lundi 30 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2203406 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET CHAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juin 2022 sous le n° 2203406 et un mémoire enregistré le 22 juillet 2022, M. D A, représenté par Me Manon Bracco, demande au juge des référés d'ordonner :
1°) la désignation d'un expert spécialisé en chirurgie orthopédique sur le fondement de l'article R.532-1 du Code de Justice Administrative (CJA), afin de déterminer les causes et les conséquences de l'aggravation de son état de santé qu'il impute à sa prise en charge au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Nice à compter du 20 janvier 2021 pour traumatisme à son membre inférieur gauche après avoir chuté d'une échelle à son domicile ;
2°) le dépôt d'un pré-rapport à soumettre aux parties avant dépôt du rapport définitif ;
3°) au CHU de Nice la communication de son entier dossier médical sous astreinte de 100 € par jour de retard dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sur le fondement de l'article L. 521-3 du CJA ;
4°) la réserve des dépens, aune consignation ne pouvant être ordonnée en l'état de la décision d'aide juridictionnelle totale.
M. A soutient que :
- aucun anticoagulant ne lui a été prescrit lors de son arrivée aux urgences du CHU le jour de sa chute où des radiographies auraient objectivé une fracture non déplacée ;
- il a pu regagner son domicile le 30 janvier suivant avec une immobilisation plâtrée et une prescription de paracétamol ;
- la persistance de douleurs au niveau de la malléole externe a justifié son retour aux urgences le 5 février suivant et une nouvelle consultation a été programmée le lendemain pour fendre le plâtre et réaliser une écho-doppler pour " éliminer une TVP car non anti coagulé en prévention " ;
- des anticoagulants ont été prescrits puis il s'est rendu aux urgences les 8 et 9 février 2021 ;
- une fracture uni-malléolaire externe inter-ligamentaire de la cheville gauche a été diagnostiquée et une ostéosynthèse à foyer ouvert par plaque et vis a été réalisée le 10 février 2021 ;
- le 5 mars 2021 une botte de marche lui a été prescrite et il effectue des séances de kinésithérapie ;
- son plâtre a été changé 5 fois en 12 jours et il s'interroge sur la qualité de sa prise en charge, l'absence de traitement anticoagulation préventif ainsi que sur le lien entre son immobilisation plâtrée sur le déplacement secondaire de sa fracture nécessitant une intervention chirurgicale ;
-malgré ses courriers recommandés adressé les 7 mai 2021 et 28 février 2022 au CHU de Nice, il ne parvient pas à obtenir la production de son dossier médical d'hospitalisation ;
- ces éléments justifient l'intérêt légitime de l'ensemble de ses demandes ;
- il justifie de l'existence de séquelles en lien avec la prise en charge litigieuse ;
Par un mémoire enregistré le 19 juillet 2022, le CHU de Nice représenté par Me Sophie Chas, ne s'oppose pas à l'expertise sollicitée sous ses protestations et réserves d'usage, les frais et honoraires correspondants devant être mis à la charge du requérant ou de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Il demande au juge des référés de préciser dans la mission qui sera confiée à l'expert :
- si un éventuel manquement aux règles de l'art ou infection peuvent lui être reprochés et les préjudices et débours qui en découleraient à l'exclusion de toute conséquence prévisible de la pathologie initiale, de tout état antérieur et de toute cause étrangère ;
- l'avance des frais et honoraires de l'expert soit mise à la charge de l'Etat, le requérant bénéficiant de l'aide juridictionnelle ;
- soient rejetées comme étant prématurées les demandes portant sur les frais irrépétibles et les dépens.
- que l'organisme social devra produire un relevé de prestations détaillé des soins liés à la prise en charge litigieuse afin de générer une discussion sur les débours engagés.
Par un mémoire, enregistré le 29 août 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Tarn, indique qu'elle n'est pas en mesure de présenter une créance définitive dans la présente instance et que M. A a été pris en charge au titre du risque maladie, dans l'accident domestique en litige. Elle réserve ses droits.
Par la décision du bureau d'aide juridictionnelle, en date du 14 octobre 2021, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de sécurité sociale ;
-le code de justice administrative ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée, relative à l'aide juridique.
Vu la décision en date du 20 septembre 2022 par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Soli, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la mesure d'expertise sollicitée :
1 . Aux termes des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : "Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".
2 . M. D A demande au juge des référés de prescrire une expertise médicale afin de déterminer les causes de l'aggravation de son état de santé et les différents séquelles et préjudices qu'il subis à la suite de sa prise en charge par le CHU de Nice à compter du 20 janvier 2021 pour traumatisme à son membre inférieur gauche après avoir chuté d'une échelle à son domicile. Les faits exposés peuvent donner lieu à un litige susceptible de relever de la compétence de la juridiction administrative. L'expertise demandée entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et revêt un caractère utile, il convient, dès lors, de faire droit à cette demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 2 de la présente ordonnance au contradictoire du CHU de Nice des CPAM des Alpes-Maritimes et du Tarn.
Sur l'injonction de production du dossier médical du CHU de Nice :
3. Aux termes des dispositions de l'article R. 621-7-1 du code de justice administrative : " Les parties doivent remettre sans délai à l'expert tous documents que celui-ci estime nécessaires à l'accomplissement de sa mission. / En cas de carence des parties, l'expert en informe le président de la juridiction qui, après avoir provoqué les observations écrites de la partie récalcitrante, peut ordonner la production des documents, s'il y a lieu sous astreinte, autoriser l'expert à passer outre, ou à déposer son rapport en l'état. / Le président peut en outre examiner les problèmes posés par cette carence lors de la séance prévue à l'article R. 621-8-1. / La juridiction tire les conséquences du défaut de communication des documents à l'expert ".
4. Il résulte des dispositions précitées que seul le président du tribunal peut, à la demande de l'expert, adresser une injonction de produire un document à toute partie figurant à l'expertise en cours. Par suite, les conclusions de la requête tendant à ce que le juge des référés ordonne au CHU de Nice de produire le dossier médical de M. A sous astreinte, doivent être rejetées étant précisé qu'il appartient à l'expert de le solliciter conformément au 1°) de la mission d'expertise.
Sur le dépôt d'un pré-rapport d'expertise :
5 . Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit, ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et de le soumettre préalablement aux parties. S'agissant d'une modalité opérationnelle de l'expertise, il appartient à l'expert désigné d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions du requérant tendant à ce que le juge des référés ordonne la production d'un pré-rapport et sa communication préalable aux parties, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'expertise et les dépens :
6 . Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires ". Aux termes des dispositions de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".
7. Les dispositions précitées font obstacle à ce que le juge des référés se prononce sur les dépens et l'avance des frais d'expertise de la mesure d'instruction qu'il ordonne. Par suite les demandes présentées en ce senspar les parties doivent être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er - Il est ordonné une expertise contradictoire en présence de M. D A, de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, de la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn et du CHU de Nice.
Article 2 - L'expert aura pour mission :
1') de solliciter la communication de tous documents médicaux et para-médicaux nécessaires à l'accomplissement de sa mission ; de prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical original de M. D A que le CHU de Nice lui communiquera sans délai notamment tous documents relatifs aux examens, soins et à l'intervention chirurgicale il a fait l'objet à compter du 20 janvier 2021 pour traumatisme à son membre inférieur gauche après avoir chuté d'une échelle, les traitements postopératoires et les suivis ; il pourra entendre toute personne du service hospitalier lui ayant donné des soins et préciser, le cas échéant, les soins et actes médicaux et chirurgicaux dont il aurait fait l'objet dans d'autres établissements ;
2') d'examiner M. A, de décrire les lésions, blessures, soins, intervention(s) et traitements réalisés à la suite de sa chute précitée ;
3') de décrire les conditions dans lesquelles Aw a été pris en charge au CHU de Nice depuis sa chute et dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir s'il a été informé des conséquences normalement prévisibles des actes médicaux pratiqués et si il a été ainsi mis à même de formuler un consentement éclairé ; préciser si il a reçu toutes informations sur l'existence de risques, même faibles, de complications susceptibles de se produire ;
4') de réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales (prévention, diagnostic, choix de la thérapie ..) ou de soins ou des fautes dans l'organisation ou le fonctionnement des services ont été commises lors de sa prise en charge hospitalière, de rechercher si la victime a été affectée de séquelles compte tenu de ses antécédents et de son état antérieur ; préciser les conséquences de cet accident médical et en spécifier leur caractère de gravité au regard de la pathologie initiale du requérant et de son évolution prévisible, de rechercher si son état de santé résulte d'un manquement des services ou d'un aléa thérapeutique ; dans ce cas, préciser en quoi ce derniers ne seraient pas la cause directe des préjudices subis mais auraient fait perdre au requérant des chances de les éviter et évaluer l'importance de cette perte de chance, en pourcentage;
4') de se prononcer sur l'incidence de l'administration d'anticoagulants et de préciser à quel stade ou l'éventuelle prise d'un traitement antérieur particulier pouvant interférer sur ses dommages à l'origine de la présente expertise ; de déterminer le lien de causalité entre les préjudices subis par M. A et les actes médicaux réalisés ;
5°) d'évaluer, le cas échéant :
- l'étendue des préjudices qui en ont résulté à l'exclusion de ceux qui ne seraient que la conséquence normale de l'état pathologique de la victime, antérieur aux interventions du service hospitalier :
· durée du Déficit Temporaire Total ou Partiel,
· date de consolidation de son état de santé,
· pourcentage du Déficit Permanent Partiel,
· troubles dans les conditions d'existence indépendamment ou non de leurs conséquences pécuniaires (préjudice professionnel)
. les importances respectives des souffrances physiques endurées, du préjudice d'agrément, des éventuels préjudices esthétique, sexuel et perte de chance sérieuse de guérison de la pathologie dont il était atteint lors de son admission au centre hospitalier ;
- si le centre hospitalier ne devait pas lui apporter d'autres soins ou prescriptions pour éviter la persistance des séquelles qu'il présente et a présentées ;
6°) de préciser, si besoin est les frais futurs, médicaux ou d'aménagement et si l'état de la victime est susceptible de modification en aggravation ou amélioration : dans l'affirmative, de donner au tribunal toutes précisions utiles sur cette évaluation, son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen lui apparaîtrait nécessaire, indiquer le délai dans lequel devra y être procédé ;
7°) de dire si malgré son déficit permanent, la victime est au plan médical, physiquement et intellectuellement apte à reprendre dans les conditions antérieures ou autres, les activités qu'elle exerçait avant les interventions ou prises en charges sus-indiquées ; donner tous renseignements sur la nécessité de l'aide d'une tierce personne et, dans ce cas, en définir les conditions ;
8°) de déterminer les débours et frais médicaux en relation directe avec cette éventuelle faute médicale en les distinguant de ceux imputables à l'état initial et de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des questions précédemment définies, permettant à la juridiction de se prononcer sur les responsabilités et l'étendue des préjudices subis dans le cadre d'un éventuel recours en responsabilité ;
L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif. Il est enjoint aux parties, tant demanderesse que défenderesse, dans le délai de huit jours à compter de la demande qui leur en sera adressée par lettre recommandée avec accusé de réception par l'expert, d'avoir à fournir toutes les pièces qu'elles pourraient détenir et dont la production s'avérerait nécessaire à l'accomplissement de la mission ici définie ;
L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un ou plusieurs sapiteurs pour l'éclairer sur un point particulier sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif conformément aux prescriptions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative ;
Si, le cas échéant avec l'accord des parties, l'expert prend l'initiative d'une médiation, il devra en aviser le président du tribunal et préserver dans son rapport d'expertise, sa confidentialité.
Article 3 - Est désigné en qualité d'expert :
M. C B exerçant à Nice (06000) au 40, boulevard Victor Hugo.
Article 4 - L'expert, après avoir prêté serment par écrit, accomplira sa mission conformément aux dispositions des articles R. 621-7 et suivants du code de justice administrative.
Il déposera son rapport :
* soit en deux exemplaires, dont un original, au greffe du tribunal administratif
* soit sur la plateforme d'échange du Conseil d'Etat (https://echange.conseil-etat.fr)
dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de son état de vacations, frais et honoraires, et en adressera simultanément un exemplaire à chacune des parties en cause, qui peut s'opérer sous forme électronique, avec leur accord.
Article 5 - Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 - La présente décision sera notifiée M. D A, à la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, à la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn, au CHU de Nice et à M. C B, expert.
Fait à Nice, le 30 janvier 2023.
signé
Patrick SOLI
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
2203406mgf
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01/06/2026