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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205257

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205257

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205257
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 novembre 2022, Mme C A, représentée par Me Almairac, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile sous astreinte de 200 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

La requérante soutient que :

- en ce qui concerne l'urgence : les demandes d'asile déposées au nom de ses deux enfants mineures ont été enregistrées le 26 août 2022 et elle ne bénéficie pas des garanties minimales d'accueil offertes aux demandeurs d'asile, entraînant une situation d'extrême précarité pour elle et ses trois enfants, nés les 3 juin 2018 (aîné) et 1er juin 2022 (cadettes jumelles) ;

- la carence de l'administration porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et que la décision attaquée ne constitue en tout état de cause pas une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 novembre 2022 à 14 heures, en présence de Mme Pagnotta, greffière d'audience :

- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, vice-président,

- et les observations de Me Petit, substituant Me Almairac, pour la requérante, qui persiste dans les conclusions de sa requête et soutient en outre que l'OFII ne peut sérieusement soutenir ne pas avoir été informé de la naissance de ses deux enfants nées le 1er juin 2022 ;

- l'OFII n'étant ni présent, ni représenté.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante ivoirienne, après le rejet de sa demande d'asile déposée en son nom propre, a déposé le 26 août 2022 une demande d'asile au nom de ses enfants mineures B et E D. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, outre de lui octroyer le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, d'enjoindre sous astreinte au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur le requête en référé présentée par Mme A, il y a lieu d'admettre l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. Il appartient au requérant, qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de justifier de circonstances particulières caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

5. En l'espèce, la requérante soutient que les demandes d'asile déposées au nom de ses deux enfants mineures B et E D, nées le 1er juin 2022, ont été enregistrées le 26 août 2022 et qu'elle ne bénéficie pas des garanties minimales d'accueil offertes aux demandeurs d'asile, entraînant une situation d'extrême précarité pour elle et ses trois enfants, respectivement nées les 3 juin 2018 (aîné) et 1er juin 2022 (cadettes jumelles). Cette situation est constitutive d'une urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

S'agissant du cadre juridique applicable :

6. Si la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur leur demande, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et de la situation du demandeur. Ainsi, le juge des référés ne peut faire usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative en adressant une injonction à l'administration que dans le cas où, d'une part, le comportement de celle-ci fait apparaître une méconnaissance manifeste des exigences qui découlent du droit d'asile et où, d'autre part, il résulte de ce comportement des conséquences graves pour le demandeur d'asile, compte tenu notamment de son âge, de son état de santé ou de sa situation de famille. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque situation, les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

7. Aux termes de l'article L. 550-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions d'accueil, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dont bénéficient les demandeurs d'asile sont fixées par les dispositions du présent titre. ". Selon l'article L. 551-9 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ". Par ailleurs, de l'article L. 552-2 du même code : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen. ". Aux termes de l'article L. 552-8 du même code : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II (). ". Aux termes de l'article L. 522-3 dudit code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

8. En vertu des articles L. 551-11 et L. 551-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'hébergement des demandeurs d'asile et le versement de l'allocation pour demandeur d'asile prennent fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues notamment à l'article L. 542-1, lequel prévoit en particulier qu'en l'absence de recours contre la décision de l'OFPRA dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Par ailleurs, en vertu des dispositions du 3° de l'article L. 551-15 du même code, les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans le cas où il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile. Enfin, il résulte des dispositions des articles L. 521-3, L. 531-9 et L. 531-41 du même code qu'il appartient à l'étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile de présenter une demande en son nom et, le cas échéant, en celui de ses enfants mineurs qui l'accompagnent. En cas de naissance ou d'entrée en France d'un enfant mineur postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'étranger est tenu, tant que l'OFPRA ou, en cas de recours, la Cour nationale du droit d'asile, ne s'est pas prononcé, d'en informer cette autorité administrative ou cette juridiction. La décision rendue par l'office ou, en cas de recours, par la Cour nationale du droit d'asile, est réputée l'être à l'égard du demandeur et de ses enfants mineurs, sauf dans le cas où le mineur établit que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire. Ces dispositions ne font pas obstacle à ce que les parents d'un enfant né après l'enregistrement de leur demande d'asile présentent, postérieurement au rejet définitif de leur propre demande, une demande au nom de leur enfant. La demande ainsi présentée au nom du mineur doit alors être regardée, dans tous les cas, comme une demande de réexamen.

S'agissant de la situation de la requérante :

9. D'une part, et ainsi qu'il a été rappelé précédemment, la requérante a déposé, postérieurement au rejet de sa demande d'asile déposée en son nom propre (décision de la cour nationale du droit d'asile en date du 24 février 2021), une demande d'asile au nom de ses deux enfants mineures B et E D, nées le 1er juin 2022, demande enregistrée le 26 août 2022. Ainsi qu'il a également été rappelé précédemment, cette demande ainsi présentée au nom de ses enfants mineures présente le caractère d'une demande de réexamen de sa demande d'asile. Dans ces conditions, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être refusé à la famille, sous réserve d'un examen au cas par cas de la situation de vulnérabilité, tenant compte de la présence au sein de la famille des mineurs concernés. D'autre part, il n'est pas sérieusement contesté que la requérante, qui vit en famille avec son compagnon, père de ses trois enfants dont ceux nés le 1er juin 2022, et lesdits enfants, ne dispose actuellement d'aucune ressource ni d'un hébergement stable. Une telle situation de précarité fait apparaître la vulnérabilité de la famille. Dans ces conditions, il y a lieu de considérer qu'en refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, jusqu'à ce qu'il ait été définitivement statué sur la demande de réexamen de la demande d'asile de la requérante, l'OFII a porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue l'exercice du droit d'asile. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à l'OFII, dans le délai de cinq jours suivant la notification de la présente décision, d'accorder à la requérante le bénéfice des conditions matérielles d'accueil jusqu'à ce qu'il ait été définitivement statué sur le réexamen de sa demande d'asile, présentée au nom de ses filles mineures. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre des frais liés à l'instance :

10. Il résulte du point 2 de la présente décision que la requérante est provisoirement admise à l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a ainsi lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve, d'une part, que Me Almairac renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et, d'autre part, de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Almairac d'une somme de 800 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans un délai de cinq jours suivant la notification de la présente décision, de rétablir au profit de Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile, jusqu'à ce qu'il ait été définitivement statué sur le réexamen de la demande d'asile présentée par Mme A au nom de ses filles mineures.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Almairac renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Almairac, conseil de la requérante, une somme de 800 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, à Me Almairac et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Fait à Nice, le 7 novembre 2022.

Le juge des référés,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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