jeudi 27 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2204826 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme POUGET |
| Avocat requérant | MOUTOUSSAMY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Moutoussamy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 avril 2022 par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a rejeté son recours préalable obligatoire formé contre la décision du 10 octobre 2019 lui notifiant notamment un indu de revenu de solidarité active " socle " d'un montant de 16 636,91 euros et un indu de revenu de solidarité active " socle majoré " d'un montant de 15 873,16 euros ;
2°) de la décharger du paiement des sommes en cause ;
3°) d'enjoindre au département des Alpes-Maritimes de lui restituer, dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, les sommes déjà recouvrées au titre des indus en litige ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros au titre de l'application combinée des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
La requérante soutient que :
- elle a été privée d'un recours effectif devant la commission de recours amiable ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure compte tenu de l'absence de saisine préalable de la commission de recours amiable ;
- elle n'a pas été informée de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus par l'administration en vertu de son droit de communication ;
- l'agent qui a établi le rapport d'enquête n'a pas été expressément nommé par le directeur de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes et est donc intervenu au terme d'une procédure irrégulière ;
- le contrôle est entaché d'une irrégularité dès lors que l'agent de contrôle n'était ni assermenté ni agréé ;
- l'indu qui lui est réclamé est injustifié dès lors qu'aucun concubinage ne peut être déduit du fait de la seule naissance d'un enfant en 2017.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2023, le département des Alpes-Maritimes, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête de Mme A.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en réplique, enregistré le 5 juillet 2023, Mme A déclare maintenir l'ensemble des conclusions de sa requête.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pouget, présidente ;
- les observations de M. C, représentant le département des Alpes-Maritimes.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, Mme B A demande au tribunal d'annuler la décision du 13 avril 2022 portant rejet de son recours préalable formé contre la décision du 10 octobre 2019 mettant notamment à sa charge un indu de revenu de solidarité active " socle " d'un montant de 16 636,91 euros et un indu de revenu de solidarité active " socle majoré " d'un montant de 15 873,16 euros, de la décharger du paiement des sommes en cause et d'enjoindre au département des Alpes-Maritimes de lui restituer, dans un délai de deux mois, les sommes déjà recouvrées au titre de ces indus. Elle demande également que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros au titre des frais de l'instance.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résulte de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération de l'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L.262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat. " Aux termes de l'article R. 262-89 du même code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L.262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R.142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L.262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée ".
4. La consultation préalable de la commission de recours amiable en matière de contestation relative au revenu de solidarité active formée auprès du président du conseil départemental est prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, sauf lorsque la convention de gestion conclue entre la caisse d'allocations familiales et le département en dispose autrement, en application de l'article R.262-89 précité du même code. Il résulte de l'instruction que la décision attaquée a été prise postérieurement à la saisine pour avis de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes qui a émis un avis favorable au rejet du recours préalable exercé par Mme A. Par suite, le moyen tiré de l'absence de consultation de la commission de recours amiable manque en fait et ne peut qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.262-40 du code de l'action sociale : " () Les organismes chargés de son versement réalisent les contrôles relatifs au revenu de solidarité active selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale () ". Selon le premier alinéa de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Les directeurs des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale ou du service des allocations et prestations mentionnées au présent code confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale ou par arrêté du ministre chargé de l'agriculture, le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations () Ces agents ont qualité pour dresser des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire ".
6. Il ressort de l'ensemble de ces dispositions que tant l'absence d'agrément que l'absence d'assermentation des agents de droit privé désignés par les caisses d'allocations familiales pour conduire des contrôles auprès des bénéficiaires du revenu de solidarité active sont de nature à affecter la validité des constatations des procès-verbaux qu'ils établissent à l'issue de ces contrôles et à faire ainsi obstacle à ce qu'elles constituent le fondement d'une décision déterminant pour l'avenir les droits de la personne contrôlée ou remettant en cause des paiements déjà effectués à son profit en ordonnant la récupération d'un indu. En outre, la valeur probante attachée par les dispositions précitées de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale aux procès-verbaux dressés par ces agents ne saurait s'étendre aux mentions qu'ils comportent quant à l'agrément et à l'assermentation de leur auteur.
7. Par suite, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, à la suite d'un contrôle de l'organisme chargé du versement du revenu de solidarité active, a pour objet soit de mettre fin au droit de l'allocataire soit d'ordonner la récupération d'un indu de prestation et que le requérant soulève un moyen tiré du défaut d'agrément ou d'assermentation de l'agent chargé du contrôle, le juge ne saurait se fonder sur les seules mentions du procès-verbal relatives à la qualité de son signataire pour écarter cette contestation. Dans un tel cas, l'administration étant seule en mesure d'établir l'agrément et l'assermentation des agents qu'elle désigne pour effectuer les contrôles, il appartient au juge, si cette qualité ne ressort pas des éléments produits en défense, de mettre en œuvre ses pouvoirs généraux d'instruction et de prendre toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à lui permettre de former sa conviction, en particulier en exigeant de l'administration compétente la production de tout document susceptible de permettre de vérifier les allégations du demandeur.
8. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'agent ayant procédé au contrôle de la situation de Mme A a prêté serment devant le tribunal d'instance de Nice le 23 novembre 2016 et a été agréé par une décision du 5 février 2019 publiée au bulletin officiel du ministère des affaires sociales de la santé et des droits des femmes. Par suite, cet agent était habilité pour effectuer un contrôle au domicile de la requérante.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes ; () ". Aux termes de l'article L. 114-21 du même code : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ".
11. Ainsi que l'a rappelé le Conseil constitutionnel dans sa décision 2019-789 QPC du 14 juin 2019, l'objet des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale est de permettre à la personne contrôlée de prendre connaissance des documents communiqués afin de pouvoir contester utilement les conclusions qui en ont été tirées par l'organisme de sécurité sociale. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement de l'indu, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au revenu de solidarité active ou de récupérer un indu de cette prestation, de la teneur et de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Par suite, il appartient en principe à la caisse d'allocations familiales de mettre en œuvre cette garantie avant l'intervention de la décision de récupérer un indu de revenu de solidarité active, qui permet son recouvrement sur les prestations à échoir, ou de supprimer le service de cette prestation.
12. Enfin, les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, leur méconnaissance par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
13. En l'espèce, Mme A soutient qu'elle n'a pas été informée de la teneur et de l'origine des informations obtenues par l'administration auprès des tiers. Toutefois, il résulte à la fois du courriel adressé à Mme A le 5 mars 2019 et du rapport de contrôle établi le 19 mars 2019 que l'intéressée a été informée, d'une part, de la faculté pour la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes de mettre en œuvre le droit de communication prévu par les dispositions des articles L. 114-19 et suivant du code de la sécurité sociale, et d'autre part, de ce que l'administration a mis en œuvre cette faculté auprès notamment des services fiscaux, de la caisse primaire d'assurance maladie, de Pôle emploi et des établissements bancaires. Dans ces conditions, la requérante doit être regardée comme ayant eu connaissance de l'exercice du droit de communication par le contrôleur assermenté de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes. Par ailleurs et s'agissant des relevés bancaires, ceux-ci étaient nécessairement connus de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées au point 10 doit être écarté.
14. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Et aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".
15. Mme A soutient que les indus qui lui sont réclamés sont injustifiés dans la mesure où l'administration a déduit l'existence d'une communauté de vie et d'intérêts avec M. D du seul motif de la naissance d'un enfant en commun en 2017. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'intéressée et M. D, outre la circonstance tirée de ce qu'ils ont un enfant en commun, ont déclaré une adresse commune auprès de la caisse primaire d'assurance maladie, de Pôle emploi, de l'administration fiscale et de l'employeur de M. D. Par ailleurs, il est constant que ce dernier a indiqué, à l'occasion de sa demande de revenu de solidarité active, résider au 304 avenue Général de Gaulle à Mougins (06250), dont le bien y étant sis est détenu en nue-propriété par Mme A. En outre, il ressort du rapport de contrôle établi le 19 mars 2019 et des documents recueillis par la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes dans l'exercice de son droit de communication auprès des établissements bancaires, sans que cela ne soit contesté par l'intéressée, que le compte bancaire de Mme A a été crédité de plusieurs virements bancaires provenant du compte de M. D. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a considéré, eu égard au faisceau d'indices concordants décrit au présent point, que Mme A et M. D entretenaient une communauté de vie. Par suite, c'est à bon droit que le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a, le 13 avril 2022, confirmé les indus de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme A.
16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à contester la régularité et le bien-fondé de la décision de récupération des indus en litige. La requête doit dès lors être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au président du conseil départemental des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes.
Rendu public par mise à dispositions au greffe le 27 juillet 2023.
La présidente,La greffière,
signé signé
M. E
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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