jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2202761 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS PELLOUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 juin 2022, M. A B, représenté par Mes Pelloux et Choisy, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à sa charge au titre des années 2016 et 2017 ;
2°) de mettre une somme de 5 000 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la proposition de rectification est insuffisamment motivée ;
- il incombait au service vérificateur, qui a commis un détournement de procédure patent, et en vertu du principe d'indépendance des procédures, de prouver l'existence d'un désinvestissement des revenus distribués ;
- la majeure partie des sommes litigieuses a été appréhendée par des tiers et non par lui-même ;
- il incombe à l'administration de prouver non seulement la réalité du désinvestissement mais également la date de ce désinvestissement, afin de déterminer l'année de rattachement de la distribution imposable ;
- les revenus réputés distribués et rattachés à la période courant du 1er juillet au 31 décembre 2015 sont couverts par la prescription et ne sauraient donner lieu à aucun redressement ;
- les avances en compte courant d'associé ont fait l'objet d'une double imposition ;
- le caractère délibéré des omissions constatées n'est manifestement pas établi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2022, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés au soutien de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,
- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique,
- et les observations de Me Pelloux, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre de la vérification de comptabilité dont la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) BT Construction a fait l'objet, l'administration fiscale a constaté l'existence de revenus distribués à M. B. L'administration fiscale a, en conséquence, notifié à M. B, au titre des années 2016 et 2017, des rectifications d'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers et de prélèvements sociaux. M. B demande la décharge des ces impositions, en droits et pénalités.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées.
3. La proposition de rectification du 21 février 2019 notifiée à M. B comporte les éléments exigés par les dispositions précitées de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, notamment les rehaussements envisagés par catégorie de revenus, les motifs de fait et de droit pour chacun des rehaussements, et le montant des rappels litigieux, permettant ainsi au contribuable de formuler ses observations de façon utile. En outre, elle renvoie et reproduit, s'agissant de rehaussements subséquents à la vérification de comptabilité de la SASU BT Construction, aux parties correspondantes de la proposition de rectification adressée à cette dernière, annexées en pièce jointe. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Aux termes du premier alinéa de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ". Les sommes réintégrées par l'administration dans le résultat imposable d'une société ayant fait l'objet d'un redressement ne peuvent être regardées comme des revenus distribués au sens de ces dispositions que dans la mesure où elles ont été désinvesties de l'entreprise et effectivement appréhendées par leur bénéficiaire. Le contribuable maître d'une affaire est réputé avoir appréhendé les distributions réalisées par la société qu'il contrôle. Enfin, la qualité de seul maître de l'affaire suffit à regarder le contribuable comme bénéficiaire des revenus réputés distribués, en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, par la société en cause, la circonstance qu'il n'aurait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes ou qu'elles auraient été versées à des tiers étant sans incidence à cet égard.
5. Il résulte de l'instruction que le rehaussement du bénéfice imposable de la SASU BT Construction trouve son origine dans la reconstitution du chiffre d'affaires de la société, dans le cadre de la procédure de taxation d'office, effectuée à partir de l'examen des factures produites par celle-ci. Ce bénéfice, dont le montant n'est pas contesté, n'ayant pas été comptabilisé, il n'a été ni mis en réserve ni incorporé au capital. Il devait dès lors être considéré, sans qu'il soit besoin de rechercher, contrairement à ce que soutient le requérant, si la société BT Construction avait délibérément omis de porter les sommes litigieuses en comptabilité dans le but d'accorder un avantage au bénéficiaire, comme des revenus distribués entre les mains de M. B, dont il n'est pas contesté qu'il était le seul maître de l'affaire. Ainsi, l'administration fiscale, qui n'a commis aucun détournement de procédure, était fondée à regarder M. B comme le seul bénéficiaire des résultats réalisés par la SASU BT Construction et à imposer les sommes correspondantes entre ses mains, sur le fondement des dispositions précitées du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, la circonstance qu'il n'aurait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes ou qu'elles auraient été versées à des tiers étant, ainsi qu'il a été dit précédemment, sans incidence à cet égard.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 47 de l'annexe II du code général des impôts dispose : " Toute rectification du bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés au titre d'une période sera prise en compte au titre de la même période pour le calcul des sommes distribuées ". Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, les bénéfices sociaux visés par cette disposition sont présumés distribués à la date de clôture de l'exercice au terme duquel leur existence a été constatée, sauf si le contribuable ou l'administration apportent des éléments de nature à établir que la distribution a été, en fait, soit postérieure, soit antérieure à cette date. Le principe d'annualité de l'impôt sur le revenu ne fait pas obstacle à l'application de cette règle, dès lors que ni l'administration ni le contribuable, qui est imposé sur la base de fonds sociaux qu'il a appréhendés, ne sont en mesure d'établir qu'il doit être procédé à la répartition de ces sommes en fonction de la date à laquelle le contribuable en a effectivement disposé.
7. La circonstance que le bénéfice de la SASU BT Construction a été reconstitué sur la base des factures émises entre le 1er juillet 2015 et le 31 décembre 2016 n'implique pas que soient regardées comme des revenus distribués à M. B au cours de l'année 2015 les recettes correspondantes aux bénéfices réalisés au cours de cette même année. M. B n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il aurait perçu ces revenus antérieurement au 31 décembre 2016, date de clôture du premier exercice social de sa société. En l'absence de tout justificatif permettant de prouver que ces sommes lui auraient été versées à des dates précises, il doit être présumé en avoir eu la disposition à la date de la clôture de l'exercice au cours duquel il est réputé en avoir eu la distribution, le 31 décembre 2016. Il n'est par suite pas fondé à faire valoir que l'administration fiscale aurait méconnu le principe d'annualité de l'impôt sur le revenu ni à se prévaloir de la prescription au titre de l'année 2015.
8. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que le service vérificateur a imposé, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions du a de l'article 111 du code général des impôts, les avances constatées au compte courant d'associé de M. B dans la SASU BT Construction. Ce solde débiteur a été constaté indépendamment du rejet de dépenses personnelles engagées par la société pour le compte de son unique associé, qui ont fait l'objet d'une imposition au titre des revenus distribués sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts et représentent une matière imposable distincte. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait fait l'objet d'une double imposition.
9. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Pour établir l'existence d'un manquement délibéré au sens de l'article 1729 précité imputable au contribuable, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations du contribuable et, d'autre part, de son intention d'éluder l'impôt.
10. Pour justifier l'application de cette majoration, l'administration a relevé que M. B, unique associé et maître de l'affaire de la SASU BT Construction, ne pouvait ignorer le caractère personnel et non justifié des dépenses personnelles engagées par cette dernière au cours des deux années en litige, ni que les montants prélevés sur son compte courant d'associé excédaient largement ses apports. En se fondant sur ces éléments, ainsi que sur le caractère répété des omissions et sur leur importance, l'administration apporte la preuve, qui lui incombe, de l'intention délibérée de M. B d'éluder l'impôt dû. Par suite, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, de l'intention délibérée du requérant d'éluder l'impôt et, par suite, du caractère bien-fondé des majorations en cause.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Zettor, première conseillère,
Mme Kolf, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
La rapporteure,
signé
S. Kolf
La présidente,
signé
V. Chevalier-AubertLa greffière,
signé
V. Suner
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026