jeudi 15 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2204367 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | ALMAIRAC |
Vu la procédure suivante :
REPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
Juge des référés
Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2022, Mme B C représentée par Me Almairac, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°- de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°- d'enjoindre à l'OFII, ou à défaut au préfet des Alpes-Maritimes, de lui attribuer ainsi qu'à son fils un hébergement dans le cadre du dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile ou du dispositif d'urgence sociale, sous astreinte de 200 euros par jour de retard dans un délai de 48 heures ;
3°- de condamner l'OFII ou l'Etat à verser directement à Me Almairac, au titre des frais irrépétibles, la somme de 1 200 euros, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme allouée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
La requérante soutient que :
) Sur l'urgence :
- Elle est arrivée en France, avec son fils de cinq ans, pour solliciter l'asile, sa demande a été enregistrée le 9 septembre 2022 ;
- Elle a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ; elle n'a pas obtenu les garanties minimales d'accueil offertes aux demandeurs d'asile ; la situation d'urgence est démontrée par le fait qu'elle se trouve en situation d'extrême précarité, de vulnérabilité et sans logement ;
) Sur l'atteinte manifestement grave et illégale à une liberté fondamentale :
L'absence de proposition de conditions matérielles d'accueil décentes à un demandeur d'asile durant l'instruction de sa demande, corollaire indissociable du droit d'asile, porte nécessairement atteinte à cette liberté fondamentale au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2022, l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête ;
L'OFII soutient :
- que l'urgence n'est pas établie ; que les dispositifs d'hébergement sont saturés, que la demande est très récente et que la requérante, majeure isolée ; que 44 familles composées d'un adulte et d'un enfant sont en attente d'un hébergement ;
- que la requérante va bénéficier du versement de l'ADA majorée comportant un montant additionnel qui est destiné à couvrir ses frais d'hébergement ; qu'ainsi dans l'attente d'un hébergement, il n'y a pas de carence dans la prise en charge de la requérante par l'OFII.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête ;
Le préfet soutient :
- que l'urgence n'est pas établie dès lors que la requérante bénéficie de l'ADA majorée lui permettant de subvenir à ses besoins et à ceux de son enfant ;
- que pour le même motif, elle ne peut se prévaloir d'aucune atteinte grave et manifestement illégale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale ;
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. A, 1er conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 septembre 2022 à 11h00 :
- le rapport de M. Soli, juge des référés ;
- les observations de Me Petit qui substitue Me Almairac, pour la requérante, qui reprend ses écritures.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante albanaise, qui a déposé une demande d'asile le 9 septembre 2022, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de constater l'atteinte grave et manifestement illégale qu'auraient portée le préfet des Alpes-Maritimes et l'OFII à son droit de bénéficier d'un hébergement d'urgence. Elle soutient qu'elle n'a pas obtenu les garanties minimales d'accueil offertes aux demandeurs d'asile et que la situation d'urgence est démontrée par le fait qu'elle se trouve en situation d'extrême précarité et sans solution d'hébergement avec son enfant de cinq ans.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". En application des dispositions précitées, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale () ".
4. Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
5. Les demandeurs d'asile doivent pouvoir bénéficier, en application des articles L. 551-8 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de conditions matérielles décentes, lesquelles doivent comprendre, outre le logement, la nourriture, l'habillement ainsi qu'une allocation journalière. En vertu des dispositions des articles L. 348-1 et suivants du code de l'action sociale et des familles, ils peuvent être admis à l'aide sociale pour être accueillis dans les centres pour demandeurs d'asile. Ils ont également vocation à bénéficier, outre du dispositif d'accueil d'urgence spécialisé pour demandeurs d'asile, qui a pour objet de les accueillir provisoirement dans des structures collectives ou dans des hôtels en attente d'un accueil en centre pour demandeurs d'asile, du dispositif général de veille sociale prévu par l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles, lequel peut conduire à leur admission dans un centre d'hébergement d'urgence ou un centre d'hébergement et de réinsertion sociale. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
6. L'OFII et le préfet des Alpes-Maritimes soutiennent sans être utilement contredits sur ce point, d'une part, que le dispositif d'hébergement d'urgence est saturé dans le département des Alpes-Maritimes, avec 44 familles composées d'un adulte et d'un enfant en attente d'hébergement, et d'autre part, que la requérante, dont la demande d'asile est récente, bénéficie du versement de l'ADA majorée pour faire face à ses besoins et notamment à son hébergement. Il ne ressort par ailleurs pas du dossier que Mme C, femme isolée avec un jeune enfant, présenterait une vulnérabilité particulière au regard de la situation des autres demandeurs d'asile dans la même situation. Dès lors, les circonstances invoquées par la requérante ne sont pas de nature à permettre de considérer que Mme C doit être, pour l'accès à un hébergement stable, prioritaire sur les autres adultes isolés avec un enfant se trouvant dans la même situation qu'elle. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes et l'OFII ne peuvent être regardés comme ayant manifestement méconnu les exigences qui découlent du droit à un hébergement d'urgence au regard des moyens dont dispose l'autorité administrative.
7. Il s'en suit et sans qu'il y ait lieu de se prononcer sur l'urgence, que les conclusions susvisées présentées par Mme C doivent être rejetées, de même que les conclusions tendant à l'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : Mme C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, à l'office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.
Fait à Nice le 15 septembre 2022.
Le juge des référés
signé
P. A
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026