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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2204271

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2204271

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2204271
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de la société Sud Conseil Méditerranée, qui contestait un rappel de TVA pour 2016 suite à une vérification de comptabilité. La société soutenait que les créances litigieuses n'étaient pas certaines et que les sommes n'avaient pas été effectivement appréhendées, mais le tribunal a jugé que l'administration avait correctement établi le redressement. Il a également écarté les arguments sur l'absence de manquement délibéré et l'erreur de quantum, relevant que l'avis de mise en recouvrement avait été suivi d'un dégrèvement régularisateur. La décision s'appuie sur le code général des impôts et le livre des procédures fiscales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2022, la société à responsabilité limitée Sud Conseil Méditerranée, représentée par Me Isaia, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, du rappel de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2016 ;

2°) de mettre une somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les créances litigieuses n'étaient pas certaines donc ne devaient pas être comptabilisées et les factures d'avoir ont été inscrites dans la comptabilité de la société Ellipse préalablement à l'opération de synthèse, donc la décision de ne pas les considérer comme certaines n'était pas une décision d'opportunité ;

- les sommes regardées par le service vérificateur comme distribuées par les sociétés Ellipse et ADM à la société Sud Conseil Méditerranée n'ont pas, dans leur totalité, été mises à sa disposition effective en l'absence de comptabilisation correspondante ou d'encaissement ; les seuls revenus qui pourraient être considérés comme perçus par elle se limitent aux créances certaines effectivement appréhendées ;

- l'administration fiscale fait fi de la convention de trésorerie en cours entre les sociétés Ellipse et Autolipse, qui opérait des compensations comptables entre les différentes sociétés sans que des flux financiers effectifs aient lieu ; elle était créancière de 278 420,19 euros sur les sociétés du groupe en dépit de sa dette fiscale envers la société Ellipse ;

- s'agissant des revenus distribués, elle n'a valablement appréhendé que 210 624,45 euros au titre de l'année 2016 et 171 627,22 euros au titre de l'année 2017, correspondant aux sommes effectivement comptabilisées ;

- le manquement délibéré n'est pas établi au seul motif qu'elle n'aurait passé les avoirs en comptabilité que pour les besoins de la cause, ce qui n'est d'ailleurs pas démontré ;

- d'autre part, sa bonne foi est caractérisée dès lors qu'elle a déclaré trop de taxe sur la valeur ajoutée au titre de l'année 2017 ;

- une majoration de 10 % doit donc être substituée à la majoration de 40 % :

- l'avis d'impôt litigieux est entaché d'une erreur de quantum.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2023, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal sud-est outre-mer, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés au soutien de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Sud Conseil Méditerranée, qui exerce une activité de conseil en publicité, a fait l'objet d'une procédure de vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration fiscale a constaté une discordance entre les encaissements comptabilisés et les montants facturés à d'autres sociétés avec lesquelles elle avait conclu des contrats d'externalisation. Elle a, en conséquence, redressé le montant de ses bénéfices industriels et commerciaux et rectifié les droits de taxe sur la valeur ajoutée dus par la société au titre de la période allant du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, mettant à sa charge un rappel de taxe au titre de la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2016 et prononçant un dégrèvement au titre de la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2017. La société demande au tribunal la décharge, en droits et pénalités, du rappel de taxe sur la valeur ajoutée ainsi mis à sa charge au titre de la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2016.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 256-1 du livre des procédures fiscales : " Un avis de mise en recouvrement est adressé par le comptable public compétent à tout redevable des sommes, droits, taxes et redevances de toute nature dont le recouvrement lui incombe lorsque le paiement n'a pas été effectué à la date d'exigibilité () ". Aux termes de l'article R. 256-1 du même livre : " L'avis de mise en recouvrement prévu à l'article L. 256 indique pour chaque impôt ou taxe le montant global des droits, des pénalités et des intérêts de retard qui font l'objet de cet avis / () ". Les erreurs matérielles affectant l'avis de mise en recouvrement sont sans incidence sur le bien-fondé de l'imposition sauf si, en induisant en erreur le contribuable sur le montant ou l'origine des droits, intérêts de retard et pénalités mis en recouvrement, elles l'ont privé de la possibilité de contester utilement le montant des recouvrements.

3. Il résulte de l'instruction que l'avis de mise en recouvrement qui a été émis le 30 novembre 2021 porte sur un montant, en droits et pénalités, de 110 026 euros au titre de la période allant du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, correspondant aux droits de taxe sur la valeur ajoutée dus au titre de la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2016, tandis qu'il résulte des conséquences financières de la proposition de rectification en date du 1er août 2019 qu'une somme de 16 175 euros était dégrevée au titre de la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2017. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment du bilan de situation fiscale de la société requérante en date du 3 octobre 2022, que l'émission de cet avis de mise en recouvrement a été suivie d'un dégrèvement d'un montant de 16 175 euros ordonnancé le 30 novembre 2021 et exécuté le 16 décembre 2021. Ce dégrèvement a ramené le montant des droits, majorations et intérêts de retard laissés à la charge de la requérante, à un montant identique à celui dont elle avait été informée dans la proposition de rectification du 1er août 2019 et figurant sur l'avis de mise en recouvrement litigieux. Par suite, et alors que la société disposait de tous les éléments utiles de compréhension lui permettant d'apprécier le montant mis en recouvrement, cette discordance de montants ne peut être regardée comme l'ayant privée d'une garantie ou de la possibilité de contester utilement les droits et pénalités restant en litige.

4. En deuxième lieu, aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ". Aux termes du 3 de l'article 283 du code général des impôts : " toute personne qui mentionne la taxe sur la valeur ajoutée sur une facture est redevable de la taxe du seul fait de sa facturation ".

5. Il résulte de l'instruction que lors des opérations de contrôle, et notamment dans le cadre de l'exercice de son droit de communication, l'administration fiscale a constaté que certaines factures clients comportant de la taxe sur la valeur ajoutée, émises dans le cadre d'un contrat d'externalisation, ainsi que plusieurs sommes encaissées par la société requérante mais pour lesquelles toutes les factures correspondantes n'ont pu être produites n'avaient pas été comptabilisées. Le service vérificateur a ainsi constaté sur les relevés de comptes bancaires de la société Sud Conseil Méditerranée qu'elle avait perçu, au titre des années 2016 et 2017, des sommes totales de 505 650 euros et 70 000 euros de la part de la société Ellipse SA, de 190 750 et 46 850 euros de la part de la société ADM SAS au titre des années 2016 et 2017, de 261 250 et 10 100 euros de la part de la société Automotiv SAS et de 10 000 et 4 000 euros de la part de la société Garage Chabrier SARL.

6. La société requérante, qui fait valoir que les factures correspondantes n'ont pas été comptabilisées du fait du caractère non certain des créances correspondantes, et que des avoirs ont été émis pour annuler ces créances et inscrits dans la comptabilité de la société Ellipse, ne justifie pas, ainsi qu'elle est seule en mesure de le faire, de la réalité ni de la comptabilisation, à son niveau, des avoirs en cause qui, au demeurant, ne concernent qu'une partie des encaissements constatés par l'administration fiscale. En outre, la circonstance que des créances réciproques soient susceptibles d'être éteintes par voie de compensation n'a pas pour effet de dispenser l'entreprise, avant de tirer les conséquences de cette compensation, de les constater séparément en comptabilité, conformément au principe comptable de non-compensation. Enfin, la circonstance que les montants reconstitués par l'administration fiscale n'auraient pas été comptabilisés ni n'auraient fait l'objet de factures n'est pas de nature à remettre en cause le constat, opéré par le service vérificateur, de leur versement effectif sur le compte bancaire de la société Sud Conseil Méditerranée intervenu au cours des exercices vérifiés. Dans ces conditions, l'administration était fondée à réintégrer les sommes ainsi perçues par la société Sud Conseil Méditerranée au résultat des exercices 2016 et 2017, sans que cette dernière ne puisse se prévaloir d'une convention de trésorerie conclue avec d'autres sociétés.

7. En troisième lieu, la société Sud Conseil Méditerranée ne saurait utilement, à l'encontre du rappel de taxe sur la valeur ajoutée, seule imposition en litige, se prévaloir de moyens relatifs aux revenus distribués, pris en compte pour rectifier ses bénéfices industriels et commerciaux. Ces moyens ne peuvent, dès lors, qu'être écartés comme étant inopérants.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

9. En se fondant sur l'importance des montants omis, sur la répétition des omissions et sur la circonstance que la société requérante ne pouvait ignorer que les factures qu'elle adressait à ses clients ainsi que les sommes qu'elle encaissait constituaient des recettes imposables, l'administration fiscale établit l'intention délibérée de la société Sud Conseil Méditerranée d'éluder l'impôt, nonobstant la circonstance que le contrôle a donné lieu à un dégrèvement d'un montant de 16 175 euros au titre de la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2017.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Sud Conseil Méditerranée est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Sud Conseil Méditerranée et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal sud-est outre-mer.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Chevalier, première conseillère,

Mme Kolf, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

S. Kolf

La présidente,

signé

V. Chevalier-Aubert

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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