vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2201654 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ISAIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er avril et 6 décembre 2022 et le 28 mai 2024, la société par actions simplifiée (SAS) ADM, représentée par son liquidateur, Me Funel, par Me Isaia, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2018 et 2019 ;
2°) de mettre une somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les impositions ont été établies à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la proposition de rectification est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;
- l'exercice clos au 31 décembre 2018 était déficitaire à hauteur de 530 281 euros ;
- l'exercice clos au 31 décembre 2019 était déficitaire à hauteur de 4 844 885 euros ;
- les recettes et les charges ont été insuffisamment prises en compte.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 septembre 2022 et le 21 juin 2024, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS ADM, qui exerçait une activité de concessionnaire automobile sous l'enseigne " Opel ", a fait l'objet d'une procédure de vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration fiscale a, en l'absence de dépôt des déclarations d'impôt sur les sociétés en dépit d'une mise en demeure en ce sens, reconstitué ses résultats au titre des exercices clos en 2018 et 2019 et l'a, en conséquence, imposée d'office à des cotisations d'impôt sur les sociétés au titre de ces deux années. La société requérante demande la décharge de ces impositions, en droits et pénalités.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Et aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".
3. La société requérante ne conteste pas avoir été régulièrement taxée d'office. Dans ces conditions, la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions lui incombe.
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions. Cette notification est interruptive de prescription () ".
5. Dès lors que les impositions en litige ont été établies d'office, le caractère suffisant de la motivation de la proposition de rectification en date du 2 juin 2021 doit être apprécié au regard des dispositions précitées de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales et non de celles, plus exigeantes, de l'article L. 57 du même livre, qui ne sont applicables que dans le cadre de la mise en œuvre de la procédure de rectification contradictoire. Il résulte de l'instruction que cette proposition de rectification comporte les modalités de détermination des résultats reconstitués ayant servi de base aux impositions supplémentaires contestées et satisfait ainsi aux prescriptions précitées de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales. En outre, il résulte de l'instruction qu'elle indique la nature et les montants des redressements envisagés et contient, quant aux motifs de ces rehaussements, des indications suffisantes pour permettre à la requérante d'engager valablement une discussion avec l'administration, ce qu'elle a d'ailleurs fait. Par conséquent, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des propositions de rectification ne peut qu'être écarté.
6. En second lieu, en se bornant à produire les extraits de grand livre et le journal des achats généraux, éléments comptables qu'elle n'a au demeurant jamais produits lors de ses échanges avec l'administration fiscale au cours de la procédure d'imposition, la société requérante, qui n'assortit ses allégations et différentes explications relatives à la dépréciation de son stock et de son fonds de commerce et aux impositions dues au titre des années précédente, d'aucun justificatif des charges qu'elle fait valoir avoir engagées, n'établit pas le caractère exagéré des impositions mises à sa charge par l'administration fiscale, qui a admis un taux de charge de 99 % des recettes qu'elle a reconstituées. En outre, les recettes déterminées par l'administration fiscale à l'issue de cette reconstitution sont, au regard des chiffres d'affaires dont la société ADM se prévaut dans ses écritures, favorables à cette dernière. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à solliciter la décharge des impositions auxquelles elle a été assujettie.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société ADM doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société ADM est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiées ADM et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Chevalier, première conseillère,
Mme Kolf, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
S. Kolf
La présidente,
signé
V. Chevalier-Aubert
La greffière,
signé
C. Martin
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation la greffière,
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