jeudi 23 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2203409 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | LENDOM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 juin 2022 sous le n° 2203409 et mémoires enregistrés les 11 août 2022 et 11 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Lendom, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R.532-1 du code de justice administrative, d'ordonner au contradictoire du CHU de Nice, du ministre de la justice et du CH de Grasse :
1°) une expertise médicale afin de se prononcer sur ses prises en charge médicales par le CHU de Nice et le CH de Grasse notamment dans le cadre de son accident de la circulation du 17 octobre 2015 et le suivi médical dont il a bénéficié lors de ses incarcérations au sein des maisons d'arrêts de Grasse et de Draguignan ;
2°) son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
M. A soutient que :
- polytraumatisé lors de l'accident de la circulation précité, il a été pris en charge en réanimation le 23 novembre 2015 au CHU de Nice puis transféré dans le service de traumatologie jusqu'au 24 novembre 2015 ;
-le compte-rendu d'hospitalisation fait état d'une intervention réalisée le 22 octobre 2015 avec une prescription de soins ;
-écroué à la maison d'arrêt de Grasse le 5 décembre 2015 pour tentative d'assassinat, il a été relaxé le 14 décembre 2020 puis indemnisé pour détention provisoire injustifiée ;
- les soins prescrits par l'équipe médicale n'ont pas été poursuivis en raison de sa détention et il en a conservé des séquelles ;
- le 6 août 2020 il a été victime de la violence d'un co-détenu lors de sa détention ;
-le médecin de service de la maison d'arrêt de Grasse certifiait le 17 août 2020 que les soins adaptés à son état de santé n'ont jamais été réalisés ;
-il a été expertisé par le docteur C dans le cadre du litige de violences l'opposant à un co-détenu suivant ordonnance du juge des référés du 16 décembre 2021 ;
- le TA de Nice est compétent pour ordonner la présente expertise sollicitée en raison de la négligence des soins qui auraient dû lui être apportés ;
- sa prise en charge au CHU de Nice n'a pas porté sur les lésions au visage consécutives à son accident de circulation, l'expertise sollicitée devant déterminer si cette prise en charge a été conforme aux règles de l'art ;
- la mise en cause de l'administration pénitentiaire s'impose, aucun élément n'est fourni sur sa prise en charge médicale au sein de la maison d'arrêt de Grasse en décembre 2015 permettant d'apprécier ses diligences en matière de coordination avec le service public hospitalier ;
-l'unité sanitaire en milieu pénitentiaire de la maison d'arrêt de Grasse, rattachée au CH de Grasse justifie la mise en cause de cet établissement hospitalier.
Par un mémoire enregistré le 22 juillet 2022, la CPAM du Var n'entend pas intervenir dans la présente instance et informe le juge des référés qu'elle n'est pas en mesure de présenter une créance relative à l'accident médical survenu à M. B A le 17 octobre 2015.
Par un mémoire, enregistré le 28 juillet 2022, le Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Nice représenté par Me Sophie Chas, s'oppose à titre principal à la demande d'expertise sollicitée pour défaut d'utilité, en l'absence de grief formulé à son encontre pour la prise en charge hospitalière de M. A. A titre subsidiaire, il formule ses plus expresses réserves de responsabilité et demande de compléter la mission qui sera confiée à l'expert désigné.
Par un mémoire enregistré le 12 septembre 2022, le garde des sceaux, Ministre de la Justice s'oppose à la demande d'expertise sollicitée, il demande au juge des référés d'ordonner :
-la mise hors de cause de l'administration pénitentiaire en ce qui concerne le suivi médical de M. A ;
-les éléments matériels sur l'accès aux soins en détention et les divers préjudices en résultant figurent sur le rapport d'expertise du 14 avril 2022 établi par le docteur C à la demande du juge judiciaire, ainsi la présente demande d'expertise doit être rejetée comme étant dépourvue d'utilité ;
- les diligences et les prises en charges médicales de M. A au sein des maisons d'arrêt de Grasse et de Draguignan ont été respectées, l'intéressé ayant refusé d'être pris en charge par les services médicaux à plusieurs reprises et ayant multiplié les incidents disciplinaires pouvant se blesser par lui-même.
Par un mémoire enregistré le 13 mars 2023, le centre hospitalier de Grasse représenté par Me Sophie Chas, sous ses plus expresses protestations réserves de responsabilité, ne s'oppose pas à l'expertise sollicitée à son contradictoire et demande de compléter la mission de l'expert qui sera désigné.
Vu la décision du bureau d'aide juridictionnelle du 6 octobre 2022 accordant l'aide juridictionnelle totale à M. B A pour la présente instance et désignant Me Lendom pour le représenter.
Vu l'ensemble des pièces du dossier ;
Vu :
- le code de justice administrative ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée, relative à l'aide juridique.
Vu la décision en date du 20 septembre 2022 par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Soli, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
1 . Aux termes des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : "Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Il appartient, en vertu de ces dispositions, au juge des référés saisi d'une demande d'expertise de rechercher dans quelle mesure cette expertise peut être utile à la solution d'un éventuel litige, en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir. Il ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste de lien de causalité entre le préjudice à évaluer et la faute alléguée de cette personne.
Sur la demande d'expertise dirigée contre le CHU de Nice :
2 . Si M. A s'interroge sur la conformité de sa prise en charge médicale par le CHU de Nice pour les blessures faciales consécutives à son accident de la circulation du 17 octobre 2015, il ne justifie pas que les séquelles dont il serait affecté seraient imputables à un défaut de prise en charge ou un manquement de cet établissement hospitalier. Il ne produit ni même allègue avoir sollicité auprès du CHU de Nice l'entier dossier médical correspondant à sa prise en charge dès le 17 octobre 2015, mais seul est produit un compte-rendu du service de traumatologie où il a été hospitalisé du 23 au 24 novembre 2015, soit plus d'un mois après l'accident précité. Ce document indique le suivi ultérieur qui lui a été apporté et précise qu'il sera revu le 2 décembre 2015 au CHU de Nice en consultation. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. A a signé une décharge pour sortir de l'hôpital dans le cadre du grave accident de la circulation qu'il a subi dans la nuit du 16 au 17 octobre 2015 alors qu'il circulait sans permis dans un véhicule volé.
3. En l'absence de production de l'entier dossier médical hospitalier de M. A et du compte-rendu de la consultation devant se dérouler le 2 décembre 2015, aucun doute sur un éventuel manquement ou négligence dans sa prise en charge hospitalière par le CHU de Nice ne ressort des pièces du dossier. Un expert ne saurait se substituer au requérant pour obtenir la production son dossier médical qu'il appartient à l'intéressé de solliciter directement auprès de l'établissement hospitalier concerné. Par suite, la mission d'expertise dirigée contre le CHU de Nice ne présente pas, en l'état des pièces du dossier, la condition d'utilité requise par les dispositions précitées et doit être rejetée.
Sur la demande d'expertise dirigée contre l'administration pénitentiaire :
3. M. A allègue que la maison d'arrêt de Grasse où il a été incarcéré à plusieurs reprises les 5 décembre 2015, 25 avril 2017, 9 juillet 2018, 30 octobre 2019 et 24 juin 2020, n'aurait pas permis de poursuivre les soins adaptés à son état de santé, notamment en décembre 2015 après son accident de la circulation, en facilitant la coordination avec le service public hospitalier concerné. Le médecin de service l'ayant examiné le 17 août 2020 à la maison d'arrêt de Grasse ayant notamment relevé : accident de la voie publique en 2015 : multiples fractures de la face avec déformation visible et indication chirurgicale à distance qui n'a jamais réalisée.
4. Il ressort toutefois des dires de cet établissement carcéral sans être démenti par le requérant que ce dernier a refusé d'être pris en charge à plusieurs reprises par les services médicaux. Le ministre de la justice produit deux tableaux récapitulatifs de la vie administrative de M. A à la maison d'arrêt de Grasse marquée par de nombreux comportements agressifs et des incidents disciplinaires du 11 au 21 juillet 2020 puis du 30 septembre au 3 octobre 2020 avec prise de médicaments justifiant une prise en charge hospitalière. Dès lors en l'absence de précision sur la négligence alléguée de la maison d'arrêt de Grasse, l'expertise sollicitée dans la perspective d'engager la responsabilité de cet établissement ne présente pas la condition d'utilité requise et doit être rejetée.
5. Il ressort du rapport rendu par la maison d'arrêt de Draguignan où le requérant a été incarcéré le 30 octobre 2020 :
-qu'il a été extrait quatre fois sur le CH de Draguignan : le 9 décembre 2020 pour un scanner, le 24 février 2021 le 18 mai 2021 pour un scanner et le 9 octobre 2021 pour une suspicion de traumatisme crânien ;
-qu'il a été convoqué par l'unité médicale trois fois, par un infirmier diplômé d'Etat les 16 novembre 2020, 7 janvier 2021, 22, 23,25 février 2021, 24 mars 2021, 28 avril 202, 4 mai 2021, du 30 mars 2022 au 4 avril 2022, refus le 7 avril 2022, du 8 avril 2022 au 12 avril 2022, du 23 avril 2022 au 16 mai 2022 ;
-rdv ORL le 17 novembre 2020 ;
- quinze rdv dentiste entre décembre 2020 et juillet 2022 ;
-rdv spécialiste le 28 janvier 2021, refus le 10 février 2021, le 17 février 2021 et le 26 avril 2021.
Il en résulte que le requérant a bénéficié de nombreuses prises en charges médicales relevées également dans le rapport d'expertise médicale du 14 avril 2022 ordonnée par le juge judiciaire dans le cadre des violences qu'il a subies de la part d'un autre codétenu le 6 août 2020. Il s'ensuit que le requérant qui a par ailleurs fait l'objet de dix sanctions disciplinaires à la maison d'arrêt de Draguignan, ne saurait invoquer un défaut de coordination et de prise en charge de cet établissement carcéral, justifiant que soit ordonnée une expertise judiciaire à son encontre.
Sur la demande d'expertise dirigée contre le CH de Grasse :
5. Il ressort de l'historique des mouvements externes de la maison d'arrêt de Grasse que le requérant a été pris en charge à plusieurs reprises au centre hospitalier de Grasse le 12 juillet 2020, les 9 août 2020 dans le cadre des violences qu'il a subies le 6 août 2020, le 23 septembre 2020 et le 5 octobre 2020. Toutefois le requérant n'apporte au dossier aucun élément pouvant suspecter un défaut de prise en charge, un manquement ou une prise en charge non conforme aux règles de l'art.
Par ailleurs, alors que l'expertise visée au point 5, fait état d'une chirurgie réparatrice du nez subie le 24 février 2021 (septoplastie et turbinoplastie) pour réparation des lésions en date du 17 octobre 2015 et d'un traumatisme crânien bénin du 11 octobre 2021, le requérant ne produit aucun compte-rendu médical ni précision sur ces faits pouvant avoir une incidence sur l'expertise qu'il demande.
Sur l'utilité de la mesure d'expertise sollicitée :
6. Il résulte de tout ce qui précède que, en l'état des pièces produites au dossier, la demande d'expertise sollicitée par M. A ne présente pas le caractère d'utilité prescrit par les dispositions de l'article R. 532-1 du CJA précité et doit être rejetée, étant précisé qu'il appartient au juge du fond éventuellement saisi, d'ordonner toute expertise avant-dire-droit sur les points qu'il estimerait utiles de préciser.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
7. Le requérant bénéficiant de l'aide juridictionnelle totale, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande tendant à l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er - Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. B A.
Article 2 - Le surplus des conclusions de M. B A est rejeté.
Article 3 La présente décision sera notifiée à M. B A, au garde des sceaux, ministre de la justice, à la CPAM du Var, à la CPAM des Alpes-Maritimes, au CHU de Grasse et au CHU de Nice.
Copies en seront adressées aux maisons d'arrêt de Grasse et de Draguignan.
Fait à Nice, le 23 mars 2023.
signé
Patrick SOLI
La République mande et ordonne au Ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
2203409
mgf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026