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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2201709

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2201709

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2201709
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET CAMILLE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 avril 2022, Mme B A, représentée par Me Gasquet, demande au tribunal :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre de l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2016, en droits et pénalités, à hauteur d'une somme totale de 93 896 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle a excédé la durée d'un an prévue par l'article L. 12 du livre des procédures fiscales ;

- la procédure est irrégulière, le vérificateur n'ayant pas mené un débat contradictoire sur les revenus déclarés et les sommes créditées sur son compte bancaire avant l'envoi de la demande d'éclaircissements ;

- les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2016 ne sont pas fondées dès lors qu'elle a démontré que les versements effectués par la société Baltimber sur ses comptes bancaires n'étaient pas un revenu d'origine indéterminée, mais une avance de frais ;

- les majorations auxquelles elle a été assujettie sont insuffisamment motivées au sens de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscale ;

- l'administration fiscale n'apporte pas la preuve du caractère délibéré des manquements qu'elle lui reproche.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2022, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au non-lieu à statuer à hauteur des dégrèvements accordés et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- il a, postérieurement à l'introduction de la requête, accordé un dégrèvement d'un montant de 14 556 euros par une décision du 16 août 2022 ;

- il demande, par voie de substitution de base légale, que la pénalité du a) de l'article 1729 du code général des impôts portant sur un montant de 19 408 euros soit substituée à celle du a) de l'article 1728 du même code et qu'il pourra être fait application de l'article L. 203 du livre des procédures fiscales et procédé à une compensation de cet abandon des pénalités du a) de l'article 1729 du code général des impôts par les pénalités du a) de l'article 1728-a du même code.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zettor,

- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle portant sur les années 2015 et 2016. Elle a été soumise à des rehaussements d'impôt sur le revenu et de contributions sociales selon la procédure de taxation d'office prévue à l'article L. 69 du livre des procédures fiscales. Elle demande au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2016, en droits et pénalités.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 16 août 2022, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes a accordé à Mme A un dégrèvement partiel de l'imposition sur le revenu d'un montant de 14 556 euros. Par suite, les conclusions de la requête sont, dans la limite de ce montant, devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la procédure :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales : " () Sous peine de nullité de l'imposition, un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle ne peut s'étendre sur une période supérieure à un an à compter de la réception de l'avis de vérification. / () / Cette période est prorogée du délai accordé, le cas échéant, au contribuable et, à la demande de celui-ci, pour répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications pour la partie qui excède les deux mois prévus à l'article L. 16 A. / Elle est également prorogée des trente jours prévus à l'article L. 16 A et des délais nécessaires à l'administration pour obtenir les relevés de compte lorsque le contribuable n'a pas usé de sa faculté de les produire dans un délai de soixante jours à compter de la demande de l'administration ou pour recevoir les renseignements demandés aux autorités étrangères, lorsque le contribuable a pu disposer de revenus à l'étranger ou en provenance directe de l'étranger. () ". En vertu de l'article L. 16 A du même livre, lorsque le contribuable a répondu de façon insuffisante aux demandes d'éclaircissements ou de justifications, l'administration lui adresse une mise en demeure d'avoir à compléter sa réponse dans un délai de trente jours en précisant les compléments de réponse qu'elle souhaite.

4. Il résulte de ces dispositions que les délais qu'elles prévoient, impartis au contribuable pour compléter sa réponse à une demande d'éclaircissements ou de justifications, à sa demande ou à la suite d'une mise en demeure de l'administration, et nécessaires à l'administration pour recevoir les renseignements demandés aux autorités étrangères lorsque le contribuable a pu disposer de revenus à l'étranger ou en provenance directe de l'étranger, ou obtenir les relevés de comptes non produits par le contribuable dans le délai imparti, se cumulent en principe, eu égard aux objets différents qu'ils poursuivent, pour le décompte de la durée de prorogation de la période de contrôle d'un an prévue par les dispositions de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales ; qu'il en va toutefois différemment lorsque plusieurs de ces délais courent de manière concomitante, le délai d'un an prévu par ces dispositions n'étant alors prorogé qu'à concurrence du nombre de jours pendant lesquels ces délais ne se recouvrent pas.

5. Il résulte de l'instruction que la requérante a été informée par un avis du 21 mars 2018, prenant effet le 27 mars 2018, qu'elle ferait l'objet d'un examen de sa situation personnelle fiscale pour une durée d'une année. Ce contrôle a fait l'objet d'une première prorogation de 12 jours au-delà de ce délai en raison du délai nécessaire à l'obtention des compte bancaires et d'une prorogation de 30 jours, à la suite de l'envoi de la mise en demeure du 26 octobre 2018. Contrairement à ce qu'allègue la requérante, l'administration n'était pas en possession des éléments qui lui permettaient de connaître l'origine et la nature de la somme de 150 000 euros. En effet, la mise en demeure contenait une demande de précision quant à la nature exacte du document datée du 29 novembre 2016 portant sur la somme de 150 000 euros dont l'intitulé en anglais laissait penser qu'il s'agissait d'un prêt alors que la requérante indiquait qu'il s'agissait de sommes mises à sa disposition par la société estonienne Baltimber pour régler les frais qu'elle exposait en vertu du document fourni. La mise en demeure avait également pour objet de s'assurer que le document en litige avait été produit dans sa totalité et de demander à Mme A d'apporter des clarifications concernant des achats de mobiliers de bureau, une vente de jet ski et une remise d'espèces d'un montant de 8 000 euros sur le compte bancaire de la requérante. L'administration ne disposant pas d'éléments suffisants, elle pouvait informer la requérante, le 3 avril 2019, que le délai était prolongé de 42 jours et s'achèverait le 9 mai 2019. La proposition de rectification, datée du 12 avril 2019, lui a été notifiée le 17 avril 2019, dans le délai prescrit par l'article L. 12 du livre des procédures fiscales, en tentant compte des deux prorogations notifiées à la requérante. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de la durée d'une année de l'examen de la situation fiscale personnelle de la requérante doit être écarté.

6.En deuxième lieu, aux termes de l'article L.10 du livre de procédure fiscale : " L'administration des impôts contrôle les déclarations ainsi que les actes utilisés pour l'établissement des impôts, droits, taxes et redevances. (). A cette fin, elle peut demander aux contribuables tous renseignements, justifications ou éclaircissements relatifs aux déclarations souscrites ou aux actes déposés. Avant l'engagement d'une des vérifications prévues aux articles L. 12 et L. 13, l'administration des impôts remet au contribuable la charte des droits et obligations du contribuable vérifié ; les dispositions contenues dans la charte sont opposables à l'administration ".

7.Le caractère contradictoire que doit revêtir l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle au regard de l'impôt sur le revenu implique que le vérificateur engage un dialogue contradictoire avec le contribuable sur les points qu'il envisage de retenir, avant d'envoyer une proposition de rectification qui marque l'achèvement de l'examen.

8.Mme A soutient que le vérificateur n'a pas mené un débat contradictoire sur l'origine et la nature des sommes en litige, avant l'envoi de la demande d'éclaircissements datée du 10 août 2018, alors que le contrôle avait débuté le 27 mars 2018. Il résulte de l'instruction qu'après l'envoi de l'avis d'examen contradictoire de situation fiscale personnelle, le 21 mars 2018, Mme A s'est entretenue avec le vérificateur les 14 juin 2018 et 3 avril 2019. C'est à suite de ces entretiens qu'une première demande d'éclaircissements et de justifications lui a été envoyée, le 10 août 2018. Sa réponse, jugée insatisfaisante, a conduit le service à lui adresser une mise en demeure, le 26 octobre 2018. Les redressements ont été notifiés à la requérante par une proposition de rectification datée du 12 avril 2019, notifiée le 17 avril 2019. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas bénéficié d'un débat contradictoire avant la demande d'éclaircissements, laquelle a respecté les garanties qui lui étaient offertes dans le cadre de cette procédure.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

9.En vertu de l'article en vertu de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, le contribuable supporte la charge de la preuve " en cas de taxation d'office à l'issue d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle en application des dispositions des articles L. 16 et L. 69 ". Aux termes de l'article L. 193 du même livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".

10.Il résulte de ces dispositions combinées que Mme A, qui a été régulièrement taxée d'office, supporte la charge de la preuve que les sommes imposées en tant que revenus d'origine indéterminée, soit ne constituent pas des revenus imposables, soit se rattachent à une catégorie déterminée de revenus.

11. Il résulte de l'instruction que Mme A a d'abord indiqué que les deux sommes en litige de 20 000 et 130 000 euros, versées le 30 mars 2016 sur son compte crédit agricole et le 1er décembre 2016 sur son compte Swedbank AS, étaient mises à sa disposition pour payer les frais des chevaux appartenant à la société de droit estonien Baltimber. A l'appui de ces allégations, elle a fourni un document rédigé en langue anglaise, libellé " Loan agreement ". Ce document, daté du 29 novembre 2016, établi postérieurement à l'un des versements litigieux, ne comporte qu'une page, il est signé du représentant de la société Baltimber et n'est pas enregistré. Il résulte de la traduction qui a été communiquée dans le cadre de l'instruction que l'intitulé est " contrat de prêt ". Le document précise toutefois que la somme de 150 000 euros a pour but " de couvrir les dépenses équines mentionnées " et qu'elle devra " au 31 décembre 2020, être remboursée du montant du solde, s'il y a lieu, () ". Mme A a également produit une attestation établie par M. C, son ex-mari, dirigeant de l'entreprise Baltimber, daté du 29 octobre 2018, par laquelle il confirme être le signataire du contrat. Toutefois, dans un courrier daté du 29 mai 2019, adressé à l'administration fiscale, Mme A indique avoir procédé au remboursement de l'intégralité de la somme en litige et fournit une copie du virement bancaire qu'elle a effectué le 17 mai 2019 au crédit du compte de la société Baltimber depuis son compte bancaire détenu à la Swedbank. Ces éléments n'ont pas permis de connaître la nature exacte de la somme de 150 000 euros et la requérante a été invitée par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, dans sa séance du 10 décembre 2019, à produire les justificatifs des dépenses engagées dès lors qu'elle alléguait qu'il s'agissait d'une avance de frais. Elle n'a toutefois produit aucun justificatif concernant les dépenses engagées concernant la somme en litige. Dans ces conditions, et alors que la requérante n'établit pas la nature de la somme de 150 000 euros créditée sur ses comptes bancaires au titre de l'année 2016 ; ni ne produit aucun élément permettant de justifier de son caractère non imposable ni de son rattachement à une catégorie précise de revenus, c'est à bon droit que l'administration l'a taxée dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée.

Sur les pénalités :

12.D'une part, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : () a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

13. Il résulte de l'instruction que l'administration a dégrevé la pénalité prise sur le fondement du a) de l'article 1729 du code général des impôts à hauteur d'une somme de 14 556 euros. Par suite, le moyen soulevé par Mme A est devenu sans objet et doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par Mme A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante au principal, la somme que Mme A réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la requête de Mme A, à concurrence du dégrèvement accordé à hauteur de 14 556 euros prononcé par le directement départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes au titre de l'année 2016 par une décision du 16 août 2022.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Zettor, première conseillère,

Mme Chevalier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

V. Zettor

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation, la greffière.

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