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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2201057

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2201057

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2201057
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDENTONS EUROPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er mars 2022, 2 mars 2023 et 20 février 2024, la société par actions simplifiée Immobilière Atlantic (SAS IA), représentée par Me Calisti, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre de l'exercice clos en 2017, à hauteur d'une somme de 1 430 937 euros, en droits et pénalités ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'inscription de la somme de 9 607 997 euros en produit exceptionnel est une erreur comptable ;

- elle peut rectifier l'erreur commise par l'expert, dans le délai de reprise, en application de l'article L. 62 du livre des procédures fiscales ;

- l'administration a méconnu la doctrine administrative référencée BOI-BIC-BASE-50-10 dans ses paragraphes 30 et 40 ; la doctrine référencée BOI-BIC-BASE-20-10, paragraphes 1 et 10 et la doctrine administrative référencée BOI-CF-IOR-20 paragraphe 50 lui permettant de régulariser en cours de contrôle.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 mai 2022, 3 mars 2023 et 11 mars 2024, le directeur général des finances publiques de la direction de contrôle fiscal sud-est outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zettor, rapporteure,

- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique,

- les observations de Me Virenque, représentant la société immobilière Atlantic.

Une note en délibéré, enregistrée le 15 novembre 2024, a été présentée par Me Calisti dans les intérêts de la SAS immobilière Atlantic et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée Immobilière Atlantic, qui exerce l'activité de holding spécialisée dans l'acquisition de tous immeubles, la gestion de patrimoine immobilier et la vente d'immeubles, et dont le capital est entièrement détenu par la SASU Birba, a fait l'objet d'un contrôle sur pièces portant sur l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos au 31 décembre 2017. A la suite de ce contrôle, l'administration fiscale lui a adressé une proposition de rectification en date du 12 décembre 2018 et notifié des rehaussements d'impôt sur les sociétés d'un montant de 1 430 937 euros au titre de l'exercice clos en 2017, après avoir limité les déficits antérieurs sur le bénéfice clos au 31 décembre 2017 à un montant de 5 357 691 euros en vertu des dispositions du 3ème alinéa du I de l'article 209 du code général des impôts. Par une réclamation en date du 22 juillet 2021, rejetée le 3 janvier 2022, la requérante conteste les rectifications ainsi opérées et le refus de l'administration de tenir compte d'une liasse rectificative déposée le 16 octobre 2018. La SAS Immobilière Atlantic demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos au 31 décembre 2017, à hauteur de la somme de 1 430 937 euros, en droits et pénalités.

Sur le bien-fondé :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts applicables en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuée par les entreprises (). / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt (). L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés () ". Il résulte de ces dispositions que les comptes de tiers inscrits au bilan de clôture d'un exercice doivent exprimer les situations débitrices ou créditrices de ces derniers telles qu'elles ont résulté des créances et des dettes nées au profit ou à la charge de la société vis-à-vis de ces tiers, dès lors que lesdites créances et dettes sont devenues certaines, au cours de cet exercice, dans leur principe et dans leur montant. Après la clôture de l'exercice, ces comptes ne peuvent être modifiés rétroactivement, à l'initiative du contribuable ou à celle de l'administration à la suite d'une vérification que pour corriger les erreurs comptables dont ils sont entachés et qui entraînent une sous-estimation ou une surestimation de l'actif net de l'entreprise.

3. Aux termes du 3ème alinéa du I de l'article 209 du même code : " Sous réserve de l'option prévue à l'article 220 quinquies, en cas de déficit subi pendant un exercice, ce déficit est considéré comme une charge de l'exercice suivant et déduit du bénéfice réalisé pendant ledit exercice dans la limite d'un montant de 1 000 000 € majoré de 50 % du montant correspondant au bénéfice imposable dudit exercice excédant ce premier montant. Si ce bénéfice n'est pas suffisant pour que la déduction puisse être intégralement opérée, l'excédent du déficit est reporté dans les mêmes conditions sur les exercices- suivants. Il en est de même de la fraction de déficit non admise en déduction en application de la première phrase du présent alinéa. " et aux termes de l'article L. 62 du livre des procédures fiscales : " Si, dans un délai de trente jours à compter de la réception d'une demande mentionnée aux articles L. 10, L. 16 ou L. 23 A du présent code ou de la réception d'une proposition de rectification ou, dans le cadre d'une vérification de comptabilité ou d'un examen de situation fiscale personnelle, avant toute proposition de rectification, le contribuable demande à régulariser les erreurs, inexactitudes, omissions ou insuffisances dans les déclarations souscrites dans les délais, il est redevable d'un montant égal à 70 % de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du code général des impôts. / Cette procédure de régularisation ne peut être appliquée que si : / 1° Elle ne concerne pas une infraction exclusive de bonne foi ; / 2° Le contribuable dépose une déclaration complémentaire dans les trente jours de la demande de régularisation mentionnée au premier alinéa du présent article et s'acquitte de l'intégralité des suppléments de droits simples dus et des intérêts de retard calculés en application du même premier alinéa soit au moment du dépôt de cette déclaration complémentaire, soit, en cas de mise en recouvrement par voie de rôle, au plus tard à la date limite de paiement portée sur l'avis d'imposition. / A défaut de paiement immédiat des droits simples ou, s'agissant des impositions recouvrées par voie de rôle, de paiement effectué au plus tard à la date limite de paiement portée sur l'avis d'imposition, le bénéfice de la réduction de l'intérêt de retard est conservé en cas d'acceptation par le comptable public d'un plan de règlement des droits simples ".

4. Il résulte de l'instruction que l'administration a remis en cause l'imputabilité des déficits reportables considérant que le plafond d'imputation des déficits n'avait pas été respecté à la suite de l'inscription, par la société requérante, d'un produit exceptionnel d'un montant de 9 607 997 euros à la clôture de l'exercice de 2017, correspondant à un abandon de créance de sa société mère à son profit. Elle a également refusé le dépôt d'une liasse rectificative en date du 16 octobre 2018 dans laquelle la société requérante a inscrit le montant de 9 607 997 euros dans ses produits exceptionnels, reporté le montant de l'abandon de créance de 9 607 997 euros et, imputé ce montant à son résultat fiscal de 9 715 583 euros pour aboutir à un bénéfice imposable de 107 386 euros.

5. La société Immobilière Atlantic ne conteste pas la remise en cause par l'administration du montant des déficits imputables, à hauteur du plafond prévu par le I de l'article 209 du code général des impôts, qui l'a conduit à reporter l'intégralité de l'abandon de créance, mais fait valoir que son expert-comptable a commis une erreur en inscrivant cet abandon de créance de sa société mère, Birba, à son profit, d'un montant de 9 607 997 euros. La société requérante fait valoir que cet abandon de créance n'a fait l'objet d'aucun procès-verbal d'assemblée générale, acté par la société mère Birba et n'est pas comptabilisé dans la comptabilité de cette dernière. Elle soutient que dès lors que l'écriture comptable de cet abandon de créance est erronée et qu'elle ne revêt pas un caractère délibéré, elle peut être corrigée. Par suite, la société requérante sollicite l'application des dispositions de l'article L. 62 du livre des procédures fiscales.

6. Il résulte de l'instruction que si, l'abandon de créance n'est acté par aucun document, il a toutefois été inscrit dans le bilan comptable de la SAS IA, présenté et validé à la clôture de l'exercice 2017. En l'espèce, l'administration fait valoir que l'erreur commise par la requérante présente un caractère délibéré, que sa rectification lui procure un important avantage fiscal et que l'imputation du déficit reportable lui permet d'inscrire un résultat imposable à l'impôt sur les sociétés de 107 386 euros en lieu et place des 9 715 383 euros initialement enregistrés par erreur par son ancien expert-comptable. La circonstance alléguée que ce dernier aurait commis cette erreur par inadvertance et par méconnaissance d'une règle fiscale, n'est établi par aucun élément justificatif. De plus, la mise en cause de l'expert-comptable dont se prévaut la société n'est mentionnée que dans le rapport du commissaire au compte au titre de l'exercice clos en 2017 et aucun autre justificatif ne confirme cet élément. Il ne résulte pas de l'instruction qu'elle a demandé à régulariser sa situation avant l'édiction de la proposition de rectification du 12 octobre 2018 qui lui a été notifiée le 18 octobre 2018. Dans ces conditions, la société, qui n'apporte pas la preuve d'une erreur commise de bonne foi à son détriment, ne peut être pas admise à remettre en cause une décision de gestion qu'elle a prise et qui lui est opposable. En l'espèce, en inscrivant un abandon de créance d'un montant de 9 607 997 euros consenti par sa société mère sans justificatifs, l'inscription bien qu'irrégulière lui est opposable et s'analyse comme un acte de gestion et non une erreur comptable qu'elle pouvait corriger par le dépôt d'une liasse rectificative, après réception de la proposition de rectification. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à invoquer le droit à l'erreur prévu par les dispositions précitées, à supposer même que les rehaussements résultent des mentions erronées portées sur la déclaration initiale, dont seul l'expert-comptable serait responsable. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale :

7. La société requérante n'est pas fondée à se prévaloir de la doctrine référencée BOI-BIC- BASE-50-10 paragraphes 30 et 40, BOI-BIC-BASE-20-10, paragraphes 1 et 10 et BOI-CF-IOR-20-10 et son paragraphe 50 qui ne comportent pas d'interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la société doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la Sas Immobilière Atlantic est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Immobilière Atlantic et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Zettor, première conseillère,

Mme Chevalier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe 12 décembre 2024.

La rapporteure,

signé

V. Zettor

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation, la greffière.

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