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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2203452

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2203452

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2203452
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantCABINET CHAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juin 2022 sous le n° 2203452 et une requête rectificative enregistrée le 5 août 2022, M. B C, représenté par Me Alexa Pecciarini, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R.532-1 du code de justice administrative, d'ordonner :

- la désignation d'un expert ergothérapeute ou tout autre expert assisté d'un ergothérapeute afin de donner son avis sur sa prise en charge à compter du 5 août 2017 au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Nice ayant permis sa fugue des urgences ayant conduit à la défenestration dont il a été victime le 7 août 2017 ainsi que de déterminer l'étendue de ses préjudices résultant des manquements relevés ;

- une dispense de consignation étant bénéficiaire de l'aide juridictionnelle totale ;

- le dépôt d'un pré-rapport à soumettre aux parties avant le dépôt d'un rapport définitif.

M. C soutient que :

- lors d'un voyage aux Pays-Bas avec des amis au mois d'août 2017, il a ingéré du cannabis ;

- le lendemain de son retour, le 5 août 2017, ses parents se sont rendu compte que son état

était préoccupant l'ont conduit aux urgences du Centre Hospitalier Princesse A à Monaco

qui a préconisé une prise en charge psychiatrique avec hospitalisation au CAP (Centre d'accueil psychiatrique) de NICE en raison d'un manque de place ;

- il a été transféré aux urgences du CHU de Nice le 5 août 2017 pour observation sans être dirigé vers le CAP et sera remis à ses parents le lendemain ;

- il est très rapidement repris d'agitation et de propos délirants, agressifs et autoagressifs contraignant ses parents d'appeler les secours en fin d'après-midi ;

- les pompiers le transfèrent sanglé dimanche 6 août 2017 au CHU de Nice où il restera sous contention jusqu'au 7 août 2017 à 14h, sans être admis au CAP puis lors de la levée de contention sans surveillance, il va soudainement quitter l'hôpital et se rendre chez un ami où il défenestrera du 5ème étage ;

- il demeurera près d'un mois dans le coma en raison de la gravité des blessures, le crâne et plusieurs organes vitaux étant lourdement atteints portant son hospitalisation à près de sept mois ;

- des séquelles importantes, notamment aux plans neurologique, rhumatologique, orthopédique

et psychologique impactent sa vie ;

- il a dû abandonner son métier choisi d'électricien et intégrer un institut de formation adaptée où il termine son parcours de réadaptation et de reconversion entamé en 2018 ;

- sont à deplorer un défaut d'organisation du service n'a pas permis son admission dans le service

fermé du CAP des urgences, faute de place disponible, un manquement à l'obligation de surveillance lui permettant de quitter les urgences sans être remarqué et un manquement à l'obligation d'information et d'alerte ;

- au regard des carences manifestes dans sa prise en charge hospitalière permettant sa fugue et sa défenestration, il apparaît bien fondé à solliciter une mesure d'expertise médicale avant d'engager une action au fond en responsabilité et son préalable amiable obligatoire ;

- l'expert devra determiner s'il y a eu une ou plusieurs fautes de commises dans cette prise en charge, un mauvais fonctionnement ou une mauvaise organisation du service, une administration défectueuse des soins ou une mauvaise exécution de ces soins, ainsi qu'établir la réalité, l'étendue et la réparation adéquate du préjudice imputable qui lui a été causé ;

- l'expert désigné devra répondre aux chefs de mission "VIEUX" spécifiques à la plus juste indemnisation des traumatisés crâniens figurant sur la mission qui lui sera confiée.

Par un mémoire, enregistré le 26 juillet 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Var qui intervient pour la CPAM des Alpes-Maritimes, représentée par Me Céline Vergeloni, indique que sa créance provisoire dans la présente instance s'élève à 7 814, 97 € au 22 juillet 2022 et qu'elle réserve ses droits dans l'attente du rapport d'expertise à intervenir.

Par un mémoire enregistré le 5 août 2022, le CHU de Nice représenté par Me Sophie Chas, sous ses plus expresses protestations et réserves de responsabilité ne s'oppose pas à l'expertise sollicitée dont la mission assignée à l'expert devra préciser :

- si un éventuel manquement peut lui être reproché et les préjudices et débours qui en découleraient à l'exclusion de toute conséquence prévisible de la pathologie initiale, de tout état antérieur, de toute prise en charge par d'autres professionnels de santé et de toute cause étrangère ;

- qu'un relevé détaillé des débours engagés devra être remis à l'expert par l'organisme social.

Le CHU de Nice fait valoir qu'il conviendra dans un premier temps de ne désigner qu'un expert médecin lequel pourra s'il l'estime nécessaire se faire assister par un ou plusieurs sapiteurs.

Par la décision du bureau d'aide juridictionnelle, en date du 4 novembre 2021, rectifiée le 20 décembre 2011, M. B C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

Vu :

-le code de justice administrative ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée, relative à l'aide juridique.

Vu la décision en date du 20 septembre 2022 par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Soli, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la mesure d'expertise sollicitée :

1 . Aux termes des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : "Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2 . M. B C demande au juge des référés de prescrire une expertise médicale relative à sa prise en charge à compter du 5 août 2017 au CHU de Nice, les divers manquements de cet établissement hospitalier ayant permis sa fugue des urgences ayant conduit à la défenestration dont il a été victime le 7 août 2017. L'expert devant notamment déterminer l'étendue de ses préjudices résultant des manquements relevés. Les faits exposés peuvent donner lieu à un litige susceptible de relever de la compétence de la juridiction administrative. L'expertise demandée entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et revêt un caractère utile, il convient, dès lors, de faire droit à cette demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 2 de la présente ordonnance au contradictoire du CHU de Nice et des CPAM des Alpes-Maritimes et du Var.

Sur le dépôt d'un pré-rapport d'expertise :

3 . Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit, ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et de le soumettre préalablement aux parties. S'agissant d'une modalité opérationnelle de l'expertise, il appartient à l'expert désigné d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions du requérant tendant à ce que le juge des référés ordonne la production d'un pré-rapport et sa communication préalable aux parties, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la consignation d'une somme au greffe :

4. Aucune disposition du code de justice administrative ne prévoit la consignation au greffe d'une provision à titre d'avance sur les frais et honoraires d'expertise. Ainsi, les conclusions du requérant visant à se prononcer sur une telle consignation doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er - Il est ordonné une expertise contradictoire en présence de M. B C, de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, de la caisse primaire d'assurance maladie du Var et du CHU de Nice.

Article 2 - L'expert aura pour mission :

1') de solliciter la communication de tous documents médicaux et para-médicaux nécessaires à l'accomplissement de sa mission ; de prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical original du requérant que le CHU de Nice lui communiquera sans délai ; il pourra entendre toute personne du service hospitalier lui ayant donné des soins et préciser, le cas échéant, les soins et actes médicaux et chirurgicaux dont il aurait fait l'objet dans d'autres établissements ;

2') d'examiner M. C, de décrire les lésions, blessures, soins, interventions et traitements réalisés à la suite de sa prise en charge hospitalière à compter du 5 août 2017 ;

3') de décrire les conditions dans lesquelles le requérant a été pris en charge au CHU de Nice ;

4') de réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales (prévention, diagnostic, choix de la thérapie ..) ou de soins ou des fautes dans l'organisation ou le fonctionnement des services ont été commises lors de ses prises en charges, de ses hospitalisations, de rechercher si la fugue du requérant du service hospitalier résulte d'un manquement des services compte tenu de ses antécédents et de son état antérieur ; dans ce cas , préciser en quoi ce derniers ne seraient pas la cause directe des préjudices subis mais auraient fait perdre au requérant des chances de les éviter et évaluer l'importance de cette perte de chance, en pourcentage ; de déterminer le lien de causalité entre les préjudices subis par le requérant et la prise en charge litigieuse ;

4') de déterminer le lien de causalité entre les préjudices subis par le requérant, et sa prise en charge hospitalière ;

5°) d'évaluer, le cas échéant :

- l'étendue des préjudices qui en ont résulté à l'exclusion de ceux qui ne seraient que la conséquence normale de l'état pathologique de la victime, antérieur aux interventions du service hospitalier :

· durée du Déficit Temporaire Total ou Partiel,

· date de consolidation de son état de santé,

· pourcentage du Déficit Permanent Partiel,

· troubles dans les conditions d'existence indépendamment ou non de leurs conséquences pécuniaires (préjudice dans ses études)

. les importances respectives des souffrances physiques endurées, du préjudice d'agrément, des éventuels préjudices esthétique, sexuel et perte de chance sérieuse de guérison de la pathologie dont il était atteint lors de son admission au centre hospitalier ;

- si le centre hospitalier ne devait pas apporter d'autres prescriptions à la victime ou préconisations à sa famille pour éviter sa fugue ayant favorisé son passage à l'acte persistance des séquelles qu'il présente ;

6°) de préciser, si besoin est les frais futurs, médicaux ou d'aménagement et si l'état de la victime est susceptible de modification en aggravation ou amélioration : dans l'affirmative, de donner au tribunal toutes précisions utiles sur cette évaluation, son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen lui apparaîtrait nécessaire, indiquer le délai dans lequel devra y être procédé ;

7°) de dire si malgré son déficit permanent, la victime est au plan médical, physiquement et intellectuellement apte à reprendre dans les conditions antérieures ou autres, les activités qu'elle exerçait avant les interventions ou prises en charges sus-indiquées ; donner tous renseignements sur la nécessité de l'aide d'une tierce personne et, dans ce cas, en définir les conditions ;

8°) de déterminer les débours et frais médicaux en relation directe avec cette éventuelle faute médicale en les distinguant de ceux imputables à l'état initial et de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des questions précédemment définies, permettant à la juridiction de se prononcer sur les responsabilités et l'étendue des préjudices subis dans le cadre d'un éventuel recours en responsabilité ;

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif. Il est enjoint aux parties, tant demanderesse que défenderesse, dans le délai de huit jours à compter de la demande qui leur en sera adressée par lettre recommandée avec accusé de réception par l'expert, d'avoir à fournir toutes les pièces qu'elles pourraient détenir et dont la production s'avérerait nécessaire à l'accomplissement de la mission ici définie ;

L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un ou plusieurs sapiteurs pour l'éclairer sur un point particulier sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif conformément aux prescriptions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative ;

Si, le cas échéant avec l'accord des parties, l'expert prend l'initiative d'une médiation, il devra en aviser le président du tribunal et préserver dans son rapport d'expertise, sa confidentialité.

Article 3 - Est désigné en qualité d'expert :

M. le docteur E D exerçant à Marseille (13014) au 161, chemin des Gibbes.

Article 4 - L'expert, après avoir prêté serment par écrit, accomplira sa mission conformément aux dispositions des articles R. 621-7 et suivants du code de justice administrative.

Il déposera son rapport :

* soit en deux exemplaires, dont un original, au greffe du tribunal administratif

* soit sur la plateforme d'échange du Conseil d'Etat (https://echange.conseil-etat.fr)

dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de son état de vacations, frais et honoraires, et en adressera simultanément un exemplaire à chacune des parties en cause, qui peut s'opérer sous forme électronique, avec leur accord.

Article 5 - Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 - La présente décision sera notifiée M. B C, à la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, à la caisse primaire d'assurance maladie du Var, au CHU de Nice et à M. le docteur D, expert.

Fait à Nice, le 9 mars 2023.

signé

Patrick SOLI

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

2203452mgf

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