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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2203593

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2203593

samedi 23 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2203593
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantCABINET OLOUMI - HMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Oloumi, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un récépissé du renouvellement de sa demande de titre de séjour, assorti d'une autorisation de travail, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet, dans le cas où celui-ci procéderait à l'envoi dudit récépissé en cours d'instance, de produire la copie du récépissé dans l'attente de sa réception par voie postale ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'application combinée des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence particulière est remplie compte tenu des conséquences de l'absence de récépissé sur sa situation ;

- la condition tenant à l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale est remplie dès lors qu'il est porté atteinte notamment, en l'espèce, à sa liberté d'aller et venir, à sa liberté de circulation et à sa liberté de travail.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juillet 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que ses services n'ont jamais été saisis d'une demande concernant la situation de Mme B et que l'adresse électronique utilisée par les conseils de la requérante n'est plus active depuis plus d'une année. Les services de la préfecture invitent la requérante à adresser sa demande de titre de séjour par courrier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Faucher, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 juillet 2022 à 14h :

- le rapport de Mme faucher, juge des référés,

- les observations de Me Della Monaca, substituant Me Oloumi, représentant de Mme B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, de nationalité iranienne née le 15 septembre 1997, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un récépissé de renouvellement de sa demande de titre de séjour, assorti d'une autorisation de travail, sous astreinte.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En application des dispositions précitées, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

5. Lorsqu'un requérant fonde son action sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement et tenir compte notamment du fait que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans une situation qui ne lui permette pas de l'invoquer utilement. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.

6. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande () ".

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B bénéficiait d'un titre de séjour étudiant renouvelé une première fois le 1er janvier 2021 et valable jusqu'au 31 décembre 2021. Le 5 novembre 2021, avant l'expiration de son titre de séjour, elle a déposé en ligne une demande de renouvellement de son titre de séjour " étudiant " qui n'a pu aboutir en raison d'un dysfonctionnement du site. Par un email du même jour, le support technique de la direction générale des étrangers en France lui a précisé que son statut sur le site n'était pas " clôturé " ou " aboutie ". Le 2 décembre 2022, elle a essayé de nouveau de procéder au renouvellement en ligne de son titre de séjour mais elle a été confrontée au même problème technique et a reçu le même mail de l'administration. Les 2 février 2022 et 18 février 2022 ses nouvelles tentatives sont encore restées vaines. Le 6 mai 2022, son avocat a adressé un mail à la préfecture des Alpes-Maritimes faisant état de ses difficultés persistantes à déposer sa demande de renouvellement de sa carte de séjour " étudiant ". Mme B établit donc avoir effectué plusieurs relances par mails à l'administration auxquelles aucune réponse n'a été apportée. En l'absence de réponse effective de l'administration, Mme B est, à la date de la requête et de la présente ordonnance, dépourvue de tout document l'autorisant à séjourner en France, à circuler et à travailler.

8. Le préfet des Alpes-Maritimes soutient en défense que ses services n'ont jamais été saisis d'une demande concernant la situation de Mme B et que l'adresse électronique utilisée par le conseil de la requérante n'est plus active depuis plus d'une année. Cependant, Me Della Monaca fait valoir dans ses observations orales présentées lors de l'audience n'avoir reçu aucun courriel de réponse automatique mentionnant que l'adresse internet de la préfecture n'était plus active, ni message d'erreur lors de son envoi. En outre, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté en défense que par un mail en date du 5 juin 2022, Mme B a reçu un message l'informant que sa demande de titre de séjour a bien été enregistrée et qu'elle va recevoir un accusé de réception. Au regard de ces circonstances, Mme B justifie d'une situation d'urgence au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

9. D'autre part, Mme B soutient avoir effectué sa demande de renouvellement de titre de séjour en temps utile et l'absence de délivrance de récépissé l'empêche de circuler librement et de réaliser son stage auprès de l'université de Monaco qui doit commencer le 25 juillet 2022, le récépissé ou le titre de séjour étant les documents exigés par l'université pour pouvoir effectuer ce stage. Il s'ensuit que la carence du préfet des Alpes-Maritimes, dans la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour, porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de l'intéressée d'aller et venir, ainsi qu'à sa liberté de travail, qui constituent des libertés fondamentales au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, avec autorisation de travail, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette mesure d'injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Mme B ayant été admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Oloumi d'une somme de 600 euros, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à Mme B un récépissé de demande de titre de séjour, valant autorisation de travail, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Oloumi renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Oloumi une somme de 600 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante, la somme de 600 euros sera versée à Mme B.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B, à Me Oloumi et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Fait à Nice, le 23 juillet 2022.

La juge des référés

signé

S. Faucher

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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