lundi 17 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2202692 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat M.Silvestre-Toussain-Fortesa |
| Avocat requérant | ZAKRAOUI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 mai 2022, Mme A E, représentée par Me Zakraoui, demande au tribunal, outre d'ordonner l'exécution provisoire du jugement :
1°) d'annuler la décision du 4 avril 2022 par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a rejeté son recours gracieux du 1er mars 2022, ensemble la décision du 27 janvier 2022 par laquelle cette même autorité a rejeté sa demande d'attribution du revenu de solidarité active (RSA) ;
2°) d'enjoindre à cette autorité de lui accorder le bénéfice du RSA à hauteur de la somme totale de 14.780,90 euros pour la période d'octobre 2021 à juillet 2023 ;
3°) de mettre à la charge du département des Alpes-Maritimes la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, son conseil renonçant à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée ;
4°) et de mettre à la charge de la caisse des allocations familiales des Alpes-Maritimes la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, son conseil renonçant à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée.
Elle soutient que la décision du 27 janvier 2022 :
- est insuffisamment motivée :
- est entachée d'une incompétence de son signataire ;
- et est entachée d'un manque de base légale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2023, le département des Alpes-Maritimes pris en la personne du président du conseil départemental en exercice, conclut à l'irrecevabilité des conclusions de la requête en tant que dirigées contre la décision du 27 janvier 2022, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient, d'une part, que les moyens invoqués à l'encontre de la décision du 27 janvier 2023 sont inopérants, et d'autre part que c'est à bon droit qu'il a pris la décision litigieuse, dans la mesure où les conditions fixées par les dispositions législatives applicables à la situation personnelle de la requérante n'étaient pas remplies.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 juillet 2023 :
- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa ;
- et les observations de M. B, pour le département des Alpes-Maritimes.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 27 janvier 2022, le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a rejeté la demande d'attribution du revenu de solidarité active (ci-après, " RSA ") formée par Mme A E. Mme E a formé un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de cette décision, qui a été rejeté par décision du 4 avril 2022 qui s'est dès lors substituée à la décision du 27 janvier 2022 initiale. Par la présente requête, Mme D C demande l'annulation de cette décision, ensemble la décision du 27 janvier 2022, et le reversement de ses droits au RSA pour la période d'octobre 2021 à juillet 2023, à hauteur d'une somme totale de 14.780,90 euros.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 27 janvier 2022 :
2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". Aux termes de l'article R. 262-88 du même code : " Le recours administratif préalable mentionné à l'article L. 262-47 est adressé par le bénéficiaire au président du conseil départemental dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision contestée () ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue en principe à la décision initiale, et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge. Par suite, et en l'espèce, les conclusions de la requête à fin d'annulation de la décision du 27 janvier 2022, à laquelle s'est substituée la décision du 4 avril 2022 de rejet par le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes du recours administratif préalable obligatoire, sont irrecevables.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 4 avril 2022 :
3. S'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable, le juge doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.
4. En premier lieu, et toutefois, les moyens soulevés et tirés de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué et de l'insuffisance de motivation, en tant qu'ils tendent à établir l'existence d'un vice propre de la décision du 27 janvier 2022, sont inopérants.
5. En second lieu, est en revanche opérant le moyen soulevé et tiré du manque de base légale de la décision de rejet de demande d'attribution du RSA.
6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il appartient au juge d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.
7. D'une part, aux termes de l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéfice du revenu de solidarité active est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : () 2° Etre français ou titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour autorisant à travailler. () ". Aux termes de l'article L. 262-6 du même code : " Par exception au 2° de l'article L. 262-4, le ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse doit remplir les conditions exigées pour bénéficier d'un droit de séjour et avoir résidé en France durant les trois mois précédant la demande. () Le ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse, entré en France pour y chercher un emploi et qui s'y maintient à ce titre, n'a pas droit au revenu de solidarité active. () ". D'autre part, aux termes de l'article 7 de la directive 2004/38/CE susvisée : " Droit de séjour de plus de trois mois : 1. Tout citoyen de l'Union a le droit de séjourner sur le territoire d'un autre État membre pour une durée de plus de trois mois : a) s'il est un travailleur salarié ou non salarié dans l'État membre d'accueil ; ou b) s'il dispose, pour lui et pour les membres de sa famille, de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale de l'État membre d'accueil au cours de son séjour, et d'une assurance maladie complète dans l'État membre d'accueil; ou, c) - s'il est inscrit dans un établissement privé ou public, agréé ou financé par l'État membre d'accueil sur la base de sa législation ou de sa pratique administrative, pour y suivre à titre principal des études, y compris une formation professionnelle et - s'il dispose d'une assurance maladie complète dans l'État membre d'accueil et garantit à l'autorité nationale compétente, par le biais d'une déclaration ou par tout autre moyen équivalent de son choix, qu'il dispose de ressources suffisantes pour lui-même et pour les membres de sa famille afin d'éviter de devenir une charge pour le système d'assistance sociale de l'État membre d'accueil au cours de leur période de séjour ; () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, tout citoyen de l'Union européenne, () a le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'il satisfait à l'une des conditions suivantes : / 1° S'il exerce une activité professionnelle en France ; / 2° S'il dispose () de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ".
8. Il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que, pour pouvoir bénéficier du RSA, les ressortissants des Etats membres de l'Union européenne doivent remplir les conditions exigées pour bénéficier d'un droit au séjour. Ainsi, au-delà d'une durée de séjour de trois mois, un tel droit au séjour est ouvert au ressortissant qui exerce une activité professionnelle en France ou qui dispose pour lui et pour les membres de sa famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ainsi que d'une assurance maladie.
9. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme E justifie, au regard des bulletins de salaire versés au dossier, avoir perçu une rémunération moyenne de 500 euros durant quatre mois au titre de l'année 2020 et de 400 euros durant deux mois au titre de l'année 2021. Dans ces conditions, elle ne justifie pas disposer de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale. Elle ne justifie en outre pas exercer une activité professionnelle. Par suite, l'intéressée ne bénéficiant d'aucun droit au séjour en France au titre de la période pour laquelle elle sollicite l'attribution du RSA, elle n'est dès lors pas fondée à soutenir qu'elle pouvait bénéficier du revenu de solidarité active sur cette période. En outre, la décision litigieuse de rejet de sa demande d'attribution du RSA est régulièrement fondée sur la combinaison des dispositions précitées des articles L. 262-6 du code de l'action sociale et des familles et L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est dès lors entachée d'aucun manque de base légale.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions susmentionnées aux fins d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées aux fins d'injonction, ainsi qu'au titre des frais liés au litige, doivent également être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'exécution provisoire du jugement :
11. En vertu des dispositions de l'article L.11 du code de justice administrative, les jugements des tribunaux administratifs sont exécutoires. Par suite, les conclusions tendant à l'exécution provisoire du présent jugement ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et au département des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.
Le magistrat désigné,
signé
F. Silvestre-Toussaint-FortesaLa greffière,
signé
C. Martin
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026