mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2201408 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 mars et 10 octobre 2022, la société civile immobilière (SCI) Axel demande au tribunal de prononcer le remboursement du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) au titre des années 2017 et 2018, pour un montant total de 4 835 euros.
Elle soutient que :
- s'agissant du CICE relatif à l'année 2017, elle a sollicité l'indulgence de l'administration fiscale au sujet de la tardiveté qui lui a été opposée ; elle a également indiqué ses difficultés à compléter le dossier, de sorte que l'administration, qui ne lui a pas répondu, ne peut lui opposer le fait de ne pas avoir fourni les liasses fiscales ;
- s'agissant du CICE relatif à l'année 2018, elle a fourni les documents nécessaires à son octroi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2022, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut à ce qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions relatives au CICE au titre de l'année 2018 et au rejet du surplus des conclusions.
Il soutient que :
- un dégrèvement de 2 230 euros, relatif au CICE au titre de l'année 2018, a été prononcé le 5 septembre 2022 ;
- les autres moyens soulevés par la SCI Axel ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 13 août 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 6 septembre 2024 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Loustalot-Jaubert, rapporteur,
- et les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 12 octobre 2021, la société civile immobilière (SCI) Axel a formulé une demande de remboursement du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) au titre des années 2017 et 2018. Par décision du 12 janvier 2022, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande. Par la présente requête, la SCI Axel demande au tribunal de prononcer ce remboursement, pour un montant total de 4 835 euros.
Sur l'étendue du litige :
2. Le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes fait valoir que, par une décision du 5 septembre 2022, postérieure à l'introduction de la requête, il a accordé la restitution de la somme sollicitée au titre du CICE relatif à l'année 2018, soit 2 230 euros. Les conclusions de la société requérante relative à ce crédit d'impôt sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer. En revanche, il y a lieu de statuer sur le surplus des conclusions de la requête de la SCI Axel.
Sur le surplus des conclusions :
3. D'une part, aux termes de l'article 244 quater C du code général des impôts dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Les entreprises imposées d'après leur bénéfice réel () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt ayant pour objet le financement de l'amélioration de leur compétitivité à travers notamment des efforts en matière d'investissement, de recherche, d'innovation, de formation, de recrutement, de prospection de nouveaux marchés, de transition écologique et énergétique et de reconstitution de leur fonds de roulement () / II. - Le crédit d'impôt mentionné au I est assis sur les rémunérations que les entreprises versent à leurs salariés au cours de l'année civile () ". Aux termes de l'article 220 C de ce code : " Le crédit d'impôt défini à l'article 244 quater C est imputé sur l'impôt sur les sociétés dû par l'entreprise dans les conditions prévues à l'article 199 ter C ". Aux termes de l'article 199 ter C du même code : " I. - Le crédit d'impôt défini à l'article 244 quater C est imputé sur l'impôt sur le revenu dû par le contribuable au titre de l'année au cours de laquelle les rémunérations prises en compte pour le calcul du crédit d'impôt ont été versées. L'excédent de crédit d'impôt constitue, au profit du contribuable, une créance sur l'Etat d'égal montant. Cette créance est utilisée pour le paiement de l'impôt sur le revenu dû au titre des trois années suivant celle au titre de laquelle elle est constatée, puis, s'il y a lieu, la fraction non utilisée est remboursée à l'expiration de cette période () ". Aux termes de l'article 49 septies Q de l'annexe III au code général des impôts, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Pour l'application des dispositions des articles 199 ter C, 220 C et 244 quater C du code général des impôts, les entreprises déclarent les réductions et crédits d'impôt selon le format établi par l'administration, dans les mêmes délais que la déclaration annuelle de résultat qu'elles sont tenues de souscrire en application des articles 53 A et 223 du code précité. () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales : " Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l'administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire () ". Aux termes de l'article R. 196-1 du même livre : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts locaux () doivent être présentées au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle () / c. De la réalisation de l'événement qui motive la réclamation () ".
5. En premier lieu, si l'article 49 septies Q de l'annexe III au code général des impôts dispose que les entreprises déclarent les réductions et crédits d'impôt selon le format établi par l'administration, dans les mêmes délais que la déclaration annuelle de résultat, les dispositions qui prévoient que le bénéfice d'un avantage fiscal est demandé par voie déclarative n'ont, en principe, pas pour effet d'interdire au contribuable de régulariser sa situation dans le délai de réclamation prévu à l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales, sauf si la loi a prévu que l'absence de demande dans le délai de déclaration entraîne la déchéance du droit à cet avantage, ou lorsqu'elle offre au contribuable une option entre différentes modalités d'imposition dont la mise en œuvre impose nécessairement qu'elle soit exercée dans un délai déterminé. Par suite, la demande tendant au remboursement d'une somme due au titre du CICE peut être formée par le contribuable par voie de réclamation, jusqu'à l'expiration du délai prévu à l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales, sans que puisse lui être opposée la circonstance qu'il n'a pas déposé cette demande en même temps que sa déclaration de résultat ou recouru au formulaire prévu à cet effet par l'administration.
6. En second lieu, en application des dispositions précitées, une société peut procéder à la déclaration d'un crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi jusqu'à l'expiration du délai de réclamation prévue par le c) de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales. Ce délai court, s'agissant d'une demande de remboursement, à compter de la naissance, au 1er janvier de la quatrième année suivant celle à laquelle le CICE est constaté, du droit à remboursement de la fraction de ce crédit d'impôt non imputée.
7. Il résulte de l'instruction que la SCI Axel a sollicité, le 12 octobre 2021, la restitution de la fraction du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi dont elle est titulaire, constatée au titre de l'année 2017 et non imputée sur le paiement de l'impôt sur le revenu au titre des années 2018, 2019 et 2020. Il résulte de qui est dit au point 6 que le délai pour réclamer ce remboursement expirait au 31 décembre 2023. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration fiscale a rejeté sa demande de remboursement comme tardive.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Axel est fondée à demander la restitution du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi relatif à l'année 2017, d'un montant de 2 605 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la SCI Axel tendant au remboursement du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi constaté au titre de l'année 2018.
Article 2 : Il est accordé à la SCI Axel le remboursement d'un crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi d'un montant de 2 605 euros au titre de l'année 2017.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Axel et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Emmanuelli, président,
Mme Raison, première conseillère,
M. Loustalot-Jaubert, conseiller,
assistés de Mme Foultier, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
Le rapporteur,
P. LOUSTALOT-JAUBERTLe président,
O. EMMANUELLI
La greffière,
M. FOULTIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation le greffier
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