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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205101

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205101

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205101
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPALAZZETTI-PASCAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 octobre 2022, Mme B A épouse C, représentée par Me Palazzetti-Pascaud, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à leur charge au titre de l'année 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 600 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les provisions pour dépréciation de fonds de commerce sont justifiées.

La requête a été communiquée au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chevalier, première conseillère,

- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique,

- et les observations de Me Pascaud, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A qui exerce la profession de pharmacienne a fait l'objet d'un examen de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018 à l'issue duquel l'administration fiscale a, selon la procédure de rectification contradictoire, écarté l'évaluation de la comptabilisation d'une provision pour dépréciation de son fonds de commerce pour un montant de 250 000 euros et l'a réintégrée dans ses résultats imposables déclarés au titre l'année 2016 dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux. Mme A demande la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre de l'année 2016 à la suite de cette réintégration.

2. D'une part, aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient effectivement été constatées dans les écritures de l'exercice () ". Aux termes de l'article 38 quater de l'annexe III à ce code : " Les entreprises doivent respecter les définitions édictées par le plan comptable général, sous réserve que celles-ci ne soient pas incompatibles avec les règles applicables pour l'assiette de l'impôt ". Aux termes de l'article 38 sexies de la même annexe : " La dépréciation des immobilisations qui ne se déprécient pas de matière irréversible, notamment () les fonds de commerce, () donne lieu à la constitution de provisions dans les conditions prévues au 5° du 1 de l'article 39 du code général des impôts ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 123-14 du code de commerce : " Les comptes annuels doivent être réguliers, sincères et donner une image fidèle du patrimoine, de la situation financière et du résultat de l'entreprise. / Lorsque l'application d'une prescription comptable ne suffit pas pour donner l'image fidèle mentionnée au présent article, des informations complémentaires doivent être fournies dans l'annexe. / Si, dans un cas exceptionnel, l'application d'une prescription comptable se révèle impropre à donner une image fidèle du patrimoine, de la situation financière ou du résultat, il doit y être dérogé. Cette dérogation est mentionnée à l'annexe et dûment motivée, avec l'indication de son influence sur le patrimoine, la situation financière et le résultat de l'entreprise ". Aux termes de l'article

214-6 du plan comptable général : " () 4 - La dépréciation d'un actif est la constatation que sa valeur actuelle est devenue inférieure à sa valeur nette comptable. / 5 - La valeur brute d'un actif est sa valeur d'entrée dans le patrimoine (). / 7 - La valeur nette comptable d'un actif correspond à sa valeur brute diminuée des amortissements cumulés et des dépréciations. / 8 - La valeur actuelle est la valeur la plus élevée de la valeur vénale ou de la valeur d'usage (). / 10 - La valeur vénale est le montant qui pourrait être obtenu, à la date de clôture, de la vente d'un actif lors d'une transaction conclue à des conditions normales de marché, net des coûts de sortie. () / 11 - La valeur d'usage d'un actif est la valeur des avantages économiques futurs attendus de son utilisation et de sa sortie. Elle est calculée à partir des estimations des avantages économiques futurs attendus. Dans la généralité des cas, elle est déterminée en fonction des flux nets de trésorerie attendus ". Enfin, selon l'article 214-15 du plan comptable général, la dépréciation d'un élément d'actif se constate en présence d'indices externes et internes de perte de valeur et par un test de dépréciation consistant à comparer la valeur nette du bien considéré et sa valeur actuelle. En présence d'une telle perte de valeur, l'entreprise peut, le cas échéant, déprécier l'actif concerné en fonction de sa valeur actuelle.

4. La déductibilité fiscale d'une provision est subordonnée, en application des dispositions du 5° du 1 de l'article 39 du code général des impôts et de l'article 38 quater de l'annexe II à ce code, outre aux conditions relatives à la dépréciation elle-même, à ce que la provision en cause ait été constatée dans les écritures de l'exercice conformément, en principe, aux prescriptions comptables. S'agissant de la dépréciation d'un élément d'actif, il résulte des dispositions du plan comptable général citées au point précédent que la passation de l'écriture comptable correspondante est subordonnée au constat selon lequel la valeur actuelle de cet élément d'actif, valeur la plus élevée de la valeur vénale ou de la valeur d'usage, est devenue notablement inférieure à sa valeur nette comptable. Par suite, la seule circonstance que la valeur vénale d'un élément d'actif soit devenue inférieure à sa valeur nette comptable ne saurait, en principe, justifier la déductibilité fiscale d'une provision s'il apparaît que la valeur d'usage reste supérieure à cette valeur nette comptable, faisant ainsi obstacle à la comptabilisation d'une dépréciation.

5. Il appartient au contribuable d'établir le bien-fondé et de justifier du montant d'une telle provision au regard des caractéristiques de l'exploitation au cours de la période en litige.

6. Il résulte de l'instruction que Mme A a acquis le 12 juin 2008 le fonds de commerce de son officine de pharmacie située à Saint-Jean-Cap-Ferrat pour un montant de 1 030 000 euros. Au titre de l'année 2016, elle a déduit de son résultat fiscal une provision pour dépréciation de son fonds de commerce à hauteur de 250 000 euros dont il n'est pas contesté qu'elle a été constituée progressivement entre 2009 et 2014 pour, à partir de 2015 ne faire l'objet que d'un report. Il résulte des termes de la proposition de rectification que la provision a été remise en cause au motif non contesté que Mme A n'avait produit, au cours du contrôle, aucun document de nature à la justifier.

7. En premier lieu, pour justifier du principe de la provision, Mme A se prévaut de la diminution du chiffre d'affaires de son officine de 19% entre 2007 et 2014 et de ce que, en raison de la baisse corrélative de son excédent brut d'exploitation, la valeur de son officine évaluée à 6,2 fois avait également diminué la rendant nettement inférieure à sa valeur comptable. Toutefois, les diminutions invoquées, qui ne sont au demeurant pas constantes, si elles peuvent constituer un indice de perte de valeur d'un actif, ne constituent pas, à eux seuls, un test de dépréciation au sens de l'article 214-15 du plan comptable général précité permettant de comparer la valeur nette comptable du fonds de commerce à sa valeur actuelle définie comme la valeur la plus élevée de la valeur vénale ou de la valeur d'usage. La production d'un rapport d'évaluation de la valeur de l'officine de la requérante pour l'année 2014, qui ne porte que sur la valeur vénale du bien, de ses bilans au titre des exercices clos en 2009 et 2016 et d'un document intitulé " tests de dépréciation " qui est présenté comme regroupant les tests de dépréciation effectués au titre des exercices clos 2009 à 2014 ne permettent pas plus de justifier du bien-fondé du principe de la provision en litige et par suite, de son montant et du report de son inscription jusqu'aux exercices vérifiés par l'administration fiscale. En dépit d'une mesure d'instruction ordonnée par le tribunal en ce sens, Mme A n'a pas été en mesure de produire d'éléments permettant d'établir la valeur d'usage de l'officine.

8. En deuxième lieu, si la requérante invoque, pour justifier la dépréciation de son fonds de commerce, la baisse générale et nationale de valorisation des officines de pharmacie en se référant notamment à une étude publiée dans un cahier du 4 juillet 2020 du moniteur des pharmacies, cet élément ne peut que constituer un indice externe justifiant qu'elle réalise un test de dépréciation au sens de l'article 214-15 du plan comptable général précité pour la constater effectivement mais ne permet pas, au regard de son caractère général, d'établir la dépréciation alléguée et de fonder son maintien au titre de l'année en litige.

9. En troisième lieu, la requérante ne saurait utilement se prévaloir de ce que la situation économique de son officine ne lui a pas permis de se rémunérer en raison de l'emprunt qu'elle a contracté pour l'acquisition du fonds pour justifier la provision en litige.

10. En quatrième et dernier lieu, la production d'un rapport d'expertise dont l'objet est d'évaluer le fonds de commerce de la requérante et de vérifier la dépréciation subie depuis son acquisition en 2008 établi le 21 octobre 2021 ne peut également pas être regardé comme un test de dépréciation prévu par les règles comptables. En outre, il résulte de ce rapport d'expertise que la valeur vénale du fonds de commerce est évaluée par le recours à des pourcentages de chiffre d'affaires HT ou d'excédent brut d'exploitation correspondant à des moyennes issues d'une étude établie par l'organisme Interfimo relative au prix de cession des officines de pharmacie, sans qu'il soit acquis que ces moyennes correspondent à des données propres à la situation de l'officine de la requérante. Par suite, ce rapport ne permet pas d'établir, comme le soutient la requérante, que les provisions enregistrées sont justifiées et que leur objet existe toujours au cours de l'année 2016.

11. Dans ces conditions, Mme A qui n'établit pas que la valeur vénale ou la valeur d'usage de son fonds de commerce serait inférieure à la valeur nette comptable de celui-ci, ne justifie pas du bien-fondé de la provision constituée au titre des exercices clos en 2009, 2011, 2012, 2013 et 2014 en raison de la dépréciation de son officine et de son report au titre des exercices vérifiés. Par conséquent, l'administration fiscale était fondée à réintégrer cette provision au résultat imposable de l'officine de Mme A au titre de l'exercice clos au 31 décembre 2016.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2016 ainsi que des pénalités correspondantes. Ses conclusions à fin de décharge doivent, ce faisant, être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant au remboursement des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Zettor, première conseillère,

Mme Chevalier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.

La rapporteure,

signé

C. Chevalier

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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