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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2201991

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2201991

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2201991
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS GÉRARD ROMAIN - VINCENT ZIMMER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 avril 2022, la société à responsabilité limitée (Sarl) Le Seven, représentée par Me Zimmer, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) l'annulation des six titres de perception, pour des sommes respectives de 1563 euros référencés ADCE-22-2600003828 émis le 15 mars 2022, ADCE-22-2600003830 émis le 15 mars 2022, ADCE-22-2600003832 émis le 27 janvier 2022 par titre, ADCE-22-2600020119 émis le 29 mars 2022, ADCE-22-2600020120 émis le 29 mars 2022 et ADCE-22-2600020121 émis le 29 mars 2022 par le directeur régional des finances publiques Provence-Alpes-Côte-d'Azur et des Bouches du Rhône en vue de la récupération d'aides financières de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences de l'épidémie de Covid-19 indûment perçues au titre des mois de décembre 2020 et janvier à mai 2021, pour un montant total de 9 378 euros, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux en date du 10 février 2022 ;

2°) l'annulation de la somme mise à sa charge en remboursement des aides versées en application du décret n°2020-371 du 30 mars 2020 portant sur une somme de 9 378 euros, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux en date du 10 février 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a débuté son activité avant la date du 30 septembre 2020 puisqu'elle exploite le fonds de commerce de débits de boissons depuis sa création, le 17 mai 2006 ;

- par réalisme économique et dans le silence des textes, elle peut procéder à l'appréciation de la perte de chiffre d'affaires par référence à celui réalisé par son locataire-gérant.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 12 septembre 2024, les sociétés d'exercice libéral à responsabilité limitée (Selarl) " Pellier ", mandataire judiciaire, et " BG et associés ", administrateur judiciaire, représentés par Me Zimmer, doivent être regardées comme demandant au tribunal d'annuler les titres de perception émis par le directeur régional des finances publiques Provence-Alpes-Côte-d'Azur et des Bouches-du-Rhône en vue de la récupération d'aides financières de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences de l'épidémie de Covid-19 indûment perçues par la Sarl le Seven au titre des mois de décembre 2020 et janvier à mai 2021, pour un montant total de 9 378 euros, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux en date du 10 février 2022 et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2022, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zettor, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La Sarl " Le Seven ", qui a repris une activité de débit de boissons le 1er novembre 2020, a perçu l'aide exceptionnelle au titre des mois de décembre 2020 à mai 2021 pour un montant total de 9 378 euros au titre du premier volet du fonds de solidarité, institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19. A la suite d'un contrôle sur pièces, la direction régionale des finances publiques Provence-Alpes-Côte d'Azur et des Bouches-du-Rhône a notifié à la Sarl requérante un indu de " prestations Covid " d'un montant de 9 378 euros au titre des mois de décembre 2020 à mai 2021 par un courrier du 9 décembre 2021, au motif de l'absence d'éligibilité pour en bénéficier. La Sarl le Seven a contesté par une réclamation du 3 février 2022, laquelle a été rejetée le 10 février 2022, la répétition de l'indu de ces sommes dont une partie avait fait l'objet de titres de perception émis pour les mois de mars, avril et mai 2021. Elle demande au tribunal l'annulation de ces décisions de répétition de l'indu à hauteur de la somme de 9 378 euros.

Sur l'intervention des sociétés d'exercice libéral à responsabilité limitée (Selarl) Pellier et BG et associés :

2. Les sociétés d'exercice libéral à responsabilité limitée Pellier et BG et associés, qui ont été nommés respectivement mandataire judiciaire et administrateur dans le cadre d'une procédure de redressement judiciaire ouverte au profit de la Sarl le Seven et par un jugement du tribunal de commerce de Cannes en date du 28 mai 2024, justifient d'un intérêt à intervenir dans le cadre de la présente instance.

Sur l'étendue du litige :

3. La réclamation de la Sarl le Seven, du 3 février 2022, laquelle a été rejetée le 10 février 2022, portait sur l'ensemble des sommes indues après réception d'un courrier d'information, mais ne concernait que trois titres de perception effectivement émis le 27 janvier 2022 par le directeur régional des finances publiques Provence-Alpes-Côte-d'Azur et des Bouches-du-Rhône en vue de la récupération d'aides financières de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences de l'épidémie de Covid-19 indûment perçues au titre des mois de mars, avril et mai 2021, pour un montant total de 4 689 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 3-1 de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " I. - Les aides versées au titre du fonds le sont sur la base d'éléments déclaratifs prévus par décret. / Sous réserve des dispositions du troisième alinéa du II, elles sont insaisissables. / II. - Les documents attestant du respect des conditions d'éligibilité au fonds et du correct calcul du montant de l'aide sont conservés par le bénéficiaire pendant cinq années à compter de la date de versement de cette dernière. / Les agents de la direction générale des finances publiques et les agents publics affectés dans les services déconcentrés des administrations civiles de l'Etat peuvent demander à tout bénéficiaire du fonds communication de tout document relatif à son activité, notamment administratif ou comptable, permettant de justifier de son éligibilité et du correct montant de l'aide reçue pendant cinq années à compter de la date de son versement. Le bénéficiaire dispose d'un délai d'un mois pour produire ces justifications à compter de la date de la demande. / En cas d'irrégularités constatées, d'absence de réponse ou de réponse incomplète à la demande prévue au premier alinéa, les sommes indûment perçues font l'objet d'une récupération selon les règles et procédures applicables en matière de créances étrangères à l'impôt et au domaine. / La procédure prévue au présent II ne constitue pas une procédure de contrôle de l'impôt ".

5. Aux termes de l'article 3-17 du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020, dans sa version applicable au mois de décembre 2020 : " I.-a) Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois de décembre 2020, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes :1° Elles ont fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public intervenue entre le 1er décembre 2020 et le 31 décembre 2020 ;2° Ou elles ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % durant la période comprise entre le 1er décembre 2020 et le 31 décembre 2020 ;[]4° Elles ont débuté leur activité avant le 30 septembre 2020.(). ". Il résulte ensuite des dispositions des articles 3-19, 3-22, 3-24, 3-26 et 3-27 du décret du 30 mars 2020 que les entreprises mentionnées à l'article 1er précité, bénéficient d'une aide financière prenant la forme d'une subvention destinée à compenser la perte du chiffre d'affaires subie au cours de la période d'interdiction d'accueil du public lorsqu'elles ont débuté leur activité avant le 31 octobre 2020 pour les pertes de janvier et février 2021, avant le 31 décembre 2020 pour les pertes de mars 2021 et le 31 janvier 2021 pour les mois d'avril et de mai 2021.

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, pour refuser le bénéfice des aides exceptionnelles à la société Le Seven pour les mois décembre 2020, janvier, février 2021, l'administration a estimé que la société requérante n'était pas éligible au dispositif au titre des mois concernés dès lors qu'elle n'a débuté son exploitation qu'à compter du 1er novembre 2020. Si comme s'en prévaut la Sarl ses statuts ont été créés le 2006, il est constant que la reprise effective de l'exploitation de l'activité de débit de boissons est consécutive à la fin de la location-gérance et à la reprise du fonds, au 1er novembre 2020, par elle. Il est constant que la reprise de l'exploitation de l'activité de débitant de boissons est postérieure aux dates prévues par les dispositions précitées des articles 3-15, 3-19 et 3-22. En revanche, s'agissant des mois de mars, avril et mai 2021, les conditions de début d'exploitation prévues aux articles 3-24, 3-26 et 3-27 du décret du 30 mars 2020 mentionnées au point 3 sont respectées. Par suite, l'administration a fait une exacte application des dispositions du décret du 20 mars 2020 mentionnées au point 3 en estimant, pour refuser d'accorder les aides en litige pour les mois de décembre 2020 à février 2021, que la Sarl Le Seven ne remplissait par la condition de début d'activité prévue par ce décret pour les mois de décembre 2020, janvier et février 2021.

7. En second lieu, la société soutient que par souci de réalisme économique, dans le silence des textes, elle a procédé à la comparaison de son chiffre d'affaires des mois de décembre 2020 à mai 2021 au chiffre d'affaires moyen réalisé par la Sarl MC, son locataire gérant jusqu'au 31 octobre 2020. Il ne ressort pas des dispositions de l'ordonnance et du décret précité que la société pouvait substituer son chiffre d'affaires par celui de la Sarl MC, son preneur à bail. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a demandé la répétition de l'aide versée indument au titre des mois de mars à mai 2021.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la Sarl tendant à l'annulation des trois titres de perception à hauteur de la somme de 4 689 euros pour les mois de mars, avril et mai 2021 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de la Selarl Pellier et de la Selarl BG et Associés, représentées par Me Zimmer est admise.

Article 2 : La requête de la Sarl le Seven est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée le Seven, à la Société d'exercice libéral à responsabilité limitée Pellier, à la société d'exercice libéral à responsabilité limitée BG et associés, et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Zettor, première conseillère,

Mme Chevalier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

V. Zettor

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation, la greffière.

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