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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2201304

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2201304

mardi 14 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2201304
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL HOURCABIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 mars 2022, la société de contrôle du stationnement en voirie (CSV) Moovia, représentée par Me Berkani, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis de sommes à payer n° 00100 2021 1689 8922 du 9 décembre 2021, reçu le 14 janvier 2022, d'un montant de 66 965,71 euros ;

2°) de prononcer la décharge de cette somme ;

3°) à titre subsidiaire, de modérer le montant des pénalités appliquées au titre de cet avis de sommes à payer ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Nice une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire est irrégulier en raison de l'incompétence de son signataire;

- il est également irrégulier dès lors qu'il n'est pas justifié de la signature de son auteur ;

- il est mal fondé dès lors que la grève de ses employés, extérieur à toute action ou manquement de sa part, imprévisible et irrésistible, constitue un cas de force majeur, exonératoire de toute pénalité ;

- la facturation partielle du bon de commande dont l'exécution a été entravée par la grève, conjuguée à l'application de sanctions, constitue un cumul de sanctions prohibé ;

- la taxe sur la valeur ajoutée n'est pas applicable aux pénalités ;

- le montant des pénalités, qui représenté 51,85% du montant du bon de commande, est excessif ; il se fonde en toute état de cause sur le montant total du bon et non sur le montant facturé en méconnaissance des stipulations du marché.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2023, la commune de Nice, représentée par Me Hourcabie, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 5 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société CSV Moovia ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le cahier des clauses administratives particulières applicable au marché ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guilbert,

- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,

- et les observations de Me Hourcabie, représentant la commune de Nice.

Une note en délibéré, présentée par la commune de Nice, a été enregistrée le 18 décembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. La ville de Nice a notifié le 10 novembre 2017 un accord cadre portant sur des prestations de contrôle et de surveillance du stationnement payant, l'établissement des forfaits post-stationnement et le traitement des recours administratifs préalables obligatoires au groupement d'entreprises composé de la société Urbis Park Service et de la société Egis project. La société contrôle du stationnement en voirie CSV Moovia s'est substituée à ce groupement. Le 20 octobre 2021, la collectivité a émis un bon de commande n° 021VD27655P d'un montant de 107 623,47 euros hors taxe pour la période du 20 octobre au 19 novembre 2021. Les salariés de l'attributaire ont observé un mouvement de grève du 4 au 19 novembre 2021. Le 19 novembre 2021, constatant l'inexécution du bon de commande sur une période de quatorze jours, la commune de Nice a sollicité de l'attributaire qu'elle limite la facturation de son bon de commande aux treize jours effectivement exécutés et l'a informée de l'application de pénalités pour un montant de 66 965,71 euros toutes taxes comprises. Le 9 décembre 2021, elle a émis un titre de recette pour la somme correspondante, puis un commandement de payer le 7 mars 2022. Par un courrier du 14 décembre 2021, la société requérante a formé opposition au titre exécutoire. La commune de Nice a émis le 9 décembre 2021 un certificat de réduction de titre de recette pour prendre acte d'une erreur relative à la taxe sur la valeur ajoutée. Par la présente requête, la société CSV Moovia demande au tribunal d'annuler le titre exécutoire et de la décharger des sommes mises à sa charge par le titre de recette du 9 décembre 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités publiques : " 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public vaut notification de ladite ampliation. / En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours./ Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation ".

3. Si la commune de Nice se prévaut à l'instance de la signature électronique du bordereau du titre de recette en litige, elle n'a, en dépit de l'invitation du tribunal, pas produit de copie de ce bordereau avant la clôture de l'instruction. Dès lors, le titre de recette du 9 décembre 2021 doit, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de régularité soulevé par la requérante, être annulé.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la grève qui a entravé l'exécution du contrat a pris naissance dans un contexte de revendication salariale au sein de l'entreprise Moovia, revendication portée depuis deux ans par ses employés, que dans ces conditions, cette grève ne présentait ni un caractère d'imprévisibilité ni un caractère d'extériorité, de sorte que le moyen tiré de l'existence d'une situation de force majeure doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il résulte de l'article 4-1 de l'acte d'engagement du 10 novembre 2017 liant la requérante à la commune de Nice que l'attributaire s'engage au contrôle du stationnement payant sur voirie, à l'établissement de forfaits post stationnements, au traitement des recours administratifs préalables obligatoires, en contrepartie d'une rémunération déterminée par application du bordereau des prix aux quantités réellement exécutées. La société CSV Moovia ne conteste pas qu'entre le 4 et le 19 novembre 2021, elle n'a pas exécuté les prestations prévues au bon de commande du 20 octobre 2021 pour cette période. Elle n'est dès lors pas fondée à se plaindre de ce que l'administration n'a pas assuré le règlement de l'intégralité dudit bon de commande.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 10-4 du cahier des clauses administratives particulières applicable au marché : " Nombre de contrôle minimum journalier non atteint/ En cas de non-respect du niveau de contrôle minimum imposé au Prestataire prévu à l'article 3.1.3 du CCTP, une pénalité correspondant au prix facturé sur le mois concerné rapporté à la journée sera appliqué pour chaque jour concerné. ". La société requérante ne conteste pas ses manquements en la matière du 4 au 19 novembre 2021, de sorte que c'est à bon droit que la collectivité a mis en œuvre les stipulations de l'article 10-4 du cahier des clauses administratives particulières applicable au marché.

7. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que la commune de Nice, a, en application de l'article 10-4 du CCAP précité, retenu une somme de 107 623,47 euros hors taxe facturés pour la période du 20 octobre au 19 décembre 2021, rapportée à 14 jours non travaillés, soit 55 804,76 euros. Contrairement à ce que soutient la requérante, la commune de Nice n'a pas commis d'erreur en retenant pour ce calcul, ainsi que le prévoient les stipulations librement consenties par les parties, le montant des prestations facturées au bon de commande et non le montant réellement réglé après contrôle.

8. En cinquième lieu, la conjugaison du non-paiement des prestations non effectuées, qui ne présente pas le caractère d'une sanction, et de l'application des pénalités précédemment évoquées, ne saurait être regardée comme constituant un cumul de sanctions à raison des mêmes faits.

9. En sixième lieu, si les pénalités contestées ne peuvent donner lieu à l'application de la taxe sur la valeur ajoutée, il résulte de l'instruction que, le 9 mai 2022, l'administration a émis un certificat administratif de réduction de titre ayant pour objet de décharger la requérante des sommes correspondant à la taxe sur la valeur ajoutée appliquée à tort.

10. En septième et dernier lieu, si, pour demander la modération des pénalités en litige, la société CSV Moovia se prévaut de ce qu'elles représentent plus de 51 % du bon de commande auquel elles se rapportent, il résulte de l'instruction que l'accord cadre au titre duquel ce bon de commande a été émis a été conclu pour un montant minimum de 1 560 000 euros toutes taxes comprises, le montant des pénalités en litige représentant ainsi un pourcentage non excessif de 3,4% des recettes minimales du marché. Dès lors, il n'y a pas lieu de modérer ce montant.

11. Compte-tenu de tout ce qui précède, les conclusions aux fins de décharge présentées par la société CSV Moovia doivent être rejetées.

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par les parties en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de recette du 9 décembre 2021 est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société contrôle du stationnement en voirie (CSV) - Moovia et à la commune de Nice.

Délibéré après l'audience du 17 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Soli, président,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 janvier 2025.

La rapporteure,

signé

L. Guilbert

Le président,

signé

P. Soli La greffière,

signé

C. Ravera

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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