mardi 17 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2203890 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 5 août 2022, 6 janvier 2023 et 29 mars 2023, la société civile immobilière Camélia 2012, représentée par M. B, son gérant en exercice, doit être regardée comme demandant au tribunal de prononcer la restitution des prélèvements sociaux d'un montant total de 162 815 euros qu'elle a acquittée en application de l'article 244 bis A du code général des impôt à raison d'une plus-value immobilière réalisée à l'occasion de la vente d'un bien immobilier situé sur le territoire de la commune d'Eze.
Elle soutient que son assujettissement aux prélèvements sociaux, alors que ses associés, en qualité de ressortissants italiens, bien que résidant dans la Principauté de Monaco, sont affiliés au régime de sécurité sociale italien, méconnaît le principe d'unicité des législations de sécurité sociale affirmé par le droit de l'Union européenne.
Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire enregistrés les 27 décembre 2022 et 24 février 2023, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait voir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Un mémoire complémentaire présenté par la société civile immobilière Camélia 2012 a été enregistré le 4 novembre 2024 et n'a pas été communiqué.
Des pièces présentées par la SCI Camélia 2012 ont été enregistrées le 19 novembre soit postérieurement à l'audience et n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (CE) n° 883/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 portant sur la coordination des systèmes de sécurité sociale ;
- le règlement (UE) n° 1231/2010 du Parlement européen et du Conseil du 24 novembre 2010 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- l'ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chevalier, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière Camélia 2012, société de droit monégasque détenue par M. B à hauteur de 51% et M. A à hauteur de 49%, ressortissants italiens résidant à Monaco, a réalisé lors de la cession le 24 juin 2019 d'un bien immeuble dont elle était propriétaire sur le territoire de la commune d'Eze, une plus-value qui a été assujettie aux prélèvements sociaux en application des dispositions des articles 244 bis A du code général des impôts et L. 136-7 du code de sécurité sociale. Elle demande au tribunal la décharge de ces impositions.
2. D'une part, aux termes du I bis de l'article L. 136-7 du code de la sécurité sociale : " Sont également soumises à la contribution les plus-values imposées au prélèvement mentionné à l'article 244 bis A du code général des impôts lorsqu'elles sont réalisées, directement ou indirectement, par des personnes physiques ". Aux termes de l'article 16 de l'ordonnance du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale : " Il est institué, à compter du 1er février 1996, une contribution prélevée sur les produits de placement désignés aux I et I bis de l'article L. 136-7 du code de la sécurité sociale () ". Aux termes de l'article L. 245-15 du code de la sécurité sociale : " Les produits de placement assujettis à la contribution prévue aux I à II de l'article L. 136-7 sont assujettis à un prélèvement social () ". Aux termes de l'article L. 14-10-4 du code de l'action sociale et des familles : " Les produits affectés à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie sont constitués par : () 2° () une contribution additionnelle au prélèvement social mentionné à l'article L. 245-15 du code de la sécurité sociale (). Ces contributions additionnelles sont assises, contrôlées, recouvrées et exigibles dans les mêmes conditions et sous les mêmes sanctions que celles applicables à ces prélèvements sociaux () ". Aux termes de l'article 1600-0 S du code général des impôts : " I. - Il est institué : / () 2° Un prélèvement de solidarité sur les produits de placement mentionnés à l'article L. 136-7 du même code. () Le prélèvement de solidarité mentionné au 2° du même I est assis, contrôlé et recouvré selon les mêmes règles et sous les mêmes sûretés, privilèges et sanctions que la contribution mentionnée à l'article L. 136-7 du code de la sécurité sociale ".
3. Il est constant que les associés de la société Camélia 2012, n'étaient pas fiscalement domiciliés en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts et que, par suite, la plus-value réalisée par elle lors de la cession du bien immobilier à Eze a été soumise au prélèvement prévu par l'article L. 244 bis A du code général des impôts. Par suite, l'administration pouvait légalement imposer aux prélèvements mentionnés au point 2 la plus-value qu'elle a réalisée lors de la cession d'un bien immobilier sis à Eze, en application des dispositions du I bis de l'article L. 136-7 du code de la sécurité sociale.
4. D'autre part, aux termes du paragraphe 1 de l'article 11 du règlement n° 883/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004, reprenant le principe antérieurement posé par l'article 13 du règlement 1408/71 du Conseil du 14 juin 1971 : " 1. Les personnes auxquelles le présent règlement est applicable ne sont soumises qu'à la législation d'un seul État membre. Cette législation est déterminée conformément au présent titre () ". L'article 2 de ce règlement précise que : " 1. Le présent règlement s'applique aux ressortissants de l'un des États membres, aux apatrides et aux réfugiés résidant dans un État membre qui sont ou ont été soumis à la législation d'un ou de plusieurs États membres, ainsi qu'aux membres de leur famille et à leurs survivants () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, et notamment de son arrêt du 26 février 2015, ministre de l'économie et des finances contre Gérard de Ruyter (C-623/13) rendu au vu du règlement précité du 14 juin 1971 mais transposable à celui du 29 avril 2004, tout d'abord, que la circonstance qu'un prélèvement soit qualifié d'impôt par une législation nationale n'exclut pas qu'il puisse être regardé comme relevant du champ d'application de ces règlements, y compris lorsqu'il est 'assis sur les revenus du patrimoine des personnes assujetties, indépendamment de l'exercice par ces dernières de toute activité professionnelle, ensuite, que l'élément déterminant aux fins de l'application de ces règlements réside dans le lien, direct et suffisamment pertinent, que doit présenter la disposition en cause avec les lois qui régissent les branches de sécurité sociale que ces règlements énumèrent, le critère déterminant étant celui de l'affectation spécifique d'une contribution au financement d'un régime de sécurité sociale. La Cour de justice de l'Union européenne a jugé, par ce même arrêt, au nom du principe d'unicité de législation sociale posé par l'article 11 du règlement (CE) n° 883/2004, dont le corollaire est l'interdiction des doubles cotisations, qu'il n'était pas permis à un Etat membre d'assujettir à des prélèvements fiscaux, dans la mesure où ils financent des prestations de sécurité sociale, des contribuables affiliés à un régime de sécurité sociale dans un autre Etat membre.
5. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que M. B et M. A étaient affiliés au régime de sécurité sociale italien au titre de l'année 2019. Nonobstant la circonstance dont se prévaut l'administration fiscale que dans le cadre de la convention bilatérale italo-monégasque du 12 février 1982 ils soient, par ailleurs, affiliés à la caisse de compensation de sécurité sociale de Monaco, ils ne sauraient, par suite, et en application des dispositions de l'article 11 du règlement précité du 29 avril 2004, être soumis à la législation française de sécurité sociale, la seule circonstance qu'ils résident à Monaco étant à cet égard sans incidence, la condition de résidence dans un Etat membre de l'Union européenne s'appliquant uniquement aux réfugiés et apatrides et non aux ressortissants européens. Ils ne pouvaient pas, par conséquent, être assujettis à la contribution sociale généralisée sur les produits de placement, à la contribution pour le remboursement de la dette sociale sur les produits de placement, au prélèvement social sur les produits de placement, à la contribution additionnelle à ce prélèvement et au prélèvement de solidarité, lesquels doivent, pour l'application de l'article 3 du règlement du 29 avril 2004 portant sur la coordination des systèmes de sécurité sociale, être regardés comme affectés de manière spécifique et directe au financement du régime de sécurité sociale français.
6. Il résulte de ce qui précède que la SCI Camélia 2012 est fondée à demander la restitution des prélèvements sociaux qu'elle a acquittés au titre de l'année 2019 à raison de la plus-value réalisée à Eze le 24 juin 2019.
D E C I D E :
Article 1 : Il est accordé à la SCI Camélia 2012 la restitution des prélèvements sociaux d'un montant total de 162 815 euros, qu'elle a acquittés à raison de la plus-value réalisée à Eze le 24 juin 2019.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Camélia 2012 et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Zettor, première conseillère,
Mme Chevalier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.
La rapporteure,
signé
C. Chevalier
La présidente,
signé
V. Chevalier-AubertLa greffière,
signé
V. Suner
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
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Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
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Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
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