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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2203276

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2203276

mardi 26 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2203276
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2022, le préfet des Alpes-Maritimes demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme B, du logement qu'elle occupe, situé 6 rue Saint Julien, 06140 Vence, relevant du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) géré par la fondation Nice PSP ACTES, avec le concours de la force publique ;

2°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du lieu d'hébergement pour procéder à l'enlèvement des biens meubles s'y trouvant aux frais et risques de l'intéressée.

Le préfet des Alpes-Maritimes soutient que :

- Mme B s'est maintenue avec ses deux enfants nés en 2009 et 2013, dans le lieu d'hébergement à l'issue du délai qui lui était accordé, malgré la mise en demeure de quitter les lieux dont elle a fait l'objet ;

- Les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure demandée sont remplies dès lors que le maintien de l'intéressée dans les lieux compromet le fonctionnement normal de l'organisme chargé de l'hébergement pour demandeurs d'asile ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2022, Mme C B, représentée par Me Almairac, conclut à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire, au rejet de la requête, à ce qu'il soit enjoint au préfet de la maintenir dans son hébergement actuel, à défaut à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui trouver un hébergement d'urgence dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, ainsi qu'à la mise à la charge de l'Etat de la somme de 1.500 euros en application des dispositions combinées des articles L.761-1 du Code de justice administrative et 37 de la loi 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à verser directement à son conseil, lequel renonce à percevoir la somme allouée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- L'urgence n'est pas établie au regard de la particulière vulnérabilité du foyer et notamment de ses enfants ; la saturation des dispositifs d'hébergement n'est pas démontrée ;

- Elle a formé une demande de réexamen et aucune autre offre d'hébergement ne lui a été proposée ;

- La situation climatique s'oppose à l'expulsion de la famille ;

- La demande se heurte à des contestations sérieuses en raison de la vulnérabilité de la famille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus à l'audience publique du 26 juillet 2022 à 09h00 :

- le rapport de Mme Sorin, juge des référés ;

- les observations de Mme E A, représentant le préfet des Alpes-Maritimes qui conclut aux mêmes fins que sa requête ;

- les observations de Me Almairac, pour Mme B, qui fait valoir les mêmes éléments que dans son mémoire.

Il a été soulevé à l'audience le moyen d'ordre public tiré de ce que les conclusions à fin d'injonction qui ne sont pas l'accessoire de conclusions principales ne sont pas recevables.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique: " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. Eu égard aux circonstances de l'espèce et compte tenu de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative: " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. " et de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; ". Aux termes de l'article L. 552-1 du même code : " Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile: 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L. 322-1 du même code. ". Aux termes de l'article L. 552-14 du même code : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

5. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité. Il résulte également de l'économie générale et des termes mêmes des dispositions précitées que le législateur a entendu ne pas maintenir le bénéfice de l'accueil dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile aux demandeurs d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, à compter de la date à laquelle ce rejet est devenu définitif, même s'ils ont formé après ce rejet une demande de réexamen.

6. Il résulte de l'instruction que Mme B, ressortissante russe, a sollicité le statut de réfugié et bénéficié, en qualité de demandeur d'asile, d'un hébergement au centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) géré par la fondation Nice PSP ACTES. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Après que l'intéressée a été informée le 29 septembre 2021, de la décision du même jour de fin de sa prise en charge par l'OFII, le préfet des Alpes-Maritimes l'a mise en demeure de quitter les lieux sous quinzaine, par courrier du 28 janvier 2022. L'intéressée s'étant maintenue dans les locaux, le préfet a saisi le juge des référés en vue d'en ordonner l'expulsion. Mme B occupe sans droit ni titre ce lieu d'hébergement. La mesure d'expulsion sollicitée par le préfet ne se heurte donc à aucune contestation sérieuse, la situation de vulnérabilité invoquée par la requérante ne pouvant être assimilée à une contestation sérieuse. De même, il résulte de ce qui a été indiqué au point précédent, que la demande de réexamen formée par la requérante ne saurait s'opposer à la mesure d'expulsion. Il en est de même de la circonstance qu'une autorisation provisoire de séjour devait lui être délivrée.

7. La libération des lieux par l'intéressée présente, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile dans le département qui n'est pas sérieusement contesté, un caractère d'urgence et d'utilité. Cependant, au regard de la composition du foyer, soit une femme isolée avec deux enfants, ce qui caractérise, dans les circonstances de l'espèce, une particulière vulnérabilité, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à Mme B de quitter le lieu d'hébergement qu'elle occupe dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire de l'intéressée à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet des Alpes-Maritimes à procéder à l'évacuation forcée des lieux au besoin avec le concours de la force publique.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

9. En dehors des cas expressément prévus par des dispositions législatives particulières, inapplicables en l'espèce, du code de justice administrative, il n'appartient pas au tribunal administratif d'adresser des injonctions à l'administration. Les conclusions des défendeurs n'entrent pas notamment dans les prévisions de l'article L. 911-1 du code précité. Dès lors, elles sont irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à Mme B et tous occupants de libérer, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'elle occupe au 6 rue Saint Julien, 06140 Vence, géré par la fondation Nice PSP ACTES, relevant du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA).

Article 3 : En l'absence de départ volontaire de Mme B dans le délai imparti, le préfet des Alpes-Maritimes, à l'issue du délai fixé à l'article 2, pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressée, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, à Me Almairac et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Copie en sera transmise au préfet des Alpes-Maritimes, au procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Grasse, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice et au centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) géré par la fondation Nice PSP ACTES.

Fait à Nice, le 26 juillet 202La juge des référés,

signé

G. D

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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