mardi 17 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2204156 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LEGIS CONSEILS VAR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 août 2022, la société Creptoll Investments Ltd, représentée par Me Guibaut demande au tribunal :
1°) à titre principal, de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 93 175 euros correspondant aux cotisations supplémentaires, en droits et pénalités, d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices clos en 2010, 2011 et 2012 ;
2°) à titre subsidiaire, de prononcer la décharge de l'amende pour manquement de délibéré ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure de recouvrement est irrégulière, l'avis de mise en recouvrement du 12 juin 2014 lui ayant, à tort, été envoyé à l'adresse de son siège social à Chypre et ne lui a pas, par suite, été régulièrement notifié ;
- les créances dont le recouvrement est poursuivi sont prescrites ;
- la majoration pour manquement délibéré n'est pas fondée ;
- elle méconnaît la doctrine administrative référencée CF-INF-10-20-30-10.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 janvier 2023, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que la réclamation contentieuse du 17 novembre 2020 a été déposée postérieurement aux délais prévus par les dispositions des articles R. 196-1 et R. 196-3 du livre des procédures fiscales et qu'à cette date le contentieux de l'assiette était clos en raison d'un jugement devenu définitif du tribunal administratif de Nice du 5 avril 2018 ;
- les moyens ne sont pas fondés.
Par une mesure d'instruction du 10 octobre 2024, le tribunal a demandé à la société Creptoll Investments Ltd de produire l'acte de poursuite visant à recouvrer la somme de 93 175 euros fondant l'obligation de payer dont elle demande la décharge.
Par une lettre enregistrée le 22 octobre 2024 en réponse à cette demande, la société Creptoll Investments Ltd indique qu'elle n'est pas en capacité de produire cet acte de poursuite dès lors qu'il ne lui a pas été régulièrement notifié.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chevalier, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Creptoll Investments Ltd doit être regardée comme demandant au tribunal, à titre principal, de prononcer la décharge de la somme de 93 175 euros correspondant aux cotisations supplémentaires, en droits et pénalités, d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices clos en 2010, 2011 et 2012. A défaut, elle demande la décharge de l'amende pour manquement délibéré qui lui a été appliquée par l'administration fiscale.
Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 256 du livre des procédures fiscales : " Un avis de mise en recouvrement est adressé par le comptable public compétent à tout redevable des sommes, droits, taxes et redevances de toute nature dont le recouvrement lui incombe lorsque le paiement n'a pas été effectué à la date d'exigibilité. ()". Et aux termes de l'article R. 256-6 de ce même livre : " La notification de l'avis de mise en recouvrement comporte l'envoi au redevable, soit au lieu de son domicile, de sa résidence ou de son siège, soit à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître au service compétent de la direction générale des finances publiques ou au service des douanes et droits indirects compétent, de l'" ampliation " prévue à l'article R. * 256-3. ".
3. Il résulte de la combinaison de ces textes que l'avis de mise en recouvrement, titre exécutoire authentifiant et rendant exigible la créance de l'administration qui, d'une part, interrompt la prescription de l'action en répétition et, d'autre part, ouvre le délai de la prescription de l'action en recouvrement pour les sommes énoncées sur ce titre, ne produit ces effets qu'à compter de la date à laquelle il a été régulièrement notifié au contribuable concerné.
4. Il résulte de l'instruction que l'avis de mise en recouvrement du 12 juin 2014 a été notifié au siège social de la société requérante à Chypre. Dès lors qu'il est constant qu'elle n'a pas indiqué à l'administration fiscale que ce document devait lui être notifié à son adresse située en France, la société Creptoll Investments Ltd n'est pas fondée à soutenir qu'il lui a été irrégulièrement notifié.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, dans sa version applicable au litige : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable () ".
6. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 277 du même livre : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. / L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent () ". Il résulte de ces dispositions que le sursis de paiement, en ce qu'il entraîne la suspension de l'exigibilité des impositions en litige, fait obstacle à ce que ces dernières soient recouvrées et entraîne la suspension du délai de prescription de l'action en recouvrement jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation afférente, soit par l'administration, soit par le tribunal compétent.
7. La société requérante soutient que l'action en recouvrement est prescrite dès lors qu'aucun acte de poursuite n'a été émis par le comptable public dans le délai de quatre ans suivant la notification de l'avis de mise en recouvrement.
8. Toutefois, il résulte de l'instruction, que la société requérante a sollicité le sursis de paiement des impositions en litige le 18 août 2014 et que cette réclamation a été rejetée par l'administration fiscale le 10 juillet 2015. Cette décision a été confirmée par le tribunal administratif de Nice par un jugement du 5 avril 2018 n°1503411, 1503529. A la suite de ce jugement, l'administration fiscale a émis une mise en demeure de payer les sommes en litige le 2 mai 2018 qui a été adressée au siège social de la société requérante à Chypre et reçue le 23 août 2018. Ces éléments ne sont pas contestés par la société requérante. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que l'action en recouvrement était prescrite.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la société Creptoll à fin de décharge de l'obligation de payer la somme de 93 175 euros doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin de décharge de l'amende pour manquement délibéré :
10. Aux termes de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : a. De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement () ". Aux termes de l'article R. 196-3 du même livre : " Dans le cas où un contribuable fait l'objet d'une procédure de reprise ou de rectification de la part de l'administration des impôts, il dispose d'un délai égal à celui de l'administration pour présenter ses propres réclamations ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Enfin, aux termes de l'article R. 256-6 du livre des procédures fiscales : " La notification de l'avis de mise en recouvrement comporte l'envoi au redevable, soit au lieu de son domicile, de sa résidence ou de son siège, soit à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître au service compétent de la direction générale des finances publiques ou au service des douanes et droits indirects compétent, de l'" ampliation " prévue à l'article R. * 256-3. "
11. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que l'avis d'imposition ou l'avis de mise en recouvrement par lequel l'administration porte les impositions à la connaissance du contribuable doit mentionner l'existence et le caractère obligatoire, à peine d'irrecevabilité d'un éventuel recours juridictionnel, de la réclamation prévue à l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales, ainsi que les délais de forclusion dans lesquels le contribuable doit présenter cette réclamation et, d'autre part, que le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours ou l'absence de preuve qu'une telle information a été fournie est de nature à faire obstacle à ce que les délais prévus par les articles R. 196-1 et R. 196-3 du livre des procédures fiscales lui soient opposables.
12. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci en a eu connaissance. Dans le cas où le recours juridictionnel doit obligatoirement être précédé d'un recours administratif, celui-ci doit être exercé, comme doit l'être le recours juridictionnel, dans un délai raisonnable. Le recours administratif préalable doit être présenté dans le délai prévu par les articles R. 196-1 ou R. 196-3 du livre des procédures fiscales, prolongé, sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le contribuable, d'un an. Dans cette hypothèse, le délai de réclamation court à compter de l'année au cours de laquelle il est établi que le contribuable a eu connaissance de l'existence de l'imposition.
13. Il est constant, d'une part, que les cotisations supplémentaires d'impôt litigieuses ont été mises en recouvrement le 12 juin 2014 et, d'autre part, que cet avis, régulièrement adressé au siège social de la société requérante à Chypre conformément aux dispositions de l'article R. 256-6 du livre des procédures fiscales, a bien été reçu par cette dernière.
14. Si le délai de réclamation dont disposait la société requérante devait en principe expirer le 31 décembre 2016, il ne résulte pas toutefois de l'instruction que l'avis d'imposition comportait la mention de voies et délai de recours. Par suite, en application du principe précédemment exposé et en l'absence de circonstances particulières justifiées par le requérant, le délai au cours duquel il pouvait valablement former une réclamation à l'encontre des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu en litige expirait, au plus tard, le 31 décembre 2017.
15. Dans ces conditions, la réclamation d'assiette contestant le bien-fondé de l'application de la pénalité pour manquement délibéré présentée par la société requérante en date du 17 novembre 2020 était donc, comme le fait valoir l'administration fiscale en défense, tardive et, par suite irrecevable au regard des dispositions précitées.
16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la société Creptoll à fin de décharge de l'amende pour manquement délibéré sont entachées d'irrecevabilité et doivent dès lors être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacles à ce que l'Etat, qui n'est pas partie perdante à l'instance, verse à la société Creptoll Investments Ltd la somme demandée au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Creptoll Investments Ltd est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Creptoll Investments Ltd et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Zettor, première conseillère,
Mme Chevalier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.
La rapporteure,
signé
C. Chevalier
La présidente,
signé
V. Chevalier-AubertLa greffière,
signé
V. Suner
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026