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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2202635

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2202635

lundi 13 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2202635
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat M. FAY
Avocat requérantLAYET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mai 2022, M. C E D, représenté par Me Anne-Isabelle Layet, avocate au Barreau de Nice, demande au tribunal :

* de condamner l'État à lui verser une somme de 7 200 euros en réparation du préjudice subis ;

* de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. E D soutient que :

* il a été reconnu prioritaire et devant être logé d'urgence dans un logement répondant à ses besoins et capacités de type T1 par décision de la commission de médiation des Alpes-Maritimes en date du 14 janvier 2020 ;

* n'ayant pas bénéficié d'une proposition de relogement avant le 3 mars 2022, la responsabilité de l'État est engagée du fait de cette double carence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* le code de la construction et de l'habitation ;

* le code de la sécurité sociale ;

* la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

* la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et la loi n° 2009-323 du 25 mars 2009 de mobilisation pour le logement et la lutte contre l'exclusion ;

* le code de justice administrative.

Vu, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges visés audit article.

Vu la décision du magistrat désigné de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. Faÿ, magistrat désigné ;

* les observations de Me Anne-Isabelle Layet, pour M. E D, et de Mme B, pour le préfet des Alpes-Maritimes.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D a saisi la commission de médiation des Alpes-Maritimes le 24 juin 2019. Par décision en date 14 janvier 2020, sur le fondement du droit opposable au logement, la commission de médiation a reconnu le requérant prioritaire et devant être logé d'urgence dans un logement répondant à ses besoins et capacités de type T1. Par courrier recommandé avec accusé de réception en date du 5 avril 2022, le requérant, qui a bénéficié d'un relogement social le 3 mars 2022, a saisi le préfet des Alpes-Maritimes en vue d'être indemnisé du préjudice subi du fait du délai qui s'est écoulé avant qu'un logement lui soit proposé. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration sur cette demande préalable d'indemnisation. M. E D demande au tribunal de condamner l'État à lui verser une somme de 7 200 euros en réparation des troubles de toute nature subis dans les conditions d'existence résultant du délai écoulé avant son relogement.

Sur la responsabilité de l'État

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant [] est garanti par l'État à toute personne qui [] n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 de ce code : " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'État dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement / (). Le représentant de l'État dans le département désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande (). / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'État dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation. () "

3. Les dispositions précitées, éclairées par les travaux parlementaires qui ont précédé leur adoption, fixent, pour l'État, une obligation de résultat, dont peuvent se prévaloir les demandeurs ayant exercé les recours amiable ou contentieux prévus à l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Pour rendre effectif le droit à un logement décent et indépendant, dont l'État est le garant, le législateur a, d'une part, prescrit que le représentant de l'État dans le département du demandeur saisisse les bailleurs sociaux en vue du relogement de ce dernier dans un délai de six mois à compter de la notification de la décision de la commission de médiation et, en cas de refus de ces organismes, procède à l'attribution d'un logement sur ses droits de réservation et, d'autre part, institué un recours spécifique en faveur des demandeurs prioritaires n'ayant pas reçu d'offre, devant un juge doté d'un pouvoir d'injonction et d'astreinte pour que leur relogement soit assuré. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, et que le juge administratif a ordonné son logement ou son relogement par l'État, en application de l'article L. 441-2-3-1 de ce code, la carence fautive de l'État à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État.

4. Quand bien même le préfet des Alpes-Maritimes devrait être regardé comme ayant effectué les différentes démarches prévues par la loi pour rendre effectif le droit au logement du requérant, il est constant que ce dernier n'a pas fait l'objet d'une proposition dans le délai de six mois suivant la décision de la commission de médiation en date du 14 janvier 2020. Cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État.

Sur les préjudices du requérant

5. Il résulte de l'instruction que M. E D a été déclaré prioritaire par décision en date du 14 janvier 2020 de la commission de médiation des Alpes-Maritimes et n'a bénéficié d'un relogement qu'à la date du 3 mars 2022. Par suite, M. E D est fondé à demander l'indemnisation des troubles de toute nature ayant résulté de son maintien dans ces conditions du fait de la carence fautive de l'administration.

6. Compte tenu du motif retenu par la commission de médiation des Alpes-Maritimes pour déclarer M. E D prioritaire pour être logé dans un logement de type T1 et eu égard à son relogement à la date du 3 mars 2022, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par le requérant sur la période de carence de l'État, en lui allouant une somme de 4 000 euros tous intérêts compris au jour du présent jugement

Sur l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou à défaut la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " et aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " En toute matière, l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle partielle ou totale peut demander au juge de condamner la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à lui payer une somme au titre des honoraires et frais, non compris dans les dépens, que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. "

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Anne-Isabelle Layet, avocate de M. E D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Layet de la somme de 1 000 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à M. E D une somme de 4 000 (quatre mil) euros.

Article 2 : L'État versera à Me Anne-Isabelle Layet une somme de 1 000 (mil) euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E D, à Me Anne-Isabelle Layet et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2023.

Le magistrat désigné,

signé

D. A

Le greffier,

signé

A. BAAZIZLa République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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