être apprécié au regard des dispositions précitées de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales et non de celles, plus exigeantes, de l'article L. 57 du même livre, qui ne sont applicables que dans le cadre de la mise en œuvre de la procédure de rectification contradictoire.
5. Il résulte de l'instruction que cette proposition de rectification du 19 mars 2021 précise la nature, le motif et le montant des redressements envisagés. Elle comporte également des indications suffisantes pour permettre à M. et Mme B d'engager valablement une discussion avec l'administration, ce qu'ils ont d'ailleurs fait en adressant un courrier de contestation le 9 avril 2021 et auquel l'administration a répondu par une lettre du 7 juin 2021. Ils ont également pu saisir le conciliateur fiscal par un courrier du 7 février 2022. L'absence de renvoi à la doctrine concernant la non application de la tolérance visée dans la documentation administrative sous la référence BOI-IR-PAS-50-10-30-10 à leur égard n'a pas entaché la proposition d'irrégularité d'autant que l'administration fiscale a explicité les motifs pour lesquels les requérants ne pouvaient bénéficier du crédit d'impôt pour la modernisation du recouvrement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification du 19 mars 2021 doit être écarté.
6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : / 1° à l'impôt sur le revenu, les contribuables qui n'ont pas déposé dans le délai légal la déclaration d'ensemble de leurs revenus () ". Aux termes de l'article L. 67 du même code : " La procédure de taxation d'office prévue aux 1° et 4° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. () ".
7. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a adressé aux époux B une mise en demeure d'adresser leur déclaration détaillée de revenus de l'année 2018 le 23 juillet 2019. Le courrier leur a été présenté le 25 juillet 2019 et distribué le 27 juillet 2019 avec la signature du destinataire tel qu'il ressort des pièces produites par l'administration fiscale dans la présente instance. A la suite de la réception de la mise en demeure, les époux B ont renvoyé le 26 juin 2020 aux services leur déclaration détaillée. Ils produisent un courriel daté du 15 octobre 2019 dans lequel ils se prévalent du dépôt de leur déclaration dans la boîte aux lettres du service local. Toutefois, ce dépôt dont ils précisent qu'il a été fait le 6 septembre 2019 est en tout état de cause hors délai. Les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu ont été régulièrement établies selon la procédure de taxation d'office en raison de l'absence de dépôt de la déclaration de revenus au titre de l'année 2018 dans le délai légal malgré une mise en demeure qui a été régulièrement établie. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a taxé les époux B suivant la procédure de taxation d'office.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige :
S'agissant de la charge de la preuve :
8. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Selon l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".
9. Il résulte de l'instruction que les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à la charge de M. et Mme B au titre de l'année 2018 ont été établies à l'issue d'une procédure de taxation d'office régulière, sur le fondement de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales. Dès lors, en application de l'article L. 193 précité, les requérants supportent la charge d'établir l'exagération des impositions mises à leur charge.
S'agissant du bien-fondé du refus du crédit d'impôt pour la modernisation du recouvrement :
Quant à l'application de la loi fiscale :
10. Aux termes du II de l'article 60 de la loi du 29 décembre 2016 de finances pour 2017 : " A. - Les contribuables bénéficient, à raison des revenus non exceptionnels entrant dans le champ du prélèvement mentionné à l'article 204 A du code général des impôts, tel qu'il résulte de la présente loi, perçus ou réalisés en 2018, d'un crédit d'impôt modernisation du recouvrement destiné à assurer, pour ces revenus, l'absence de double contribution aux charges publiques en 2019 au titre de l'impôt sur le revenu. () / 3. Seuls les revenus déclarés spontanément par le contribuable sont pris en compte dans le calcul du montant du crédit d'impôt prévu au A () ".
11. Pour l'application de ces dispositions, les revenus déclarés spontanément s'entendent des revenus qui figurent sur la déclaration souscrite par le contribuable en application des dispositions de l'article 170 du code général des impôts et, le cas échéant, de l'article 172 du même code. Il en résulte que des revenus qui n'ont pas été déclarés spontanément, ne peuvent ouvrir droit au crédit d'impôt de modernisation du recouvrement.
12. Il est constant que M. et Mme B, qui ont été mis en demeure de déclarer leurs revenus par un courrier réceptionné le 27 juillet 2019, n'ont pas déclaré leurs revenus dans le délai de 30 jours qui leur était imparti dans la mise en demeure. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration fiscale a retenu qu'ils n'avaient pas déclaré spontanément leurs revenus au titre de l'année 2018, qu'elle a établi l'imposition en litige sur la base d'une taxation d'office à la suite d'un contrôle sur pièces et refusé de faire application du crédit d'impôt de modernisation du recouvrement.
Quant à l'application de l'interprétation administrative de la loi fiscale :
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " () Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. () ".
14. Aux termes du paragraphe 10 de la documentation administrative référencée BOI-IR-PAS-50-10-30-10 publiée le 10 février 2020 : " Toutefois, afin de prendre en compte les difficultés qu'ont pu rencontrer les contribuables en raison des modalités particulières de déclaration des revenus de l'année 2018, des mesures de tempérament sont prévues afin de permettre aux contribuables de bonne foi de bénéficier du CIMR lorsqu'ils n'ont, par erreur, pas déclaré spontanément l'intégralité de leurs revenus./ Le critère de spontanéité s'apprécie :/ - lors du dépôt de la déclaration de revenus de l'année 2018 permettant l'établissement de l'imposition initiale ;/- lors du contrôle de la déclaration de revenus déposée au titre de l'année 2018. ". Ce paragraphe concerne les contribuables qui ont spontanément déclaré leurs revenus, soit par le dépôt d'une déclaration dans les délais légaux, soit par le dépôt d'une déclaration hors délai s'il intervient avant toute relance des services de l'administration fiscale, soit par le dépôt d'une déclaration rectificative après la date limite de déclaration venant corriger des erreurs, inexactitudes insuffisances ou omissions figurant dans une déclaration déposée spontanément.
15. Comme il a été dit aux points 7 et 12, M. et Mme B n'ont pas déposé de déclaration de revenus au titre de l'année 2018 dans les délais. Cette dernière est parvenue à la date du 26 juin 2020 aux services après qu'ils aient été mis en demeure de le faire à la date du 27 juillet 2019. Leur déclaration de revenus n'est pas parvenue dans le délai de trente jours qui leur était imparti à compter de la réception de la mise en demeure, elle ne constitue donc pas une déclaration spontanée des revenus au titre de l'année 2018, au sens de la loi. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a refusé aux époux B le bénéfice du crédit d'impôt sur la modernisation du recouvrement prévu par les dispositions précitées de l'article 60 de la loi du 29 décembre 2016 de finances pour 2017.
16. En second lieu, aux termes de l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : " La loi () doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse ". Le principe d'égalité ne s'oppose ni à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes, ni à ce qu'il déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général, pourvu que, dans l'un et l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la loi qui l'établit. Aux termes de l'article 13 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : " Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés ". En vertu de l'article 34 de la Constitution, il appartient au législateur de déterminer, dans le respect des principes constitutionnels et compte tenu des caractéristiques de chaque impôt, les règles selon lesquelles doivent être appréciées les facultés contributives. En particulier, pour assurer le respect du principe d'égalité, il doit fonder son appréciation sur des critères objectifs et rationnels en fonction des buts qu'il se propose. Cette appréciation ne doit cependant pas entraîner de rupture caractérisée de l'égalité devant les charges publiques.
17. M. et Mme B soutiennent que le refus de l'administration de leur octroyer le bénéfice du crédit d'impôt en litige serait contraire aux principes constitutionnels et plus particulièrement au principe d'égalité devant la loi de l'article 6, et au principe d'égalité devant les charges publiques de l'article 13 et au principe de proportionnalité des peines garantie par l'article 8 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Ce moyen n'est pas présenté par un mémoire distinct, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 771-3 du code de justice administrative. Il est donc irrecevable en application de ces mêmes dispositions.
Sur les pénalités :
18. Aux termes de l'article 1728-1.b du code général des impôts : " Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ".
19. M. et Mme B évoquent leur bonne foi pour contester les pénalités auxquelles ils ont été assujettis. Il est constant cependant que l'administration fiscale n'a pas majoré leur imposition pour manquement délibéré en s'appuyant sur la mauvaise foi des contribuables, mais en se fondant sur l'article 1728-1- b précité qui ne concerne que les pénalités appliquées en cas de déclaration hors délai. Ainsi ce moyen est inopérant. Par suite, M. et Mme B ne sont pas fondés à demander la décharge de ces majorations.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par M. et Mme B ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et au directeur général des finances publiques de la direction de contrôle fiscal sud-est outre-mer.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Zettor, première conseillère,
Mme Kolf, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
La rapporteure,
signé
V. Zettor
La présidente,
signé
V. Chevalier-AubertLa greffière,
signé
V. Suner
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation, la greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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