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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2203780

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2203780

jeudi 11 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2203780
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSOUBIE-NINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2022, le préfet des Alpes-Maritimes demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. B C et Mme A E et de tous occupants de leur chef du logement qu'ils occupent situé au 177 route de Saint-Pierre à Breil-sur-Roya (06 540), relevant du centre d'accueil pour demandeurs d'asile géré par la fondation de Nice PSP ACTES, avec le concours de la force publique ;

2°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du lieu d'hébergement pour procéder à l'enlèvement des biens meubles s'y trouvant aux frais et risques des intéressés.

Il soutient que :

- M. C et Mme E se sont maintenus avec leurs deux enfants nés en 2019 et 2021, dans le lieu d'hébergement à l'issue du délai qui leur était accordé, malgré la mise en demeure de quitter les lieux dont ils ont fait l'objet ;

- Les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure demandée sont remplies dès lors que le maintien des intéressés dans les lieux compromet le fonctionnement normal de l'organisme chargé de l'hébergement pour demandeurs d'asile.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 et 11 août 2022, M. C et Mme E, représentés par Me Soubie-Ninet, demandent leur admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle et concluent au rejet de la requête, à ce qu'ils soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de leur faire une proposition de relogement pérenne au sein d'un centre d'hébergement et de réinsertion sociale à Breil-sur-Roya ou aux alentours et à ce qu'une somme de 1 800 euros, à verser à leur avocate, soit mise à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat.

Ils font valoir que :

- aucune pièce justificative n'est produite par le préfet des Alpes-Maritimes pour prouver la situation d'urgence ;

- ils sont tous les deux autorisés à séjourner sur le territoire français ; malgré cela, aucune proposition de relogement ne leur a été proposée conformément aux dispositions de l'article R. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Mme E s'est vue reconnaître la qualité de victime de traite des êtres humains après avoir déposé plainte à Nice où elle serait exposée à des risques de représailles accrus ; le préfet des Alpes-Maritimes aurait dû lui proposer une solution de logement pérenne ;

- procéder à l'expulsion de leur logement méconnaîtrait le droit à la dignité humaine garanti par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cela méconnaîtrait également le droit au respect de leur vie privée, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cela méconnaîtrait l'intérêt supérieur de leurs enfants, dont l'aîné est scolarisé à Breil-sur-Roya.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Kolf, conseillère, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus à l'audience publique du 11 août 2022 à 14h00 :

- le rapport de Mme Kolf, juge des référés ;

- les observations de Mme D, représentant le préfet des Alpes-Maritimes qui conclut aux mêmes fins que sa requête ;

- les observations de Me Petit, substituant Me Soubie-Ninet, pour les défendeurs, qui fait valoir les mêmes éléments que dans les mémoires en défense et insiste sur la situation de vulnérabilité des intéressés, à mettre en balance avec la situation d'urgence dont se prévaut le préfet.

Les parties ont été informées à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'ordonnance était susceptible d'être fondée sur un moyen d'ordre public relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'injonction, qui ne sont pas l'accessoire de conclusions principales.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet des Alpes-Maritimes demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. C et de Mme E, du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent avec leurs deux enfants, situé au 177 route de Saint-Pierre à Breil-sur-Roya.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique: " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce et compte tenu de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C et Mme E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative: " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 552-1 du même code : " Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile: 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L. 322-1 du même code ". Aux termes de l'article L. 552-14 du même code : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. () / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

6. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

7. Il résulte de l'instruction que M. C, ressortissant malien, et Mme E, ressortissante nigériane, ont sollicité le statut de réfugié et bénéficié, en qualité de demandeur d'asile, d'un hébergement au centre d'accueil pour demandeurs d'asile géré par la fondation de Nice PSP ACTES. Leur demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile. Après que les intéressés ont été informés le 2 juin 2022 de la décision du même jour de la fin de leur prise en charge par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le préfet des Alpes-Maritimes les a mis en demeure de quitter les lieux sous quinzaine, par courrier du 4 juillet 2022. Les intéressés s'étant maintenus dans les locaux, le préfet a saisi le juge des référés en vue d'en ordonner l'expulsion. M. C et Mme E occupent sans droit ni titre ce lieu d'hébergement. Si ces derniers font valoir qu'ils ont entre-temps été admis au séjour en France et que le préfet aurait dû leur proposer une solution d'hébergement, il résulte en tout état de cause de l'instruction qu'ils ont fait l'objet de décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français en date du 10 août 2022. La mesure d'expulsion sollicitée par le préfet ne se heurte donc à aucune contestation sérieuse, la situation de vulnérabilité invoquée par les requérants ne pouvant être assimilée à une contestation sérieuse.

8. La libération des lieux par les intéressés présente, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile dans le département qui n'est pas sérieusement contesté, un caractère d'urgence et d'utilité. Cependant, au regard de la composition du foyer, soit un couple avec deux enfants dont le plus jeune est né le 19 septembre 2021, ce qui caractérise une particulière vulnérabilité, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à M. C et Mme E un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance pour libérer le logement pour demandeurs d'asile que leur famille occupe indûment. En l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, il y a lieu d'autoriser le préfet des Alpes-Maritimes à procéder à l'évacuation forcée des lieux au besoin avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, à leurs frais et risques les biens meubles qui s'y trouveraient.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

10. En dehors des cas expressément prévus par des dispositions législatives particulières, inapplicables en l'espèce, du code de justice administrative, il n'appartient pas au tribunal administratif d'adresser des injonctions à l'administration. Les conclusions des défendeurs n'entrent pas notamment dans les prévisions de l'article L. 911-1 du code précité. Dès lors, elles sont irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

11. L'Etat n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. C et Mme E sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C et Mme E sont provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à M. C et Mme E, et tous occupants de leur chef, de libérer, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, l'appartement sis, 177 route de Saint-Pierre à Breil-sur-Roya, relevant du centre d'accueil pour demandeurs d'asile géré par la fondation de Nice PSP ACTES.

Article 3 : A défaut pour M. C et Mme E de libérer les lieux à l'expiration d'un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et d'évacuer les biens leur appartenant, le préfet des Alpes-Maritimes pourra procéder à leur expulsion et à l'évacuation desdits biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à Mme A E, à Me Soubie-Ninet et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Copie en sera transmise au préfet des Alpes-Maritimes, au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à la fondation de Nice PSP ACTES.

Fait à Nice, le 11 août 2022.

La juge des référés,

signé

S. KOLF

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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