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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2202013

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2202013

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2202013
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantALAIN BENSOUSSAN SELAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 19 avril 2022, le président du tribunal administratif de Melun a renvoyé la requête de l'Association de formation professionnelle " FORMALLIANCE ", l'Association médicale indépendante de formation (AMIFORM), l'Association médicale indépendante de formation Provence-Alpes-Côte d'Azur (AMIFORM PACA) et M. A B, enregistrée le 16 mars 2022 au tribunal administratif de Melun sous le numéro 2202589.

Par cette requête et un mémoire, enregistré le 12 avril 2024, enregistrés sous le n°2202013 devant le tribunal de céans, l'association " FORMALLIANCE ", l'AMIFORM et l'AMIFORM PACA, prises en la personne de leur président en exercice M. A B, et M. A B, représentés par l'AARPI Vidal Avocats, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Agence nationale du développement professionnel continu (ANDPC) à leur verser la somme totale de 591 300 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 15 décembre 2021 et de la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices subis en raison de diverses fautes imputables à l'ANDPC ;

2°) de mettre à la charge de l'ANDPC la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'ANDPC a commis diverses fautes, à savoir tenue de propos diffamatoires dans un courrier électronique en date du 18 octobre 2021, non respect des procédures de traitement des données personnelles et " faute de gestion " ;

- ils sont dès lors fondés à demander la réparation des préjudices en cause, à hauteur de la somme totale de 591 300 euros (préjudice moral, préjudice de réputation et atteinte à l'image et préjudice matériel).

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2023, l'Agence nationale du développement professionnel continu (ANDPC), prise en la personne de sa directrice générale et représentée par Me Bensoussan, conclut principalement à l'irrecevabilité de la requête, subsidiairement à son rejet au fond, à la condamnation des requérants au versement d'une somme de 14 000 euros pour procédure abusive, et à la mise à la charge solidaire des requérants d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'Agence soutient que :

- la requête est doublement irrecevable, d'une part sur le fondement de l'article 53 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, d'autre part en l'absence de qualité donnant aux associations requérantes intérêt à agir dans la présente instance ;

- les faits relatifs à la commission d'infractions prévues par la loi du 29 juillet 1881 sont en tout état de cause prescrits ;

- aucune des fautes alléguées par les requérants ne peut être retenue comme imputable à l'agence, dont la responsabilité ne peut dès lors pas être engagée ;

- il y a lieu de condamner les requérants au paiement d'une amende pour procédure abusive, à hauteur de la somme de 14 000 euros.

Un mémoire a été produit le 17 avril 2024 par l'Agence nationale du développement professionnel continu, représentée par Me Bensoussan, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 avril 2024 :

- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique,

- et les observations de Me Broissand, pour les requérants, et de Me Chivoret, pour l'Agence nationale du développement professionnel continu.

Considérant ce qui suit :

1. Après avoir formé une demande préalable qui n'a pas été agrée, l'Association de formation professionnelle " FORMALLIANCE ", l'Association médicale indépendante de formation (AMIFORM), l'Association médicale indépendante de formation Provence-Alpes-Côte d'Azur (AMIFORM PACA) et M. A B demandent au tribunal de condamner l'Agence nationale du développement professionnel continu (ANDPC) à leur verser la somme totale de 591 300 euros en réparation des préjudices subis en raison de diverses fautes imputables à l'ANDPC.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le régime juridique des contrôles effectués par l'ANDPC des organismes proposant des actions de DPC :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 4021-1 du code de la santé publique : " Le développement professionnel continu a pour objectifs le maintien et l'actualisation des connaissances et des compétences ainsi que l'amélioration des pratiques. Il constitue une obligation pour les professionnels de santé. Chaque professionnel de santé doit justifier, sur une période de trois ans, de son engagement dans une démarche de développement professionnel continu () ". Aux termes de l'article L. 4021-2 du même code : " Un arrêté des ministres chargés de la santé et de la sécurité sociale () définit les orientations pluriannuelles prioritaires de développement professionnel continu () ". Aux termes de l'article L. 4021-6 de ce code : " L'Agence nationale du développement professionnel continu assure le pilotage et contribue à la gestion financière du dispositif de développement professionnel continu pour l'ensemble des professionnels de santé, quels que soient leurs statuts ou leurs conditions d'exercice. / Un décret en Conseil d'Etat fixe les missions et les instances de l'Agence nationale du développement professionnel continu ". Et aux termes de l'article L. 4021-7 du même code : " Un décret en Conseil d'Etat définit les modalités selon lesquelles : / 1° Les organismes ou les structures peuvent présenter des actions ou des programmes s'inscrivant dans le cadre des orientations définies à l'article L. 4021-2 ; / 2° Les actions ou programmes mentionnés au 1° du présent article font l'objet d'une évaluation avant d'être mis à la disposition des professionnels de santé ; / 3° L'Agence nationale du développement professionnel continu contribue à la gestion financière des programmes et actions s'inscrivant dans le cadre des orientations pluriannuelles prioritaires définies à l'article L. 4021-2 ; / 3° bis L'Agence nationale du développement professionnel continu établit et met en œuvre le plan de contrôle du dispositif ; / 4° Des sanctions à caractère financier ou administratif peuvent être prises en cas de manquements constatés dans la mise en œuvre des actions et des programmes ".

3. D'autre part, il résulte de l'article R. 4021-7 du code de la santé publique, dans sa rédaction alors applicable, issue du décret du 8 juillet 2016 pris pour l'application des dispositions citées au point précédent, que l'ANDPC a notamment pour mission d' " assurer le pilotage du dispositif de développement professionnel continu des professionnels de santé () ", ce qui inclut, en particulier, tant l'évaluation des organismes et structures qui souhaitent présenter des actions de DPC que l'évaluation de la mise en œuvre des méthodes de développement professionnel continu, en veillant à leur qualité scientifique et pédagogique.

4. Il résulte de ce qui a été mentionné aux deux points précédents que l'ANDPC ne peut légalement contribuer au financement d'actions de développement professionnel continu que si ces actions s'inscrivent dans le cadre des orientations définies de façon pluriannuelle par les ministres chargés de la santé et de la sécurité sociale. A ce titre, il relève dès lors de sa compétence de contrôler que les actions de développement professionnel continu déposées sur son site internet en vue d'être mises à la disposition des professionnels de santé s'inscrivent dans le cadre de ces orientations. Un tel contrôle, qui relève des missions de l'agence mentionnées à l'article R. 4021-7 précité du code de la santé publique, est ainsi distinct tant de celui, régi par les dispositions de l'article R. 4021-24 du même code, effectué lors de la demande d'enregistrement de l'organisme ou de la structure qui souhaite présenter des actions de DPC, que de ceux, régis par les dispositions de l'article R. 4021-25 du même code, qui portent sur la mise en œuvre des actions de DPC et qui peuvent, notamment au regard d'avis émis par des commissions scientifiques indépendantes, conduire au constat de manquements et au prononcé de sanctions, ainsi qu'au refus de prise en charge des frais pédagogiques exposés ou à leur remboursement.

En ce qui concerne la responsabilité de l'ANDPC :

5. Les requérants font valoir que la responsabilité de l'ANDPC devrait être engagée en raison de diverses fautes qu'ils lui imputent.

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, par un courrier électronique en date du 18 octobre 2021 adressé aux professionnels de santé, l'ANDPC dénonçait des introductions frauduleuses dans son système de traitement des données par certains professionnels de santé aux fins de " forcer " le formulaire d'inscription pour bénéficier d'une prise en charge au titre d'actions de DPC alors qu'ils ne seraient pas éligibles à cette prise en charge. Outre que le contenu du courrier électronique susmentionné ne mentionnait aucun professionnel en particulier, il n'appartient en tout état de cause pas à la juridiction de céans de se prononcer sur les allégations des requérants concernant la tenue de propos diffamatoires, qui ont trait à la commission éventuelle d'une infraction pénale. En outre, l'ANDPC fait valoir en défense que si les requérants ont, le 17 janvier 2022, cité directement Mme C, directrice de l'ANDPC, devant le tribunal correctionnel de Nice pour des faits de diffamation publique envers une personne privée, le tribunal a, par jugement en date du 2 décembre 2022, fait droit à l'exception de nullité soulevée par l'ANDPC.

7. En deuxième lieu, si les requérants soutiennent que l'ANDPC n'aurait pas respecté les procédures de traitement des données à caractère personnel, ils n'établissent ni-même n'allèguent que leurs données personnelles auraient été violées.

8. En troisième lieu, si les requérants soutiennent que l'ANDPC aurait commis des " fautes de gestion " en finançant à tort pendant plusieurs années des actions de DPC qui n'auraient pas dû l'être, il résulte de l'instruction, outre qu'il n'est pas établi que les requérants aient subi un quelconque préjudice en raison de ces financements, que l'ANDPC a justement engagé des démarches, dont le courrier électronique du 18 octobre 2021 susmentionné en est l'illustration, afin de remédier à cette situation, consécutive, ainsi qu'il a été précédemment mentionné, à des introductions frauduleuses dans le système de traitement des données de l'agence par certains professionnels de santé aux fins de " forcer " le formulaire d'inscription pour bénéficier d'une prise en charge au titre d'actions de DPC alors qu'ils ne seraient pas éligibles à cette prise en charge.

9. Au regard de tout ce qui précède, aucune faute ne peut être retenue à l'encontre de l'ANDPC. Par suite, il n'y a pas lieu d'engager sa responsabilité. Il s'en suit, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense par l'ANDPC, que les conclusions indemnitaires susmentionnées doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées par les requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions de l'ANDPC au titre des frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge solidaire des requérants la somme de 5 000 euros demandée, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur l'application des dispositions de l'article R. 741-12 du code de justice administrative :

11. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ".

12. La faculté prévue par cette disposition constituant un pouvoir propre du juge, la demande présentée par l'ANDPC et tendant à ce que les requérants soient condamnés à une amende pour recour abusif n'est, en tout état de cause, pas recevable.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par l'Association de formation professionnelle " FORMALLIANCE ", l'AMIFORM, l'AMIFORM PACA et M. B est rejetée.

Article 2 : Une somme de 5 000 euros est mise à la charge solidaire de l'Association de formation professionnelle " FORMALLIANCE ", l'AMIFORM, l'AMIFORM PACA et M. B, au profit de l'Agence nationale du développement professionnel continu, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'Association de formation professionnelle " FORMALLIANCE ", à l'Association médicale indépendante de formation, l'Association médicale indépendante de formation Provence-Alpes-Côte d'Azur, à M. A B et à la directrice générale de l'Agence nationale du développement professionnel continu.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

M. Holzer, conseiller ;

Mme Cueilleron, conseillère ;

Assistés de Mme Martin, greffière.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 16 mai 2024.

Le président

signé

F. Silvestre-Toussaint-FortesaL'assesseur le plus ancien,

signé

M. Holzer

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

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