Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2201118

lundi 9 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2201118
TypeDécision
PublicationC
FormationMagistrat M. FAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 février 2022, Mme C D doit être regardée comme demandant au tribunal :

* d'annuler la décision en date du 11 janvier 2022 par laquelle la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère urgent et prioritaire de sa demande de logement social en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

* d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à un réexamen de son dossier.

M. D doit être regardée comme soutenant que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et la loi n° 2009-323 du 25 mars 2009 de mobilisation pour le logement et la lutte contre l'exclusion ;

* le code de la construction et de l'habitation ;

* le code de justice administrative.

Vu, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. Faÿ, magistrat désigné ;

* et les observations de Mme D et de Mme B, pour le préfet des Alpes-Maritimes. A la barre la requérante fait valoir qu'elle sera sans emploi à compter du mois de février 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D a saisi la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. La commission a rejeté cette demande par une décision en date du 11 janvier 2022 au motif que le recours amiable de la requérante ne précise pas le motif de la saisine de la commission, qu'elle n'apporte pas d'élément probant suffisant pour apprécier s'il entre dans les critères de recevabilité des dispositions applicables en matière de droit au logement opposable et que le montant du loyer déclaré élevé par la requérante n'est pas au nombre desdits critères de recevabilité permettant de reconnaître son recours comme prioritaire et urgent. Mme D doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision de la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en date du 11 janvier 2022.

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant [] est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. " et aux termes du premier alinéa du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut () également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés () s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap () " Aux termes des dispositions de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département () / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / () - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. " En application des dispositions de l'article R. 822-25, le logement doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus.

3. Les recours contre les décisions des commissions de médiation sur les demandes tendant à être déclaré prioritaire et devant être logé d'urgence relèvent du contentieux de l'excès de pouvoir. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi d'un recours formé à l'encontre d'une décision de la commission de médiation refusant à un demandeur de le reconnaître prioritaire pour l'accès à un logement décent et indépendant dans le cadre du droit garanti par l'État selon les dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, d'apprécier l'urgence et le caractère prioritaire de la demande de logement à la date de la décision attaquée.

4. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation que l'appartenance à l'une des catégories mentionnées par la loi ne suffit pas à elle seule à rendre éligible la demande de logement. Il faut également que la situation du demandeur présente un caractère d'urgence sur lequel la commission de médiation dispose d'un large pouvoir d'appréciation. Pour apprécier ce caractère d'urgence, la commission de médiation doit se fonder sur tous les éléments relatifs à la situation du demandeur.

5. Par ailleurs, il résulte des dispositions citées ci-dessus du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation que le législateur a entendu ouvrir aux personnes que leurs conditions de logement exposent à des risques personnels graves la possibilité de saisir sans délai la commission de médiation afin qu'elle les désigne comme prioritaires et devant être relogées en urgence. En dehors du cas où les locaux occupés par le demandeur sont, en raison de leurs caractéristiques physiques, impropres à l'habitation, insalubres ou dangereux, ces dispositions permettent à la commission de désigner comme prioritaire et devant être relogée en urgence une personne établissant l'existence, dans l'immeuble où elle réside, d'une situation d'insécurité liée à des actes commis de manière habituelle et qui, du fait d'une vulnérabilité particulière ou d'autres éléments liés à sa situation personnelle, créent des risques graves pour elle-même ou pour sa famille.

6. Au soutien de ses conclusions aux fins d'annulation de la décision de la commission de médiation des Alpes-Maritimes en date du 11 janvier 2022, Mme D allègue qu'elle est mère de trois enfants dont deux majeurs, qu'elle a dû quitter le domicile conjugal en raison des violences morales qu'elle subissait de la part de son époux, qu'elle loge actuellement dans le parc privé, qu'elle est dépourvu de familles, ses parents étant décédés, qu'elle sort d'un cancer, qu'elle est employée en contrat à durée déterminée par la ville d'Antibes et que la fin prochaine du versement des allocations familiales va entraîner pour elle une situation de précarité l'empêchant de se maintenir dans une location dans le parc privé. Au soutien de ses allégations, la requérante produit les actes de décès de ses parents, le compte rendu d'une biopsie et le procès-verbal d'un dépôt de plainte contre son époux en date du 7 septembre 2021. Cependant, en défense, le préfet des Alpes-Maritimes fait valoir, sans être contesté, que Mme D dispose d'un logement de type T3 d'une surface de 46 mètres carrés pour un loyer de 895 euros duquel il convient de soustraire le montant de l'aide personnalisée au logement d'un montant de 498 euros et que le loyer résiduel d'un montant de 397 euros rapporté aux ressources mensuelle de la famille qui se montent à 2 505 euros représente un taux d'effort de 16 % qui entre dans la norme acceptable de la dépense liée au logement. Mme D qui n'établit pas qu'à la date de la décision attaquée elle se trouvait dans une situation d'insécurité de nature à créer des risques graves pour elle-même ou ses enfants ni ne démontre l'état de précarité qu'elle allègue n'est pas fondée à soutenir que la commission de médiation des Alpes-Maritimes aurait fait de sa situation une appréciation manifestement erronée.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision en date du 11 janvier 2021 ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction, ne peuvent qu'être rejetées. Il appartient à Mme D, s'elle s'y croit fondée, de saisir la commission de médiation d'une nouvelle demande, en faisant valoir les changements intervenus dans sa situation.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme C D et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

signé

D. ALe greffier,

signé

P. GODEAU

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

Décisions similaires

TA06Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Nice — N° TA06-2305106

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de Mme B, qui contestait la décision de la commission de médiation des Alpes-Maritimes refusant de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social. La commission avait estimé que l'hébergement de la requérante chez une amie, dans un logement de 150 m² pour six occupants, offrait une surface habitable suffisante au regard de l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation, et que l'éloignement géographique invoqué ne constituait pas un critère de recevabilité. Le tribunal a jugé que la décision attaquée n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation, en application des articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du même code.

31/01/2025

TA06Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Nice — N° TA06-2305188

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de M. B C, qui contestait la décision de la commission de médiation des Alpes-Maritimes du 9 mai 2023. Cette commission avait refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, au motif que sa situation résultait de son propre fait et qu'il ne justifiait pas de démarches suffisantes. Le tribunal a estimé que la commission n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur les incohérences dans les déclarations du requérant et l'absence de justificatifs malgré une demande de pièces. La décision s'appuie sur les articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation.

31/01/2025

TA06Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Nice — N° TA06-2305348

Le Tribunal Administratif de Nice a annulé la décision du 29 août 2023 par laquelle la commission de médiation des Alpes-Maritimes avait rejeté le recours de Mme H visant à faire reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social. Le tribunal a estimé que la commission avait commis une erreur de fait en se fondant sur le refus d'un logement par la requérante pour remettre en cause sa bonne foi et sa situation de handicap, sans avoir préalablement vérifié l'adéquation de ce logement à ses besoins spécifiques liés à son état de santé. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de Mme H dans un délai de deux mois.

31/01/2025

TA06Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Nice — N° TA06-2305369

Le Tribunal Administratif de Nice a examiné le recours de M. C, qui contestait la décision de la commission de médiation des Alpes-Maritimes refusant de le reconnaître comme prioritaire et urgent pour un logement social. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que la commission n'avait pas commis d'erreur d'appréciation. Il a considéré que M. C, bien qu'attendant un logement depuis plus de 45 mois, occupait avec sa famille un logement de 62 m², surface suffisante au regard des textes, et ne justifiait pas d'une situation d'urgence, notamment en l'absence de décision d'expulsion. La décision s'appuie sur les articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation.

31/01/2025