lundi 25 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2202129 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | GUEUNIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 avril 2022, la société à responsabilité limitée (Sarl) JYPL, représentée par Me Gueunier, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été soumise au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2016 et du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018 et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été soumise au titre des exercices clos en 2017 et 2018, en droits et pénalités ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Concernant les impositions de l'année 2016
- la proposition de rectification du 12 novembre 2019 est insuffisamment motivée ;
- cette insuffisance de motivation constitue une erreur substantielle au sens de l'article L. 80-CA du livre des procédures fiscales sanctionnée par la décharge de l'ensemble des impositions ;
- l'administration a rappelé des taxes sur la valeur ajoutée collectées en méconnaissance de l'article 269 du code général des impôts ;
- elle est fondée à présenter une réclamation au titre de l'année 2016 sur le fondement de l'article R 196-3 du livre des procédures fiscales pour la taxe sur la valeur ajoutée déductible et à demander à modifier sa déclaration concernant la taxe sur la valeur ajoutée déductible au titre de l'année 2016 ;
Concernant les impositions des années 2017 et 2018
- la procédure de taxation d'office concernant les exercices clos en 2017 et 2018 est irrégulière ;
- elle entend se prévaloir de la doctrine administrative référencée BOI-TVA-DECLA-10-10-20 paragraphe 190 du 29 janvier 2014 ;
- l'irrégularité de la procédure de taxation d'office est un vice substantiel qui entraine la décharge des impositions au sens de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales ;
- l'administration a rejeté à tort sa comptabilité ;
- elle entend se prévaloir de la doctrine référencée BOI-CF-IOR-10-20 du 12 septembre 2012 ;
- la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires est radicalement viciée et sommaire ;
- le profit sur le trésor devra être annulé par voie de conséquence
- les majorations de 40% pour manquement délibéré sont insuffisamment motivées ;
- l'administration ne démontre pas le caractère délibéré des manquements.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2022, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Zettor,
- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1.La SARL JYPL, qui exerce une activité de restauration rapide sous l'enseigne " le fair play " à Antibes, a fait l'objet d'un contrôle sur pièces au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2016 concernant la taxe sur la valeur ajoutée et d'une vérification de comptabilité concernant la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018 pour l'ensemble des impositions. A l'issue de ces opérations, des rappels de taxes sur la valeur ajoutée lui ont été notifiés au titre des années 2016, 2017 et 2018, selon la procédure de taxation d'office prévue à l'article L. 66-3 du livre des procédures fiscales ainsi que des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2017 et 2018, selon la procédure contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales. Par une réclamation du 22 décembre 2021, laquelle a été rejetée le 4 mars 2022, la société JYPL a contesté l'ensemble des impositions mises à sa charge. Elle demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions en litige, en droits et pénalités.
Sur les conclusions à fin de décharge des impositions de l'année 2016 :
En ce qui concerne la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions. Cette notification est interruptive de prescription () ".
3.Les impositions en litige ayant été établies d'office, le caractère suffisant de la motivation de la proposition de rectification en date du 12 novembre 2019 doit être apprécié au regard des dispositions précitées de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales et non de celles, plus exigeantes, de l'article L. 57 du même livre, qui ne sont applicables que dans le cadre de la mise en œuvre de la procédure de rectification contradictoire.
4.La proposition de rectification comporte les modalités de détermination des résultats reconstitués ayant servi de base aux impositions supplémentaires contestées et satisfait ainsi aux prescriptions de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales. En outre, elle indique la nature et les montants des redressements envisagés et contient, quant aux motifs de ces rehaussements, des indications suffisantes pour permettre à la société requérante d'engager valablement une discussion avec l'administration, ce qu'elle a d'ailleurs fait. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la proposition de rectification doit être écarté.
5.La société JYPL ne saurait, par ailleurs, se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations du paragraphe n° 120 des commentaires publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous la référence BOI-CF-IOR-50-20 du 4 février 2015, qui sont relatives à la procédure d'imposition et ne comportent par suite aucune interprétation formelle de la loi fiscale opposable à l'administration sur ce fondement.
6.En second lieu, aux termes de l'article L. 80 CA du Livre des procédures fiscales : " La juridiction saisie peut, lorsqu'une erreur non substantielle a été commise dans la procédure d'imposition, prononcer, sur ce seul motif, la décharge des majorations et amendes, à l'exclusion des droits dus en principal et des intérêts de retard. Elle prononce la décharge de l'ensemble lorsque l'erreur a eu pour effet de porter atteinte aux droits de la défense ou lorsqu'elle est de celles pour lesquelles la nullité est expressément prévue par la loi ou par les engagements internationaux conclus par la France ".
7.Pour les motifs exposés aux points 4 et 5, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait commis des vices substantiels de procédure susceptibles d'entraîner la décharge des impositions contestées en application des dispositions de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions de l'année 2016 :
S'agissant à la taxe sur la valeur ajoutée collectée :
8.Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Et aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ". La charge de la preuve incombe à la société requérante.
9.Aux termes du a) du 1 et du 2 de l'article 269 du code général des impôts : " Le fait générateur de la taxe se produit :/ a) Au moment où la livraison () ; / 2 : La taxe est exigible : a) Pour les livraisons et les achats visés au a du 1 (), lors de la réalisation du fait générateur ; () ".
10.Pour contester les rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée au titre de l'année 2016, la société rappelle qu'elle exerce une activité de livraison de biens pour laquelle, l'exigibilité de la taxe sur la valeur ajoutée intervient lors de la livraison et non au moment de l'encaissement du prix. Il résulte de l'instruction que la société, qui n'a pas déposé sa déclaration annuelle de taxe sur la valeur ajoutée au titre de l'année 2016 dans les délais légaux, a fait l'objet d'une reconstitution de ses recettes et de la taxe sur la valeur ajoutée correspondante à partir des sommes encaissées sur son compte bancaire par l'administration fiscale, à hauteur d'une somme de 93 914 euros toutes taxes comprises. Si la société fait valoir qu'elle réalise des ventes à emporter et des ventes sur place, qui dépendent de deux régimes différents en matière de taxe sur la valeur ajoutée, elle n'établit pas que les ventes réalisées au titre de l'exercice en litige mais non livrées n'auraient pas été encaissées et que la taxe sur la valeur ajoutée les concernant ne serait pas exigible. Dans ces conditions, la requérante ne démontre pas le caractère exagéré des rappels de taxes sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période en litige.
S'agissant à la taxe sur la valeur ajoutée déductible :
11.Aux termes du I de l'article 208 de l'annexe II au code général des impôts : " Le montant de la taxe déductible doit être mentionné sur les déclarations déposées pour le paiement de la taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, à condition qu'elle fasse l'objet d'une inscription distincte, la taxe dont la déduction a été omise sur cette déclaration peut figurer sur les déclarations ultérieures déposées avant le 31 décembre de la deuxième année qui suit celle de l'omission. Les régularisations prévues à l'article 207 doivent également être mentionnées distinctement sur ces déclarations ".
12.Aux termes de l'article R. 196-3 du livre des procédures fiscales : " Dans le cas où un contribuable fait l'objet d'une procédure de reprise ou de rectification de la part de l'administration des impôts, il dispose d'un délai égal à celui de l'administration pour présenter ses propres réclamations ".
13.Il résulte de l'instruction que la société n'a souscrit aucune déclaration au titre de de la taxe sur la valeur ajoutée au titre de l'année 2016. Elle a déposé sa déclaration que lors du contrôle sur pièces dont elle a fait l'objet en 2019, à la suite d'un avis de vérification notifié le 26 juillet 2019 et, n'a pas mentionné de taxe sur la valeur ajoutée déductible sur cette déclaration effectuée hors délai. Par suite, la société requérante ne peut prétendre à réparer une omission de déclaration de la taxe sur la valeur ajoutée déductible dès lors qu'au 31 décembre 2018, aucune déclaration n'avait été déposée et qu'elle n'avait pas rempli ses obligations déclaratives au sens de l'article 208 du code général des impôts. Dans ces conditions, le moyen est écarté.
Sur les conclusions à fin de décharge au titre des années 2017 et 2018 :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
14.En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 293 B du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux périodes d'imposition en litige : " I. Pour leurs livraisons de biens et leurs prestations de services, les assujettis établis en France, à l'exclusion des redevables qui exercent une activité occulte au sens du troisième alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, bénéficient d'une franchise qui les dispense du paiement de la taxe sur la valeur ajoutée, lorsqu'ils n'ont pas réalisé : / 1° Un chiffre d'affaires supérieur à : / a) 82 200 € l'année civile précédente ; / b) Ou 91 000 € l'année civile précédente, lorsque le chiffre d'affaire de la pénultième année n'a pas excédé le montant mentionné au a ; / II. 1. Le I cesse de s'appliquer : a) Aux assujettis dont le chiffre d'affaires de l'année en cours dépasse le montant mentionné au b du 1° du I a) Aux assujettis dont le chiffre d'affaires de l'année en cours afférent à des prestations de services, hors ventes à consommer sur place et prestations d'hébergement, dépasse le montant mentionné au b du 2° du I. / 2. Les assujettis visés au 1 deviennent redevables de la taxe sur la valeur ajoutée pour les prestations de services et les livraisons de biens effectuées à compter du premier jour du mois au cours duquel ces chiffres d'affaires sont dépassés () ".
15.D'autre part, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : / () 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes () ". Aux termes de l'article 242 sexies de l'annexe II du code général des impôts : " Les entreprises placées sous le régime simplifié souscrivent chaque année, au plus tard le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai la déclaration mentionnée au 3 de l'article 287 du code général des impôts suivant le modèle prescrit par l'administration. () ". La procédure de taxation d'office est applicable aux redevables soumis au régime simplifié en cas de non-production ou de production hors délai de la déclaration annuelle de taxe sur la valeur ajoutée.
16. Il résulte de l'instruction que la Sarl JYPL, qui n'a déposé aucune déclaration de chiffre d'affaires au titre des années 2016, 2017 et 2018, soutient qu'elle relève, pour la période en litige, du régime simplifié la dispensant de souscrire des déclarations de taxe sur la valeur ajoutée puisqu'elle bénéficiait de la franchise en base de la taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, il résulte de l'instruction que les chiffres d'affaires que la société a déclarés au titre des années 2016, 2017 et 2018, à la suite de la réception de la mise en demeure de " régulariser sa situation ", dépassaient les seuils mentionnés dans les différentes versions applicables de l'article 293 B du code général des impôts. Contrairement aux allégations de la société, les rehaussements opérés en 2017 et 2018, suite à la vérification de comptabilité et à la reconstitution de ses chiffres d'affaires, n'ont pas eu d'incidence sur son obligation déclarative concernant la taxe sur la valeur ajoutée dès lors que les chiffres d'affaires déposés en cours de contrôle dépassaient les franchises. Contrairement à ce que soutient la requérante, la procédure de taxation d'office était applicable, compte tenu de sa simple défaillance déclarative. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'irrégularité de la mise en œuvre de la procédure de taxation d'office pour les rappels de taxe sur la valeur ajoutée doit être écarté.
17.En deuxième lieu, la Sarl JYPL n'est par ailleurs pas fondée à invoquer l'instruction administrative référencée BOI-TVA-DECLA-10-10-20 paragraphe 190 du 29 janvier 2014 qui ne comporte aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il a été fait application, susceptible d'être invoquée sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
18.En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 80 CA du Livre des procédures fiscales : " La juridiction saisie peut, lorsqu'une erreur non substantielle a été commise dans la procédure d'imposition, prononcer, sur ce seul motif, la décharge des majorations et amendes, à l'exclusion des droits dus en principal et des intérêts de retard. Elle prononce la décharge de l'ensemble lorsque l'erreur a eu pour effet de porter atteinte aux droits de la défense ou lorsqu'elle est de celles pour lesquelles la nullité est expressément prévue par la loi ou par les engagements internationaux conclus par la France ".
19.Pour les motifs exposés aux points 16 et 17, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait commis des vices substantiels de procédure susceptibles d'entraîner la décharge des impositions contestées en application des dispositions de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige au titre des années 2017 et 2018 :
20.Aux termes de l'article L.192 du livre des procédures fiscales : " La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge ".
S'agissant du rejet de la comptabilité des années 2017 et 2018 :
21.Aux termes de l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration " ; Aux termes de l'article 286 du code général des impôts : " I. Toute personne assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée doit : ()3° Si elle ne tient pas habituellement une comptabilité permettant de déterminer son chiffre d'affaires tel qu'il est défini par le présent chapitre, avoir un livre aux pages numérotées sur lequel elle inscrit, jour par jour, sans blanc ni rature, le montant de chacune de ses opérations, en distinguant, au besoin, ses opérations taxables et celles qui ne le sont pas. Chaque inscription doit indiquer la date, la désignation sommaire des objets vendus, du service rendu ou de l'opération imposable, ainsi que le prix de la vente ou de l'achat, ou le montant des courtages, commissions, remises, salaires, prix de location, intérêts, escomptes, agios ou autres profits. Toutefois, les opérations au comptant peuvent être inscrites globalement en comptabilité à la fin de chaque journée lorsqu'elles sont inférieures à 76 € pour les ventes au détail et les services rendus à des particuliers. Le montant des opérations inscrites sur le livre est totalisé à la fin du mois. Le livre prescrit ci-dessus ou la comptabilité en tenant lieu, ainsi que les pièces justificatives des opérations effectuées par les redevables, notamment les factures d'achat, doivent être conservés selon les modalités prévues aux I et I bis de l'article L. 102 B du livre des procédures fiscales ; les pièces justificatives relatives à des opérations ouvrant droit à une déduction doivent être d'origine ;() ".
22.Une comptabilité comporte de graves irrégularités lorsque, notamment, l'exploitant n'est pas en mesure de produire les pièces justificatives permettant d'établir le détail et la réalité des recettes enregistrées globalement, ce qui empêche de rattacher les produits vendus aux factures d'achat correspondantes. A cet égard, si les dispositions précitées du 3° de l'article 286 du code général des impôts prévoient que les opérations au comptant peuvent être inscrites en comptabilité à la fin de chaque journée, lorsqu'elles sont inférieures à un certain montant, elles n'exonèrent pas le contribuable de l'obligation de produire, conformément aux dispositions de l'article 54, des pièces justificatives telles que des fiches de caisse ou bandes de caisse enregistreuse, de nature à établir la consistance des recettes portées en comptabilité. Il s'ensuit que l'absence de présentation de telles pièces justificatives de recettes suffit pour que la comptabilité d'une entreprise soit regardée comme dépourvue de valeur probante.
23.Pour contester le rejet de sa comptabilité, la Sarl JYPL soutient que l'administration n'a pas justifié d'éléments pertinents, précis et n'a pas motivé suffisamment le rejet. Elle soutient également que sa comptabilité est parfaitement régulière en la forme.
24.Toutefois, pour écarter comme non probante la comptabilité présentée pour les exercices clos en 2017 et 2018, le vérificateur, dans la proposition de rectification du 9 janvier 2020, s'est fondé d'une part, sur l'absence de justificatifs de recettes au titre des exercices clos les 31 décembre 2017 et 2018. Il n'est pas contesté que les encaissements journaliers sont reportés manuellement, de manière globalisée, sur un cahier sans conservation des justificatifs. Cette méthode de report manuel en fin de journée des recettes ne permet pas d'identifier de manière détaillée les quantités vendues et la nature des produits vendus. Si les dispositions de l'article 286-I-3° du code général des impôts autorisent une inscription globale en fin de journée pour les opérations de vente au détail de moins de 76 euros au comptant, la société n'a produit aucun justificatif lors de la vérification. D'autre part, le vérificateur a relevé que la société n'était pas en mesure de lui remettre un inventaire de stock ce qui compromet la sincérité des comptabilités des deux exercices en litige. Sur les années en litige, il apparaît qu'elle n'a pas renseigné le détail de ses charges et ne conserve aucune pièce justificative liée à ces dernières. En l'absence de caisse enregistreuse, elle n'est pas en mesure d'éditer un ticket de caisse. Dans ces conditions, au regard de l'ensemble des irrégularités ainsi relevées, l'administration était fondée à regarder la comptabilité de la société JYPL comme irrégulière et dépourvue de valeur probante au titre des années 2017 et 2018, et à procéder à la reconstitution de son chiffre d'affaires pour ces deux exercices.
25.La Sarl JYPL n'est par ailleurs pas fondée à invoquer l'instruction administrative référencée BOI-CF-IOR-10-20 du 12 septembre 2012, aux termes de laquelle le rejet d'une comptabilité comme dénuée de sincérité ou comme non probante ne doit être opéré qu'à bon escient et avec la plus grande circonspection, lorsqu'il existe des motifs précis et sérieux permettant de la considérer comme non probante, cette doctrine ne comportant aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il a été fait application susceptible d'être invoquée sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
S'agissant de la reconstitution du chiffre d'affaires des années en litige :
26.Le service a reconstitué les recettes et les résultats imposables de l'activité de restauration rapide de la société en retenant 10 types de produits et en écartant certains produits peu vendus ce qui a conduit l'administration a reconstitué le chiffre d'affaires a minima, en reprenant 89,92% des produits vendus sur la base d'un récapitulatif des ventes sur 20 jours fourni par le gérant et dont le caractère représentatif de l'activité habituelle et normale de l'entreprise a été confirmé par ce dernier et l'expert-comptable. L'administration s'est fondée sur les prix affichés sur le prospectus-carte de la société remis au vérificateur lors du contrôle. Il a été tenu compte des achats prélevés par le gérant pour sa consommation personnelle le midi et le soir, lesquels ont été retirés des montants des chiffres d'affaires reconstitués. L'administration fait valoir sans être sérieusement contredite que la question des pertes a été évoquée à deux reprises, lors des entretiens du 18 octobre et 6 décembre 2019, durant lesquels le gérant et son comptable ont confirmé que la société ne subissait pas de pertes du fait de l'utilisation de denrées surgelés. Au surplus, la société ne propose aucun pourcentage de perte.
27.La société requérante, qui ne propose aucune méthode alternative de reconstitution de son chiffre d'affaires, conteste également l'absence de prise en compte des offerts, qui ont été évoqués lors de l'entretien du 21 octobre 2019 durant lequel il a été précisé par le gérant qu'aucun offert n'était réalisé hormis des viennoiseries. Elle allègue des vols de marchandises sans apporter d'élément probant pour en justifier. De même, les pertes concernant les pains et les pizzas ont été prises en compte sur la base des éléments communiqués par la société, mais cet élément n'a pas été utilisé dans la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires. La société n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause la reconstitution opérée par l'administration sur la base d'une méthode qui n'était ni viciée dans son principe ni excessivement sommaire. Elle ne démontre dès lors pas le caractère exagéré des bases ainsi reconstituées.
Sur le profit sur le trésor :
28. Lorsqu'un contribuable a fait l'objet d'une procédure de vérification en matière d'impôt sur les bénéfices et de taxe sur la valeur ajoutée, ses bases d'imposition à l'impôt sur les sociétés peuvent être rehaussées d'un profit sur le Trésor chaque fois que le droit qui lui est ouvert de déduire de ces bases la taxe sur la valeur ajoutée rappelée aboutirait, à défaut de la constatation à due concurrence d'un tel droit, à ce que ce contribuable soit imposé à l'impôt sur les sociétés sur une assiette plus réduite que celle sur laquelle il aurait été imposé s'il avait acquitté régulièrement la taxe sur la valeur ajoutée.
29. Le tribunal ne prononçant aucune décharge des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée, la société qui conteste le bien-fondé du profit sur le Trésor par voie de conséquence de l'absence de fondement des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, n'est pas fondée à soutenir que ce profit doit être annulé.
Sur les pénalités :
30.En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable aux pénalités contestées : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées au sens des articles L. 211-2 à L. 211-7 du code des relations entre le public et l'administration, quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable ".
31.Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de () a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable (), la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".
32.Pour justifier l'application de la majoration de 40%, l'administration fiscale relève de nombreuses irrégularités dans la comptabilité de la société requérante telles que l'absence de justification détaillée des recettes, l'absence de justificatif de vente remis aux clients, des encaissements toutes taxes comprises journaliers reportés manuellement, de manière globalisée, sans conservation des justificatifs, l'impossibilité de détailler les quantités vendues et la nature des produits vendus, l'absence de remise d'inventaire de stock et l'absence de détail concernant les charges qui ne sont justifiées par aucune pièce ont conduit l'administration à rejeter sa comptabilité qui n'était pas régulière et dépourvue de valeur probante au titre des années 2017 et 2018, et à procéder à la reconstitution de son chiffre d'affaires pour ces deux exercices. Dans ces conditions, l'administration établit l'existence d'agissements de la part de la Sarl JYPL attestant de sa volonté de se soustraire délibérément au paiement de l'impôt exigible et justifie de l'application de la majoration de 40% pour manquement délibéré prévue au a) de l'article 1729 du code général des impôts.
33. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par Sarl JYPL ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
34.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société JYPL demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la Sarl JYPL est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la Sarl JYPL et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 4 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Zettor, première conseillère,
Mme Chevalier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2024.
La rapporteure,
signé
V. Zettor
La présidente,
signé
V. Chevalier-AubertLa greffière,
signé
C Martin
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation la greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026