mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2202285 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | DE LA GRANGE & FITOUSSI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 mai 2022, Mme D E, représentée par Me Catois, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nice à lui verser la somme totale de 528 452,04 euros en réparation de ses préjudices ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à la réparation de ses préjudices ;
3°) de désigner un expert médical aux fins de se prononcer sur les conditions de sa prise en charge et d'évaluer les préjudices subis ;
4°) de condamner le CHU de Nice aux entiers dépens ;
5°) de mettre à la charge du CHU de Nice la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la responsabilité du CHU de Nice est engagée pour faute thérapeutique, faute de diagnostic et faute d'organisation du service ;
- à titre subsidiaire, elle a été victime d'un aléa thérapeutique dont la réparation incombe à l'ONIAM ;
- elle est fondée à demander l'indemnisation des préjudices qu'elle a subis à hauteur de la somme totale de 528 452,04 euros et qui se décompose comme suit :
1 264,31 euros au titre des dépenses de santé actuelles ;
624 euros au titre des frais divers ;
11 040 euros au titre de l'assistance temporaire par tierce personne ;
22 740 euros au titre des frais de véhicule adapté ;
137 774,41 euros au titre de l'assistance permanente par tierce personne ;
195 357,44 euros au titre de la perte de gains professionnels futurs ;
56 618,63 euros au titre de l'incidence professionnelle ;
4 433,25 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
10 000 euros au titre des souffrances endurées ;
5 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
66 660 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
10 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;
7 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2022, le CHU de Nice, représenté par Me Chas, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;
- l'état de santé de la requérante ne présente aucun lien de causalité avec sa prise en charge au sein du CHU de Nice.
Par un mémoire enregistré le 4 décembre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, représenté par Me de la Grange, conclut :
- à titre principal, à sa mise hors de cause et au rejet de la requête ;
- à titre subsidiaire, à la réduction à de plus justes proportions des demandes indemnitaires de la requérante ;
- à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de tout succombant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 15 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 8 décembre 2023.
Un mémoire présenté pour Mme E a été enregistré le 6 décembre 2023 mais n'a pas été communiqué.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 juin 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 16 avril 2019 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Nice a prescrit une expertise et désigné comme expert M. A ;
- le rapport d'expertise de M. A déposé au greffe du tribunal le 2 août 2019 ;
- l'ordonnance du 8 octobre 2019 par laquelle la présidente du tribunal administratif de Nice a taxé les frais et honoraires de l'expertise réalisée par M. A à la somme de 1 330 euros et les a mis à la charge de l'Etat à hauteur de 997,50 euros et à la charge de Mme E à hauteur de 332,50 euros.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Duroux, première conseillère ;
- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,
- et les observations de Me Poncer, substituant Me Chas, représentant le CHU de Nice.
Considérant ce qui suit :
1. Le 26 mai 2016, Mme E a été victime d'un accident du travail la blessant à la main droite. Sur les conseils de son médecin traitant, elle s'est rendue, le lendemain, au service de chirurgie plastique et de chirurgie de la main du CHU de Nice où elle a reçu un bandage et une prescription pour une radiographie qui n'a révélé aucune lésion osseuse ou luxation articulaire. Le 9 juin, une échographie est pratiquée sur Mme E mettant en évidence une rupture du ligament. Une nouvelle échographie, réalisée le 28 juin 2016, a conclu que Mme E souffrait d'une entorse droite sans arrachement osseux ni rupture des plans ligamentaires. Après une troisième échographie réalisée le 29 août 2016, Mme E a été opérée le 31 août 2016 puis le 28 septembre 2016. Malgré ces interventions chirurgicales, elle a continué à ressentir des douleurs et un déficit fonctionnel de la main droite. Estimant que le CHU de Nice a commis des fautes dans le cadre de sa prise en charge, Mme E a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation qui, au terme de son avis rendu le 11 février 2022, n'a pas retenu la responsabilité du CHU de Nice. Par la présente requête, Mme E demande au tribunal, à titre principal, de condamner le CHU de Nice à lui verser la somme totale de 528 452,04 euros en réparation de ses préjudices, à titre subsidiaire, de condamner l'ONIAM à l'indemniser de ses préjudices.
Sur la responsabilité pour faute du CHU de Nice :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. / ()".
3. Il résulte de l'instruction que le lendemain de son accident de travail, Mme E ne s'est pas rendue dans un service des urgences mais au service de chirurgie plastique et de chirurgie de la main du CHU de Nice qui ne possède pas d'accueil dédié aux urgences. Pour autant, elle a été reçue par un interne qui a procédé à l'immobilisation de son doigt blessé et qui lui a conseillé de prendre rendez-vous pour une consultation qui a été fixée dès le lundi suivant, soit 2 jours après, en raison du week-end. Lors d'une nouvelle consultation le 6 juin, il lui a été de nouveau conseillé de poursuive le traitement orthopédique par contention. Au regard des résultats de l'échographie réalisée le 9 juin, laquelle a révélé une déchirure capsulo-ligamentaire de l'articulation au niveau du 5e doigt, le traitement orthopédique a été maintenu afin de continuer la cicatrisation spontanée de la déchirure. Si l'échographie pratiquée le 28 juin conclut, à l'inverse, à l'absence de rupture capsulo-ligamentaire, l'IRM réalisée le 8 août 2016 n'a pas permis de lever le doute sur l'existence d'une rupture totale des ligaments. Mme E a finalement été opérée au sein de la clinique Saint George à Nice, par le docteur C, le 31 août 2016 puis le 28 septembre 2016 mais l'évolution post-opératoire n'a pas été favorable dès lors que la main de la requérante a subi une perte de fonction et une rétraction progressive des doigts cubitaux.
4. Il résulte également du rapport d'expertise du 30 juillet 2019 ordonné par le juge des référés du tribunal administratif de Nice que le traitement orthopédique par contention était tout à fait adapté et la prudence quant à une indication chirurgicale était parfaitement justifiée compte tenu des divergences existantes entre les spécialistes de la chirurgie de la main quant aux indications du traitement orthopédique ou chirurgical des entorses sévères avec ou sans rupture ligamentaire. L'expert précise que " le traitement par contention prothétique de l'articulation fait partie des choix thérapeutiques reconnus et validés par la communauté médicale des spécialistes de la main ". Le rapport d'expertise du 9 octobre 2021 diligenté par la CCI confirme que la requérante a été prise en charge conformément aux données actuelles de la science pour une entorse du 5e doigt, compte tenu de l'absence de lésions osseuses radiovisibles. L'expert ajoute que " l'attitude non chirurgicale de l'équipe soignante initiale est tout à fait justifiée [et] confortée a postériori par un bilan échographique et IRM ne faisant état d'aucune lésion capsulo-ligamentaire ". Il précise que " ce n'est que secondairement, qu'un éventuel diagnostic de rupture de bandelette sagittale impossible à réaliser en urgence, qui a été fait par le docteur C sur la foi d'une échographie réalisée par ses propres soins et sur la foi d'un doute sur l'IRM ". En ce qui concerne l'évolution défavorable de la main de la requérante, ce même rapport d'expertise estime qu'il s'agit " d'une réaction d'origine psychiatrique, tout à fait classique, et dont l'apparition ne saurait être imputable aux premiers soins délivrés par l'hôpital de Nice ". Il conclut que " l'affection dont souffre actuellement Mme E est donc sans relation directe avec les soins dont elle a bénéficié en urgence à l'hôpital de Nice ". Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que la prise en charge de Mme E au CHU de Nice ne révèle aucune faute d'organisation du service, ni aucune faute thérapeutique ni de diagnostic. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander au tribunal d'engager la responsabilité pour faute du CHU de Nice.
Sur les conclusions dirigées contre l'ONIAM :
5. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " () II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code, qui définit le seuil de gravité prévu par ces dispositions législatives : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. / A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; 2° Ou lorsque l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence ".
6. Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1 du même code.
7. Ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise du 9 octobre 2021, qu'aucun lien de causalité direct et certain ne peut être établi entre le traitement orthopédique décidé par le CHU de Nice et le déficit fonctionnel subi par la requérante à sa main droite résultant de la rétractation des 3e, 4e et 5e doigts. Dès lors que les dommages dont se prévaut la requérante ne résultent pas d'un accident médical non fautif du CHU de Nice, Mme E n'est pas fondée à obtenir la réparation de ses préjudices par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de procéder à la désignation d'un expert médical, que les conclusions indemnitaires formulées par la requérante doivent être rejetées.
Sur les dépens :
9. En l'application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les frais de l'expertise ordonnée par l'ordonnance du 16 avril 2019 susvisée, liquidés et taxés à la somme de 1 330 euros par ordonnance du 8 octobre 2019, doivent être mis à la charge de l'Etat.
Sur les frais de procédure :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge du CHU de Nice, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante la somme que demande l'ONIAM au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Les frais et honoraires d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 330 euros sont mis à la charge de l'Etat.
Article 3 : Les conclusions présentées par l'ONIAM sur le fondement des dispositions de l'article L. 761 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, au centre hospitalier universitaire de Nice, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault.
Copie sera transmise à M. B A, expert.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Duroux, première conseillère,
Mme Sandjo, conseillère,
assistés de Mme Bianchi, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
G. DUROUX
Le président,
signé
F. PASCALLa greffière,
signé
L. BIANCHI
La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef
Ou par délégation, le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
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01/06/2026