samedi 23 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2203570 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET OLOUMI - HMAD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Oloumi, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes d'enregistrer sa demande de protection temporaire dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) d'enjoindre à l'Etat de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
4°) de mettre à la charge du préfet des Alpes-Maritimes le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Oloumi en application des dispositions combinées des articles L.761-1 du Code de justice administrative et 37 de la loi 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme allouée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est caractérisée, dès lors que la décision de rejet du préfet des Alpes-Maritimes l'empêche de prouver la régularité de son séjour en France en cas de contrôle policier, de travailler, de percevoir l'allocation pour demandeurs d'asile et de prétendre à un hébergement en qualité de protégé international ;
- le préfet des Alpes-Maritimes porte une atteinte manifestement illégale à son droit d'asile dès lors qu'elle entre dans le champ d'application de la protection temporaire prévue par la décision d'exécution (UE) 2022/382 du 4 mars 2022 en application de l'article 5 de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 juillet 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que l'intéressée était présente en France de mai 2019 jusqu'en février 2022 et donc qu'elle ne remplit pas les critères de la protection temporaire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 relative à des normes minimales pour l'octroi d'une protection temporaire en cas d'afflux massif de personnes déplacées et à des mesures tendant à assurer un équilibre entre les efforts consentis par les Etats membres pour accueillir ces personnes et supporter les conséquences de cet accueil ;
- la décision UE 2022/382 du Conseil de l'Union Européenne en date du 4 mars 2022 constatant l'existence d'un afflux massif de personnes déplacées en provenance d'Ukraine au sens de l'article 5 de la directive 2001/55/CE et ayant pour effet d'introduire une protection temporaire ;
- l'instruction interministérielle NOR/ INTV2208085J en date du 10 mars 2022 relative à la mise en œuvre de la décision du Conseil de l'Union Européenne du 4 mars 2022 prise en application de l'article 5 de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Faucher, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 juillet 2022 à 9 heures :
- le rapport de Mme Faucher, juge des référés ;
- les observations de Me Oloumi, représentant de Mme A B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante ukrainienne, née le 17 octobre 1965, a sollicité la protection temporaire le 29 juin 2022. Toutefois, les services de la préfecture des Alpes-Maritimes ont refusé d'enregistrer son dossier au motif qu'elle ne prouvait pas être présente en Ukraine avant le 24 février 2022. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes d'enregistrer sa demande de protection temporaire et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :
" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
4. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'urgence :
5. Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
6. Pour justifier d'une situation d'urgence Mme B soutient que le refus du préfet des Alpes-Maritimes l'empêche de prouver la régularité de son séjour en France en cas de contrôle policier, de travailler, de percevoir l'allocation pour demandeurs d'asile et de prétendre à un hébergement en qualité de protégé international. Dans ces conditions, la mesure contestée est ainsi de nature à entrainer pour la requérante des conséquences graves caractérisant une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
Sur l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
7. L'article 2 de la décision du Conseil de l'Union Européenne susvisée en date du 4 mars 2022 dispose que " La présente décision s'applique aux catégories suivantes de personnes déplacées d'Ukraine le 24 février 2022 ou après cette date, à la suite de l'invasion militaire par les forces armées russes qui a commencé à cette date : a) les ressortissants ukrainiens résidant en Ukraine avant le 24 février 2022 () ". Pour l'application de cet article l'instruction interministérielle susvisée en date du 10 mars 2022 indique que sont considérés comme ressortissants ukrainiens résidant en Ukraine avant le 24 février 2022 : " les ressortissants ukrainiens déplacés d'Ukraine à partir du 24 février 2022 / les ressortissants ukrainiens présents à cette date sur le territoire d'un Etat membre de l'Union Européenne ou d'un Etat associé sous couvert d'une dispense de visa ou d'un visa Schengen et établissant que leur résidence permanente à cette date se trouvait en Ukraine ".
8. Le préfet soutient que la requérante était présente en France en mai 2019, qu'elle a présenté une demande d'asile devant l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 3 juin 2019, qui a été rejetée par une décision du 5 mai 2020 et que son recours devant la cour nationale du droit d'asile (CNDA) a été rejeté par une décision du 12 juillet 2021. Le préfet soutient ensuite avoir pris à l'encontre de la requérante une obligation de quitter le territoire par arrêté du 5 janvier 2022 et en conclut que l'intéressée était présente en France de mai 2019 à février 2022. Si la chronologie de ces faits n'est pas contestée par l'avocat de la requérante, Me Oloumi, lors des observations orales qu'il a présentées à l'audience, ajoute que Mme B a regagné l'Ukraine en août 2021 après le rejet de son recours par la CNDA et que ce n'est qu'après le début de conflit entre l'Ukraine et la Russie qu'elle est revenue en France. Il ressort en effet des pièces du dossier, notamment du passeport biométrique de la requérante, que Mme B est entrée le 12 mai 2022 en voiture par la Roumanie. En outre, elle établit sa résidence en Ukraine à compter de septembre 2021, par la production, en langue française traduit de l'ukrainien, d'un certificat de travail du département de l'éducation, de la culture et des sports, de la jeunesse, du travail et de la protection sociale de la population, attestant qu'elle a travaillé en tant qu'enseignante dans l'école de Zboriv pour la période allant de septembre 2021 à février 2022.
9. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que Mme B est donc une ressortissante ukrainienne résidant en Ukraine avant le 24 février 2022 au sens des dispositions précitées de l'article 2 de la décision du Conseil de l'Union Européenne du 4 mars 2022. Dans ces conditions, en refusant d'enregistrer sa demande de protection temporaire, le préfet des Alpes-Maritimes a porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit d'asile qui constitue une liberté fondamentale au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes d'enregistrer sa demande de protection temporaire en sa qualité de ressortissante ukrainienne résidant en Ukraine avant le 24 février 2022 et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
10. Mme B ayant été admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Oloumi d'une somme de 600 euros, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes d'enregistrer la demande de protection temporaire de Mme B en sa qualité de ressortissante ukrainienne résidant en Ukraine avant le 24 février 2022 et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Me Oloumi la somme de 600 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Oloumi et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.
Fait à Nice, le 23 juillet 2022.
La juge des référés,
Signé
S. Faucher
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026