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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2200781

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2200781

lundi 27 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2200781
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantLAWTEC - SOCIÉTÉ D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2022, et trois mémoires enregistrés les 1er août et 20 septembre 2022, la commune de Massoins, représentée par Me Zago de la SELAS Lawtec, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner les sociétés Antéa France et SAGE, l'Etat, représenté par le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur ainsi que le conseil départemental des Alpes-Maritimes, sur le fondement extracontractuel, à lui verser une provision de 500 000 euros sur l'indemnisation du préjudice qu'elle a subi à due proportion de leur responsabilité, soit sur la base de :

- 542 496 euros au titre de la perte de loyers ou, subsidiairement, de la perte de chance de percevoir lesdits loyers ;

- 1 620 007, 90 euros au titre de l'absence de redevances au titre des déchets ou, subsidiairement, de la perte de chance de l'absence de redevance ;

- 7 660 euros au titre des frais de relogement des habitants du hameau ;

- 52 000 euros au titre des frais de remise en état des terrains ;

- 50 000 euros au titre du préjudice moral ;

2°) de condamner les sociétés Antéa France et SAGE, l'Etat, représenté par le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, à due proportion de leur responsabilité, à lui verser une somme de 10 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Massoins soutient :

- qu'elle est fondée à rechercher la responsabilité extracontractuelle de la société Antéa France, de l'Etat et du département des Alpes-Maritimes ainsi que de la société SAGE du fait du préjudice qu'elle a subi à la suite de l'insuffisance des études géologiques réalisées dans le cadre de la construction d'une installation de stockage de déchets non dangereux (ISDND) sur le site du Vescorn ;

- que les sommes réclamées ne sont pas sérieusement contestables compte tenu du rapport d'expertise faisant état des préjudices qu'elle a subis.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 15 avril, 19 juillet et 9 septembre 2022, la société Antéa France, représentée par Me El Fadl, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

- à titre principal de rejeter les demandes de la commune de Massoins ;

- à titre subsidiaire de ne pas d'homologuer les conclusions de l'expert judiciaire ;

- à titre infiniment subsidiaire de limiter la responsabilité de la société Antéa France à tout au plus 10% ;

- en tout état de cause de condamner in solidum le SMED, l'Etat, le département des Alpes-Maritimes, la société SAGE et la société BERMONT ET FILS à garantir et relever indemne la société Antéa France de toutes les éventuelles condamnations qui seraient prononcées à son encontre ; de rejeter les demandes de la Commune de Massoins en ce qu'elles reposent sur des créances sérieusement contestables ;

- de condamner in solidum les parties succombantes à verser à la société Antéa France la somme de 15.000 euros au titre de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative ;

La société Antéa France soutient :

- que le référé provision formé trois ans après l'introduction d'une requête de plein contentieux est une procédure inadaptée ;

- que les obligations dont se prévaut la commune de Massoins sont sérieusement contestables ;

- que l'interruption des travaux de création d'un site de stockage des déchets non dangereux sur le territoire de la commune de Massoins pour lequel elle assurait la maitrise d'assistance à maitrise d'ouvrage et la maitrise d'œuvre est la conséquence d'un cas de force majeure, à savoir le glissement de terrain de 2014 ; qu'aucune faute ne peut être imputée à Antéa France qui avait sélectionné le site ;

- que l'expertise selon laquelle le risque de glissement de terrain sur le site était connu n'est pas probant ;

- qu'il n'y avait strictement aucun indice de déformation

identifiable du sous-sol du site retenu et aucun mouvement de terrain depuis

plusieurs décennies voire siècles ; que les glissements anciens étaient tout à fait

stabilisés ;

- que c'est le conseil départemental des Alpes-Maritimes qui a orienté Antéa France vers la commune de Massoins pour le choix du site de stockage ;

- que seuls l'Etat et le département disposaient des données qui combinées avec les rapports géologiques d'Antéa France auraient pu conduire à ne pas retenir le site de Massoins ;

- que les sommes demandées par la commune ne sont pas justifiées ;

- qu'en cas de condamnation, Antéa France devra être garantie de ses condamnations par les autres défendeurs du fait de leur responsabilité ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2022, le département des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête introduite par la commune de Massoins ;

Le département soutient :

- que la requête est irrecevable dès lors que la commune a déjà formé deux requêtes au fond pour demander l'indemnisation des préjudices objets du présent référé provision ;

- que la commune ne peut se prévaloir d'aucune obligation non sérieusement contestable à l'égard du département qui n'a commis aucune faute ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, représenté par Me Gaspar de la SELAS Charrel et Associés, demande au tribunal de rejeter la requête introduite par la commune de Massoins, de rejeter les appels en garantie formés par la société Antéa France à son encontre, de condamner la société Antéa France, la société alpine de géotechnique et le département des Alpes-Maritimes à le garantir de toute condamnation, de condamner solidairement la commune de Massoins, la société Antéa France, la société alpine de géotechnique et le département des Alpes-Maritimes à lui verser 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;

L'Etat soutient :

- que la requête est irrecevable en l'absence de demande préalable au sens de l'article R.421-1 du CJA ; qu'elle est également irrecevable à défaut de se prévaloir d'un fondement juridique pour engager la responsabilité de l'Etat ;

- que la commune de Massoins ne peut se prévaloir d'aucune obligation non sérieusement contestable à l'égard de l'Etat qui n'a commis aucune faute ;

- qu'en toute hypothèse, les préjudices allégués par la commune sont sans lien avec la faute qu'elle impute à l'Etat, à savoir l'autorisation donnée d'exploiter le site.

Vu :

- l'ordonnance du 13 juin 2022 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Nice a fixé la clôture de l'instruction au 8 juillet 2022 à 12h00 ;

- l'ordonnance du 1er août 2022 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Nice a rouvert l'instruction et a fixé sa clôture au 9 septembre 2022 à 12h00 ;

- l'ordonnance du 21 septembre 2022 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Nice a rouvert l'instruction ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Soli, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ayant été régulièrement convoquées à l'audience publique qui s'est tenue le 9 février 2023 à 11heures au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de M. Soli, juge des référés,

- les observations de Me Larbre pour la commune de Massoins,

- les observations de Me El Fadl pour la société Antéa France,

- les observations de Me Jolly, pour l'Etat,

- les observations de M. A, pour le département des Alpes-Maritimes.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, enregistrée le 15 février 2023, a été présentée pour la commune de Massoins.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que la société Antéa France avait remis au conseil général des Alpes-Maritimes en 2006 un rapport d'étude de pré-faisabilité d'un stockage des déchets ultimes (CSDU) sur le site du Vescorn, situé sur le territoire de la commune de Massoins, rapport dans lequel la société Antéa France, tout en notant une sensibilité du site aux glissements de la couverture colluvionnaire et éluvionnaire, concluait à la viabilité du projet sur ce site. Par un acte d'engagement du 28 décembre 2007, le syndicat mixte d'élimination des déchets du moyen pays (SMED), maître d'ouvrage, a confié à la société Antéa France SA le marché de maîtrise d'assistance à maitrise d'ouvrage et de maitrise d'œuvre pour la réalisation d'une installation de stockage de déchets non dangereux (ISDND) sur le site du Vescorn. Alors que les travaux ont débuté en mai 2013, des mouvements de terrain conduisent à un arrêt définitif du chantier en mai 2014. Par la présente instance, la commune de Massoins demande au juge des référés de condamner les sociétés Antéa France et SAGE, l'Etat ainsi que le conseil départemental à lui verser, à titre de provision les sommes de 542 496 pour l'indemnisation de la perte de loyer qui devait être versé à la commune pour la location des terrain destinés à recevoir l'installation de stockage jusqu'à échéance du bail le 31 mars 2037, la somme de 1 620 007, 90 euros pour l'indemnisation de la perte des redevances de 3 euros par tonne de déchet jusqu'au 31 mars 2037, la somme de 7 660 euros au titre des frais de relogement des habitants du hameau à la suite de l'éboulement, la somme de 52 000 euros au titre des frais de remise en état des terrains et la somme de 50 000 euros au titre du préjudice moral et d'image.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées par les défendeurs :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. "

3. Il ressort des pièces du dossier, en l'état de l'instruction, que la commune de Massoins entend rechercher la responsabilité fautive des sociétés Antéa France et SAGE, de l'Etat et du conseil départemental des Alpes-Maritimes pour les conséquences financières dommageables de l'interruption du projet d'installation d'un site de stockage de déchets non dangereux sur son territoire. Il ressort toutefois de l'instruction que si la faute de la société Antéa est établie en l'état du dossier dès lors que cette société, spécialiste en géologie, a retenu la faisabilité du projet sur le site du Vescorn malgré l'instabilité connue des sols, il apparaît que si les règles de l'art en matière géologique avaient été respectées la commune de Massoins n'aurait jamais été retenue pour accueillir le site de stockage. Il s'ensuit que ce n'est pas la faute de la société Antéa France qui est la cause du préjudice de la commune de Massoins mais la réalisation du risque géologique de glissement de terrain qui a mis un terme à un projet qui n'avait aucunement sa place sur le territoire de la commune requérante. L'obligation dont se prévaut la commune à l'encontre de la société Antéa France n'apparaît donc pas comme non sérieusement contestable.

4. Pour les mêmes motifs qu'au paragraphe 2, à supposer qu'une part de responsabilité soit imputable à l'Etat, au département des Alpes-Maritimes et à la société SAGE dans la décision fautive d'implantation du site de stockage à Massoins, il n'apparaît pas en l'état du dossier que la commune requérante puisse se prévaloir à leur encontre d'une obligation non sérieusement contestable.

5. En l'absence de toute condamnation, il n'y a pas lieu de statuer sur les appels en garantie de la société Antéa France et de l'Etat.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions susvisées. Les conclusions présentées en ce sens par la commune de Massoins, l'Etat et la société Antéa France sont donc rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la commune de Massoins est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'Etat et de la société Antéa France tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Massoins, à la société Antéa France, à la société SAGE, à l'Etat, représenté par le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et au conseil départemental des Alpes-Maritimes.

Fait à Nice le 27 février 2023.

Le juge des référés,

signé

P. SOLI

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

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