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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2204190

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2204190

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2204190
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantFRANCESCHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 août 2022 et le 20 mars 2023, M. B A, représenté par Me Franceschi, demande au tribunal :

1°) de prononcer, à titre principal, la décharge totale, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2014 et 2015 ou, à titre subsidiaire, de prononcer la décharge partielle de ces impositions ;

2°) d'assortir cette décharge des intérêts moratoires ;

3°) de mettre une somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors qu'il n'a pas été informé du dépassement du délai d'un an de l'examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle dont il a fait l'objet, en méconnaissance de la doctrine administrative référencée au bulletin BOI-CF-PGR-20-30 ;

- la somme de 115 000 euros qu'il a encaissée en 2015 n'est pas constitutive d'un revenu d'origine indéterminée et correspond au revenu d'une vente d'occasion d'un véhicule Porsche, qui n'est pas imposable ;

- en tout état de cause, le rehaussement en base ne pourrait porter que sur 40 012,98 euros dès lors qu'il a contribué, personnellement, à financier l'acquisition du véhicule à hauteur de 74 987,02 euros ;

- en tout état de cause, à supposer que cette somme soit imposable, elle le serait en qualité de revenu distribué, et devrait bénéficier de l'abattement de 40 % prévu par l'article 158 du code général des impôts ;

- les majorations et intérêts de retard seront déchargés par voie de conséquence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2023, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé ;

- subsidiairement, si le tribunal devait ne pas confirmer l'imposition de la somme de 115 000 euros dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, il sollicite une substitution de base légale tendant à fonder l'imposition de cette somme sur le fondement des dispositions du 3° de l'article 120 du code général des impôts dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,

- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique,

- et les observations de Me Franceschi, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle à l'issue duquel l'administration fiscale a notamment constaté l'existence de revenus d'origine indéterminée qu'elle a taxés d'office en application des dispositions de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales. L'administration fiscale a, par voie de conséquence, mis à la charge de M. A des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2014 et 2015. Le requérant demande la décharge de ces impositions, en droits et pénalités.

2. En premier lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir de la doctrine administrative référencée au bulletin BOI-CF-PGR-20-30, inopérante en matière de procédure d'imposition. Son unique moyen tiré de l'irrégularité de la procédure d'imposition ne peut, dès lors, qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 de ce livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe aux contribuables régulièrement taxés d'office sur le fondement des articles L. 16 et L. 69 du livre des procédures fiscales d'apporter la preuve de l'exagération des bases imposables retenues par l'administration.

5. D'autre part, aux termes de l'article 120 du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus au sens du présent article : / () 3° Les répartitions faites aux associés, aux actionnaires et aux porteurs de parts de fondateur des mêmes sociétés, à un titre autre que celui de remboursement d'apports ou de primes d'émission () ".

6. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a taxé la somme de 115 000 euros correspondant à deux chèques en date des 29 juillet et 14 août 2015 encaissés sur le compte bancaire personnel de M. A dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée. M. A établit, par les éléments qu'il produit au soutien de sa requête, et en particulier la copie des chèques émis, les échanges de courriels avec l'acheteur ainsi que la facture de cession, que cette somme correspond au produit de la cession d'un véhicule Porsche qui était la propriété de la société Silver Stone Monaco, dans laquelle il est associé. Ainsi, il est fondé à soutenir que l'administration fiscale ne pouvait imposer cette somme dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée.

7. En revanche, les éléments produits par M. A à la présente instance ne sont pas de nature à justifier qu'il aurait été le propriétaire de ce véhicule et que cette vente aurait dû, en tant que vente d'un véhicule d'occasion, être exonérée d'impôt sur le revenu. De même, il n'établit pas davantage, par la production d'un relevé de compte courant d'associé et d'un relevé de compte bancaire, dont les mentions ne sont pas suffisamment précises et ne permettent pas d'identifier l'objet et le motif des sommes versées, qu'il aurait effectivement apporté des fonds personnels pour l'acquisition de ce véhicule. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que cette somme serait constitutive d'un remboursement d'avance en compte courant.

8. Enfin, l'administration, qui est en droit, à tout moment de la procédure contentieuse, de demander, pour justifier le bien-fondé d'une imposition, que soit substituée une base légale à celle qui avait été initialement invoquée, dès lors que, comme au cas particulier, cette substitution peut être faite sans priver le contribuable des garanties qui lui sont reconnues par la loi en matière de procédure d'imposition, demande que la somme litigieuse soit imposée dans la catégorie revenus de capitaux mobiliers en application des dispositions 3° de l'article 120 du code général des impôts. Or il résulte de l'instruction que la somme de 115 000 euros, qui provenait de la vente d'un véhicule appartenant à la société Silver Stone Monaco a été encaissée sur le compte personnel de M. A, et, au surplus, que cette opération s'est traduite par l'inscription d'une somme de même montant au débit du compte courant d'associé de M. A dans cette société. Dans ces conditions, il y a lieu de faire droit à la demande de substitution de base légale, qui ne prive le contribuable d'aucune garantie de procédure.

9. En troisième lieu, par les éléments qu'il produit au soutien de ses allégations, M. A n'établit pas, ainsi qu'il le fait valoir, qu'il aurait personnellement financé l'acquisition du véhicule Porsche par ses deniers personnels à hauteur d'un montant total de 74 987,02 euros, au travers notamment de virements de compte à compte à hauteur de 24 000 et 24 400 euros.

10. En quatrième et dernier lieu, aux termes du 2° du 3 de l'article 158 du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " Les revenus mentionnés au 1° distribués par les sociétés passibles de l'impôt sur les sociétés ou d'un impôt équivalent ou soumises sur option à cet impôt, ayant leur siège dans un Etat de la Communauté européenne ou dans un Etat ou territoire ayant conclu avec la France une convention fiscale en vue d'éviter les doubles impositions en matière d'impôt sur les revenus et résultant d'une décision régulière des organes compétents, sont réduits, pour le calcul de l'impôt sur le revenu, d'un abattement égal à 40 % de leur montant brut perçu () ". Il résulte de ces dispositions que l'abattement de 40 % est exclusivement attaché aux produits distribués à ses associés par une société passible de l'impôt sur les sociétés en vertu d'une décision prise par l'assemblée générale de ses actionnaires ou porteurs de parts, dans les conditions prévues par les articles L. 232-11 et suivants du code de commerce.

11. En l'espèce, il n'est ni établi ni allégué par M. A que les produits qui lui ont été distribués résulteraient d'une décision régulière des organes compétents de la société Silver Stone Monaco conformément aux prescriptions du 2° du 3 de l'article 158 du code général des impôts. Il n'est, dans ces conditions, pas fondé à solliciter le bénéfice de l'abattement de 40 % prévu par ces dispositions.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Zettor, première conseillère,

Mme Kolf, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

La rapporteure,

signé

S. Kolf

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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