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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2200916

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2200916

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2200916
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantONELAW LEYTON LEGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 février 2022, la société par actions simplifiée (Sas) Sustain'Air, représentée par son président, représenté par Me Malric, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le remboursement complémentaire de sa créance de crédit d'impôt en vue de la recherche auquel elle estime être éligible au titre de l'année 2018, à concurrence d'un montant de 200 114 euros, suite à la prise en compte d'un amortissement exceptionnel ;

2°) de rectifier le montant de son déficit reportable en le portant à 512 597 euros en lieu et place des 137 211 euros initialement déclarés ;

3°) d'ordonner le versement des intérêts moratoires prévus à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;

4°) de mettre une somme de 5 000 euros à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en application du a du II de l'article 244 quater B, son prototype renewclim est un actif immobilisé affecté à la réalisation d'opérations de recherches développement et les amortissements qui en découlent peuvent intégrer l'assiette de son crédit d'impôt recherche au titre de l'année 2018 ;

- elle est fondée à se prévaloir de la doctrine administrative référencée au § 30 du bulletin BOI-BIC-RICI-10-10-20-10 qui confirme que les dépenses engagées par elle sont éligibles au crédit d'impôt recherche ;

- la cessation d'autorisation d'exploitation du domaine public est une circonstance exceptionnelle qui a entrainé une dépréciation effective et définitive conduisant à l'amortissement exceptionnel réalisé à la clôture de l'exercice 2018 de l'actif immobilisé ;

- elle est fondée à se prévaloir de la doctrine administrative référencée au § 50 du bulletin BOI-BIC-AMT-10-40-30 en raison d'une dépréciation définitive et effective du bien à la suite de la survenance de circonstances exceptionnelles extérieures à la société.

- cet amortissement exceptionnel est une charge déductible du résultat qui porte le déficit reportable de 137 211 euros à 512 597 euros au titre de l'année 2018.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2022, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, que la subvention de l'AEDEM soit déduite de l'assiette rectificative du crédit d'impôt recherche, soit un crédit d'impôt complémentaire restituable de 21 785 euros.

Il soutient que :

- à titre principal, les dépenses dont se prévaut la société Sustain'air sont exclues du champ d'application de l'article 244 quater B du code général des impôts ;

- à titre subsidiaire, l'amortissement exceptionnel n'est pas justifié.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zettor, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La Sas Sustain'air, qui a pour objet le développement de climatiseurs innovants, a inscrit une dotation aux amortissements des immobilisations affectées à la recherche de 427 935 euros au titre de l'année 2018 pour son prototype renewclim. Au titre de cette même année, elle a obtenu la restitution, le 11 juillet 2019, d'une somme de 85 170 euros au titre du crédit d'impôt recherche. Le 17 septembre 2021, elle a déposé une demande complémentaire de remboursement de crédit d'impôt en faveur de la recherche au titre de l'année 2018 à hauteur d'une somme de 200 114 euros ainsi qu'une liasse rectificative de son résultat imposable à l'impôt sur les sociétés pour l'exercice clos au 31 décembre 2018 pour tenir compte de dotations complémentaires portant sur son prototype renewclim, d'un montant de 381 169 euros. Sa demande a fait l'objet d'une décision de rejet en date du 9 décembre 2021. La société requérante demande au tribunal de prononcer le remboursement du crédit d'impôt recherche pour tenir compte de son amortissement exceptionnel à hauteur de la somme de 381 169 euros et, la rectification du montant de son déficit reportable à hauteur de 512 597 euros au titre de l'année 2018.

Sur les conclusions tendant au remboursement complémentaire du crédit d'impôt en faveur de la recherche :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes du II de l'article 244 quater B du code général des impôts : " Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : / a) Les dotations aux amortissements des immobilisations, créées ou acquises à l'état neuf et affectées directement à la réalisation d'opérations de recherche scientifique et technique, y compris la réalisation d'opérations de conception de prototypes ou d'installations pilotes. (). ". Aux termes de l'article 49 septies F de l'annexe III à ce code : " Pour l'application des dispositions de l'article 244 quater B du code général des impôts, sont considérées comme opérations de recherche scientifique ou technique :() / c. Les activités ayant le caractère d'opérations de développement expérimental effectuées, au moyen de prototypes ou d'installations pilotes, dans le but de réunir toutes les informations nécessaires pour fournir les éléments techniques des décisions, en vue de la production de nouveaux matériaux, dispositifs, produits, procédés, systèmes, services ou en vue de leur amélioration substantielle. Par amélioration substantielle, on entend les modifications qui ne découlent pas d'une simple utilisation de l'état des techniques existantes et qui présentent un caractère de nouveauté ".

3. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / () 2° () les amortissements réellement effectués par l'entreprise, dans la limite de ceux qui sont généralement admis d'après les usages de chaque nature d'industrie, de commerce ou d'exploitation et compte tenu des dispositions de l'article 39 A, sous réserve des dispositions de l'article 39 B () ". La durée d'amortissement d'un bien s'apprécie en principe à la date d'acquisition ou de création de ce bien par l'entreprise. Par ailleurs, un amortissement exceptionnel venant s'ajouter aux dotations qui peuvent être faites annuellement au compte d'amortissements et déduites des résultats de chaque exercice en vertu du 2° précité du 1 de l'article 39 peut être pratiqué à partir de l'exercice à la clôture duquel est constatée une dépréciation effective et définitive de l'élément d'actif correspondant, entraînée par des circonstances exceptionnelles ayant pour effet de ramener la valeur réelle de cet élément d'actif à un montant inférieur à sa valeur nette comptable.

4. Il appartient au juge de l'impôt d'apprécier, au vu de l'instruction, si les opérations réalisées par le contribuable entrent dans le champ d'application du crédit d'impôt recherche eu égard aux conditions dans lesquelles sont effectuées ces opérations. S'il se prononce au vu des éléments avancés par l'une et l'autre partie, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci.

5. Il résulte de l'instruction et en particulier de la décision de rejet de la réclamation en date du 9 décembre 2021, que la société Sustain'air a déposé une demande complémentaire de restitution de crédit d'impôt en faveur de la recherche au titre de l'année 2018 à hauteur d'un montant de 200 114 euros pour tenir compte d'un amortissement exceptionnel inscrit à hauteur de 381 169 euros correspondant à la perte de l'usage de son prototype renewclim à la suite du refus de la métropole Nice Côte d'azur de l'acquérir, à l'expiration de la convention d'occupation du domaine public de la Diacosmie, et d'en demander la dépose après remise en l'état du site. La société Sustain'Air, qui avait conclu le 26 août 2016 un contrat d'occupation du domaine public portant sur le prototype installé sur le site de la Diacosmie à Nice jusqu'en septembre 2018, a mis en demeure la métropole de Nice d'acquérir son prototype. La métropole Nice Cote d'Azur a refusé, demandé la dépose du prototype et la remise des lieux en l'état, le contrat d'occupation du domaine public étant arrivé à échéance. La société requérante était signataire de la convention d'occupation du domaine public dont elle a accepté l'intégralité des dispositions, y compris celles tenant à la possibilité pour les parties de ne pas s'engager dans une phase d'exploitation du prototype à l'échéance. Elle ne saurait se prévaloir de l'arrivée à échéance de la mise à disposition du domaine public et de l'attitude de la métropole niçoise pour justifier l'amortissement exceptionnel de 381 169 euros qu'elle a pratiqué. Aucun de ces deux évènements, le refus d'acquérir le prototype et la demande de procéder à sa dépose et à la remise en état des lieux, ne peut être regardé comme un événement imprévisible lié à l'existence de circonstances exceptionnelles ayant entraîné une dépréciation du prototype renewclim. En tout état de cause, la société Sustain'Air ne justifie pas que les dotations aux amortissements des biens immobilisés étaient affectées à la réalisation d'opération de recherche y compris la réalisation de son prototype et d'installations pilotes au sens de l'article 244 quater B du code général des impôts. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à solliciter le remboursement complémentaire de sa créance de crédit d'impôt en vue de la recherche auquel elle estime être éligible au titre de l'année 2018, à concurrence d'un montant de 200 114 euros correspondant à la prise en compte d'un amortissement exceptionnel et la rectification du montant de son déficit reportable.

En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale :

6. En premier lieu, dès lors que les décisions refusant d'accorder un crédit d'impôt en faveur de la recherche ne constituent pas un rehaussement d'imposition, la société Sunstain'air ne peut utilement se prévaloir de la doctrine administrative référencée au paragraphe 30 du bulletin BOI-BIC-RICI-10-10-20-10, laquelle ne comporte aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.

7. En second lieu, la société requérante ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la doctrine administrative référencée BOI-BIC-AMT-10-40-30 et notamment du paragraphe 50 relatif aux taux d'amortissement, qui indique expressément que chaque entreprise a la faculté de constituer des amortissements exceptionnels ou accélérés lorsque ceux-ci sont justifiés par des circonstances particulières, et qui ne comporte donc pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il vient d'être fait application.

Sur les conclusions tendant au versement par l'Etat d'intérêts moratoires :

8. Il n'existe aucun litige né et actuel entre le comptable et la société requérante concernant les intérêts mentionnés à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales. Dès lors, ces conclusions ne sont pas recevables.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Sustain'air demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Sustain'air est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Sustain'air et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Zettor, première conseillère,

Mme Kolf, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

V. Zettor

La présidente,

signé

V. Chevalier-Aubert

La greffière,

signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation, la greffière,

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