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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2201741

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2201741

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2201741
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL CAPPONI-LANFRANCHI & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 avril 2022, le 22 septembre 2022 et le 11 janvier, M. F D, Mme C D et M. B E, représentés par Me Zepi, demandent au tribunal :

1°) de condamner la métropole Nice Côte d'Azur à leur verser la somme totale de 150 000 euros en réparation de leur préjudice à la suite du décès de Mme A D intervenu le 16 décembre 2019 ;

2°) à titre subsidiaire, de désigner un expert aux fins de déterminer si la chute de Mme A D a contribué à son décès ;

3°) de condamner la métropole Nice Côte d'Azur aux dépens ;

4°) de mettre à la charge de la métropole Nice Côte d'Azur la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité de la métropole Nice Côte d'Azur est engagée pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ;

- ils sont fondés à demander l'indemnisation de leur préjudice d'affection à hauteur de la somme de 50 000 euros chacun.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 mai 2022 et le 8 novembre 2022 et le 11 juin 2024, la métropole Nice Côte d'Azur, représentée par Me Lafranchi, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet et demande au tribunal, à titre infiniment subsidiaire, d'appeler la société TP Spada à la relever et la garantir des condamnations qui seraient prononcées à son encontre.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les requérants ne justifient pas d'intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 11 mars 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Var, intervenant pour le compte de la CPAM des Alpes-Maritimes, indique ne pas vouloir intervenir dans la présente instance.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2024, la société TP Spada conclut :

- au rejet de la requête ;

- au rejet des conclusions d'appel en garantie formulées à son encontre par la métropole ;

- à la condamnation des requérants et de la métropole aux entiers dépens ;

- à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants et de la métropole.

Par ordonnance du 11 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 17 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 5 décembre 2019, Mme A D a chuté en trébuchant contre un pavé alors qu'elle circulait à pied dans le centre-ville de Cagnes-sur-Mer. Après avoir été transportée par les services de secours à la clinique Saint-Jean pour une fracture du nez et une plaie nécessitant des points de suture, Mme A D est décédée le 16 décembre 2019. Estimant que ce décès est lié à la chute dont Mme D a été victime, M. F D, Mme C D et M. B E ont présenté une demande préalable indemnitaire qui a été rejetée. Par la présente requête, les requérants demandent au tribunal de condamner la métropole Nice Côte d'Azur à leur verser la somme totale de 150 000 euros en réparation de leur préjudice à la suite du décès de Mme A D.

Sur les fins de non-recevoir opposées par la métropole :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. (). ". Aux termes de l'article L. 1142-7 du code de la santé publique : " La commission peut être saisie par toute personne s'estimant victime d'un dommage imputable à une activité de prévention, de diagnostic ou de soins, ou, le cas échéant, par son représentant légal lorsqu'il s'agit d'un mineur. () / La saisine de la commission suspend les délais de prescription et de recours contentieux jusqu'au terme de la procédure prévue par le présent chapitre. ".

3. Il résulte de l'instruction que si la commune de Cagnes-sur-Mer a accusé réception de la demande préalable indemnitaire présentée par les requérants par courrier du 3 mars 2021, ce courrier ne mentionnait pas les délais et voies de recours. Le courriel de l'assureur de la métropole informant les requérantes du rejet de leur demande préalable indemnitaire ne comportait pas non plus les voies et délais de recours. Dans ces conditions, la présente requête enregistrée au greffe du tribunal le 7 avril 2022 n'est pas tardive. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la métropole et tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

4. En second lieu, il résulte de l'instruction, en particulier des livrets de famille dont des copies sont jointes au dossier, que M. F D, Mme C D et M. B E sont respectivement le fils, la fille et le petit-fils de la victime. Dans ces conditions, les requérants justifient d'un intérêt à agir. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée par la métropole tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants doit être écartée.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur une voie publique, d'établir l'existence de l'obstacle et d'un lien de causalité direct et certain entre celui-ci et le préjudice. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

6. Il résulte de l'instruction, en particulier du compte-rendu d'intervention des secours que Mme A D a chuté le 5 décembre 2019 sur la place du Général de Gaulle à Cagnes-sur-Mer devant le magasin " Maxi Bazar ". Si les requérants soutiennent que la victime a trébuché contre un pavé qui était surélevé par rapport aux autres, les photographies qu'ils versent au dossier, de mauvaise qualité et non datées, ne permettent pas de constater les défectuosités alléguées. Toutefois, il est constant que la zone où s'est produite la chute a fait l'objet de travaux de réfection qui ont été réceptionnés le 9 novembre 2020 avec des réserves dont celle de " reprendre les émergences importantes des pavés au droit de Maxi Bazar ". Or, il résulte d'une des photographies versées au dossier par la métropole, que la victime a chuté au droit du magasin " Maxi Bazar " dans une zone où les travaux de réfection étaient achevés. Si la métropole fait valoir qu'un panneau de signalisation était installé pour inviter les piétons à contourner la zone, il résulte de l'instruction que ce panneau jaune était installé en amont d'une zone de stockage d'un engin de chantier et qu'il n'interdisait pas d'emprunter la zone de la place du Général de Gaulle où Mme A D a chuté. Par ailleurs, la métropole n'allègue ni ne démontre que les défauts du revêtement devant le " Maxi Bazar " étaient signalés. Dans ces conditions, eu égard à la qualification " d'émergences importantes des pavés " dans le procès-verbal de réception des travaux, le défaut de signalisation de ces obstacles constitue un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public.

7. Au regard de ce qui a été dit au point précédent, le lien de causalité entre la chute de la victime et les défectuosités de l'ouvrage public peut être regardé comme établi. En revanche, en l'état de l'instruction, le tribunal n'est pas en mesure de statuer sur l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre la chute de la victime le 5 décembre 2019 et son décès intervenu le 16 décembre suivant, à la suite d'un coma profond sur accident vasculaire cérébral hémorragique massif. Par suite, il y a lieu d'ordonner avant dire droit une expertise aux fins précisées ci-après, avant de statuer sur la requête des requérants.

D E C I D E :

Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de M. D et autres, procédé à une expertise médicale, confiée à un médecin neurologue, en présence de M. F D, de Mme C D, de M. B E, de la métropole Nice Côte d'Azur et de la société TP Spada.

Article 2 : L'expert sera désigné par la présidente du tribunal. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. L'expert disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.

Article 3 : L'expert aura pour mission de :

1°) décrire l'état de santé de Mme A D avant et après l'accident survenu le 5 décembre 2019 ;

2°) de se prononcer sur les causes de décès de Mme A D ;

3°) d'indiquer si le décès a un rapport avec la chute dont Mme A D a été victime le 5 décembre 2019 et de préciser, le cas échéant, dans quelle proportion cette chute a pu contribué au décès ;

4°) de fournir toutes précisions complémentaires que l'expert jugera utile à la solution du litige.

Article 4 : L'expert déposera son rapport en deux exemplaires dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du présent jugement. L'expert en notifiera copies aux parties.

Article 5 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance, y compris la charge définitive des dépens.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, à Mme C D, à M. B E, à la métropole Nice Côte d'Azur, à la société TP Spada et à la caisse primaire d'assurance maladie du Var.

Copie en sera adressée à l'expert et à la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Duroux, première conseillère,

Mme Chaumont, première conseillère,

assistés de Mme Ravera, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

G. DUROUX

Le président,

signé

F. PASCALLa greffière,

signé

C. RAVERA

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, le greffier

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