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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2203459

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2203459

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2203459
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantCABINET OLOUMI - HMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Oloumi, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui désigner un hébergement d'urgence, sans délai à compter de la notification de l'ordonnance ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

) Sur l'urgence :

La situation d'urgence est démontrée par le fait qu'il se trouve en situation d'extrême précarité et de vulnérabilité et sans logement alors même qu'il est atteint de diverses pathologies handicapantes.

) Sur l'atteinte manifestement grave et illégale à une liberté fondamentale :

L'absence de proposition de logement porte nécessairement atteinte à une liberté fondamentale au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, à savoir à la liberté fondamentale que constitue le droit à l'hébergement.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le défaut de bénéfice d'un hébergement d'urgence est directement imputable au requérant en raison de son comportement inapproprié au sein de l'hébergement d'urgence précédant dans lequel il résidait jusqu'au 1er juin 2022 ;

- le requérant dont la demande d'asile a fait l'objet d'un rejet, en dernier lieu, par la Cour nationale du droit d'asile le 14 décembre 2022 et qui n'a pas formulé de demande de titre de séjour est en situation irrégulière sur le territoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Tukov, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 juillet 2022 à 14 h 00 en présence de M. Longequeue, greffier d'audience :

- le rapport de M. Tukov, juge des référés,

- les observations de Me Hanan Hmad, représentant le requérant, qui reprend les mêmes moyens que ceux invoqués dans sa requête et rappelle que M. B est atteint de multiples pathologies et que les problèmes de comportement invoqués par le préfet ne sont étayés par aucune pièce versée aux débats.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité ukrainienne, né le 25 septembre 1957, entré en France le 9 juillet 2018, a été débouté du droit d'asile en dernier lieu par décision rendue par la Cour Nationale du Droit d'Asile le 14 décembre 2020. Atteint de troubles de la vue, d'une pathologie cardiaque et d'une pathologie rhumatoïde, il bénéficiait d'un hébergement d'urgence du 8 octobre 2019 au 1er juin 2022. Depuis lors, M. B, se retrouve sans logement. Il demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui trouver un hébergement d'urgence sans délai.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

5. Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

6. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des articles L. 345-2, L. 345-2-2, L. 345-2-3 et L. 121-7 du code de l'action sociale et des familles, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

7. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. B se retrouve sans logement, dans une situation précaire, alors qu'il établit être atteint de différentes pathologies handicapantes et que ses demandes de renouvellement d'hébergement n'ont pas abouti. Dans ces conditions, M. B justifie de l'existence d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait eu un comportement causant des troubles à l'entourage à l'occasion de son dernier hébergement au sein de l'hôtel Madeleine, ainsi que le fait valoir le préfet qui ne fournit aucun élément de nature à établir la réalité de ses allégations, l'absence de prise en charge de l'hébergement de M. B porte une atteinte grave et illégale à son droit à un hébergement d'urgence qui ne dépend, en tout état de cause, pas de la régularité de sa situation au regard du séjour mais de sa seule présence sur le territoire français en application des articles précités du code de l'action sociale et des familles, eu égard à la situation de particulière vulnérabilité qu'il établit.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes d'attribuer un hébergement d'urgence à M. B dans les 48 heures suivant la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. M. B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Son avocat peut dès lors se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 (huit cents) euros au bénéfice de Me Oloumi, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes d'attribuer un hébergement d'urgence à M. B, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 800 (huit cents) euros à Me Oloumi au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et à Me Oloumi.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Fait à Nice, le 19 juillet 2022.

Le juge des référés

signé

C. TUKOV

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière

N°2203459

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