vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2201990 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP D'AVOCATS GÉRARD ROMAIN - VINCENT ZIMMER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 avril 2022, la société à responsabilité limitée (Sarl) Le Seven, représentée par Me Zimmer, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) l'annulation partielle, à hauteur de la somme de 16 000 euros, du titre de perception n° ADCE-21-2600066617 émis le 21 octobre 2021 pour un montant total de 22 300 euros par le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes en vue de la récupération d'aides financières de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences de l'épidémie de Covid-19 indûment perçues au titre des mois de mars, avril, mai, juin et novembre 2020, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux en date du 10 février 2022 ;
2°) mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son activité est éligible au fonds de solidarité pour les mois en litige ;
- elle a débuté son activité avant la date du 30 septembre 2020 puisqu'elle exploite le fonds de commerce de débits de boissons depuis sa création, le 17 mai 2006 ;
- elle est dans l'impossibilité de pouvoir quantifier la perte de chiffre d'affaires en l'absence d'un des deux termes de comparaison imposé par le décret du 30 mars 2020 ; l'appréciation par référence à celui réalisé par le locataire-gérant est pertinente.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 12 septembre 2024, la Selarl " Pellier ", mandataire judiciaire, et " BG et Associés ", administrateur judiciaire, représentés par Me Zimmer, doivent être regardés comme demandant au tribunal d'annuler du titre de perception n° ADCE-21-2600066617 émis le 21 octobre 2021 par le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes en vue de la récupération d'aides financières de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences de l'épidémie de Covid-19 indûment perçues au titre des mois de mars à juin 2020 et du mois de novembre 2020 à hauteur de la somme de 16 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu :
- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;
- le décret n°2021-1337 du 14 octobre 2021 ;
- le code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Zettor, rapporteure,
- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL " Le Seven ", qui exerce une activité de débit de boissons et de location gérance d'un fonds de commerce, a perçu l'aide exceptionnelle au titre des mois de mars à novembre 2020 pour un montant total de 22 300 euros au titre du premier volet du fonds de solidarité, institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19. A la suite d'un contrôle sur pièces, la direction départementale des finances publiques des Alpes-Maritimes a notifié à la SARL requérante un indu de " prestations Covid " d'un montant de 22 300 euros au titre des mois de mars 2020 à février 2021. La SARL Le Seven doit être regardée comme demandant l'annulation partielle du titre de perception n°ADCE 2126000066617 du 21 octobre 2021 pour ce qui concerne uniquement les mois de mars, avril, mai, juin et novembre 2020, à hauteur de la somme de 16 000 euros.
Sur l'intervention des sociétés d'exercice libéral à responsabilité limitée (Selarl) Pellier et BG et Associés :
2. Les sociétés d'exercice libéral à responsabilité limitée Pellier et BG et Associés, qui ont été nommées respectivement mandataire judiciaire et administrateur dans le cadre d'une procédure de redressement judiciaire ouverte au profit de la Sarl le Seven et par un jugement du tribunal de commerce de Cannes en date du 28 mai 2024, justifient d'un intérêt à intervenir dans le cadre de la présente instance.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " Il est institué, jusqu'au 16 février 2021, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation. / Sa durée d'intervention peut être prolongée par décret pour une durée d'au plus six mois ". Aux termes de l'article 3 de la même ordonnance : " Un décret fixe le champ d'application du dispositif, les conditions d'éligibilité et d'attribution des aides, leur montant ainsi que les conditions de fonctionnement et de gestion du fonds. / () ". Aux termes de l'article 3-1 de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " I. - Les aides versées au titre du fonds le sont sur la base d'éléments déclaratifs prévus par décret. / Sous réserve des dispositions du troisième alinéa du II, elles sont insaisissables. / II. - Les documents attestant du respect des conditions d'éligibilité au fonds et du correct calcul du montant de l'aide sont conservés par le bénéficiaire pendant cinq années à compter de la date de versement de cette dernière. () ".
4. Aux termes de l'article 1er du décret du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " I. Le fonds mentionné par l'ordonnance du 25 mars 2020 susvisée bénéficie aux personnes physiques et personnes morales de droit privé résidentes fiscales françaises exerçant une activité économique () ".
5. Ce décret, dans ses versions applicables aux aides dues au titre des mois de mars, avril, mai, juin et novembre 2020, prévoit que les entreprises bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois considéré notamment lorsque leur activité principale a fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public sans interruption durant la période considérée ou lorsqu'elles ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % durant le mois considéré. Il prévoit, pour déterminer le chiffre d'affaires réalisé par l'entreprise durant la période de référence, de retenir le chiffre d'affaires réalisé durant la même période de l'année 2019.
6. Il résulte de ces dispositions combinées que la perte de chiffre d'affaires, dont peut se prévaloir une entreprise à l'appui de sa demande d'aide du fonds de solidarité, doit être calculée en tenant compte du chiffre d'affaires réalisé par l'entreprise demanderesse durant la période au titre de laquelle l'aide est sollicitée et du chiffre d'affaires de référence pour la même activité.
7. Pour rejeter la demande présentée par la société le Seven dans sa réclamation portant sur le titre de perception du 21 octobre 2021, l'administration fiscale indique dans sa décision de rejet du 10 février 2022, qui renvoie à un courrier du 26 avril 2021, que l'activité était exercée par la société Sarl MC, locataire du fonds, et pas par la Sarl le Seven qui percevait un loyer en tant que loueur de fonds. Si la requérante allègue que c'est pour ce motif qu'elle n'a pas été éligible, il est constant, tel qu'il ressort du titre de perception du 21 octobre 2021 et de la décision de rejet du 10 février 2022, que la société ne remplissait pas les conditions relatives au chiffre d'affaires.
8. En effet, le chiffre d'affaires déclaré par la société requérante en prestation de services sur les déclarations d'impôts sur les sociétés était de 10 570 euros au titre de l'exercice clos le 31 mars 2019, de 18 750 euros au titre de l'exercice clos au 31 mars 2020 et de 18 000 euros au titre de celui clos au 31 mars 2021 alors que, les formulaires de demande d'aides au fonds de solidarité au titre des mois de mars à octobre 2020 ont été renseignés avec un chiffre d'affaires nul. L'administration fiscale a fondé son rejet sur cette discordance dans les éléments relatifs au chiffre d'affaires. Par suite, la société requérante ne peut utilement faire valoir que l'activité économique exercée n'entrait pas dans le champ des dispositions de l'article 1er du décret n°2 020-371 du 30 mars 2020. Le moyen doit être écarté.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3-14 du décret du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, dans sa rédaction applicable à la décision en litige : " I .-Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois de novembre 2020, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes : / 1° Elles ont fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public intervenue entre le 1er novembre 2020 et le 30 novembre 2020 ; / () 6° Elles ont débuté leur activité avant le 30 septembre 2020 ; / () II.- Les entreprises qui ont fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public ou qui exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 1 dans sa rédaction en vigueur au 31 décembre 2020 perçoivent une subvention égale au montant de la perte de chiffre d'affaires dans la limite de 10 000 euros. / () III.- La perte de chiffre d'affaires au sens du présent article est définie comme la différence entre, d'une part, le chiffre d'affaires au cours du mois de novembre 2020 et, d'autre part, -le chiffre d'affaires durant la même période de l'année précédente ; / - ou, si l'entreprise le souhaite, le chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019 ; / - ou, pour les entreprises créées entre le 1er juin 2019 et le 31 janvier 2020, le chiffre d'affaires mensuel moyen sur la période comprise entre la date de création de l'entreprise et le 29 février 2020 ; / - ou, pour les entreprises créées entre le 1er février 2020 et le 29 février 2020, le chiffre d'affaires réalisé en février 2020 et ramené sur un mois ; / - ou, pour les entreprises créées après le 1er mars 2020, le chiffre d'affaires mensuel moyen réalisé entre le 1er juillet 2020, ou à défaut la date de création de l'entreprise, et le 30 septembre 2020 ".
10. Pour rejeter la demande de la société requérante au titre du mois de novembre 2020, le directeur départemental des finances publiques s'est fondé notamment sur la circonstance que la SARL le Seven n'avait pas débuté son activité avant le 30 septembre 2020. A cette date, il est constant que la Sarl était loueur de fonds de commerce et qu'elle n'avait pas repris l'exploitation de son fonds, cette reprise étant intervenue à partir du 1er novembre 2020. La circonstance que la société a été créée le 17 septembre 2006, date de signature de ses statuts, n'a pas d'incidence sur la reprise effective de l'activité d'exploitant de débit de boissons qui, comme il a été dit n'a repris qu'à la date du 1er novembre 2020. L'activité était exercée auparavant par le preneur à bail, la Sarl MC, et non par la société requérante. Par suite, le moyen tiré d'une inexacte application des dispositions de l'article 3-14 du décret du 30 mars 2020 doit être écarté.
11. En troisième et dernier lieu, sur le fondement du décret n°2020-371 du 30 mars 2020, l'administration fiscale a versé l'aide à la Sarl le Seven. Pour solliciter le remboursement de l'indu, l'administration fiscale a estimé que les dispositions de ce texte ne permettent pas de prendre comme chiffre d'affaires de référence celui de l'ancien exploitant du fonds de commerce repris. Seul le chiffre d'affaires enregistré dans les comptes de l'entreprise permettait de solliciter l'aide au titre du décret précité lors de la demande formulée le 7 décembre 2020 par la société Sarl Le Seven. La société requérante ne pouvait, contrairement à ce qu'elle soutient, se prévaloir du chiffre d'affaires réalisé par son locataire gérant.
12. En l'espèce, elle n'établit pas avoir subi une perte de 50 % du chiffre d'affaires au titre des mois de mars à novembre 2020. Le chiffre d'affaires de l'exercice clos le 31 mars 2020 s'est élevé à 18 750 euros, alors que celui de l'exercice clos le 31 mars 2021 s'est élevé à 18 000 euros, ce qui ne permet pas d'envisager qu'il y aurait eu une diminution mensuelle de 50 % pour les mois de mars à novembre 2020. Dans ces conditions, et pour ce seul motif, l'administration a pu estimer que la société Le Seven ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de l'aide.
13. Par suite, le moyen tiré de la possibilité de substituer au chiffre d'affaires de référence de la société requérante celui de la SARL MC dans le cadre des dispositions du décret n°2020-371 du 30 doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL le Seven n'est pas fondée à demander l'annulation la décision du 10 février 2022 et du titre de perception du 21 octobre 2021, ainsi que la décision du 26 avril 2021 par lesquelles le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes a sollicité la répétition de l'indu des aides financières du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 octroyées au titre respectivement des mois de mars, avril, mai, juin et novembre 2020.
15. Par suite les conclusions en annulation de la Sarl le Seven doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention de la Selarl Pellier et de la Selarl BG et Associés, représentées par Me Zimmer est admise.
Article 2 : La requête de la Sarl le Seven est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée le Seven , à la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Pellier, à la société d'exercice libéral à responsabilité limitée BG et associés, et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Zettor, première conseillère,
Mme Chevalier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
V. Zettor
La présidente,
signé
V. Chevalier-AubertLa greffière,
signé
C. Martin
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation, la greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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