mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2205316 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat M. TAORMINA |
| Avocat requérant | BROC RENAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire ampliatif enregistrés les 7 novembre et 8 décembre 2022, la SCI Le Mas, agissant poursuites et diligences de son représentant légal, représentée par Me Canton, demande au tribunal d'annuler le titre de perception 51900-2022-61 du 26 juin 2022 émis à son encontre par le centre des finances publiques de Grasse pour paiement de l'astreinte prononcée par arrêté n° 2022/AR/01 du 18 janvier 2022 pris par le maire de la commune du Mas en exécution de son arrêté n° 2021/AR/16 du 15 juillet 2021, ensemble la décision 6 septembre 2022 par laquelle le maire de la commune du Mas a rejeté son recours gracieux contre ledit titre de perception.
Elle soutient que :
- ledit titre de perception ne pouvait être émis à son encontre, alors qu'elle n'est qu'un copropriétaire et n'est pas propriétaire de l'immeuble sis 2 route d'Aiglun, à Le Mas (06910) ;
- aucun manquement ne lui est imputable.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2023, la commune du Mas, représentée par Me Broc, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la SCI Le Mas à lui payer la somme de 2 500 euros, en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par la SCI Le Mas ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 juin 2024 :
- le rapport de M. Gilles Taormina, président-rapporteur,
- les conclusions de M. Nicolas Beyls, rapporteur public,
- et les observations de Me Broc, représentant la commune du Mas, la SCI Le Mas n'étant pas représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du code de la construction et de l'habitation : " Art. L.511-1. - Le maire peut prescrire la réparation ou la démolition des murs, bâtiments ou édifices quelconques lorsqu'ils menacent ruine et qu'ils pourraient, par leur effondrement, compromettre la sécurité ou lorsque, d'une façon générale, ils n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité publique. Art. L.511-2. - I. ' Le maire, par un arrêté de péril pris à l'issue d'une procédure contradictoire dont les modalités sont définies par décret en Conseil d'Etat, met le propriétaire de l'immeuble menaçant ruine, et le cas échéant les personnes mentionnées au premier alinéa de l'article L.511-1-1, en demeure de faire dans un délai déterminé, selon le cas, les réparations nécessaires pour mettre fin durablement au péril ou les travaux de démolition, ainsi que, s'il y a lieu, de prendre les mesures indispensables pour préserver les bâtiments contigus./ L'arrêté de péril précise également que, à l'expiration du délai fixé, en cas de non-exécution des réparations, travaux et mesures prescrits, le propriétaire est redevable du paiement d'une astreinte par jour de retard dans les conditions prévues au IV du présent article/ IV. ' A l'expiration du délai fixé dans l'arrêté de péril prévu au I, si les réparations, mesures et travaux prescrits n'ont pas été réalisés, le propriétaire défaillant est redevable d'une astreinte d'un montant maximal de 500 € par jour de retard. Lorsque le bâtiment menaçant ruine est à usage d'habitation, le montant maximal de l'astreinte est porté à 1 000 € par jour de retard. L'astreinte est prononcée par arrêté du maire./ Son montant est modulé en tenant compte de l'ampleur des mesures et travaux prescrits et des conséquences de la non-exécution/ L'astreinte court à compter de la date de notification de l'arrêté la prononçant et jusqu'à la complète exécution des travaux prescrits. Le recouvrement des sommes est engagé par trimestre échu./ Le maire peut, lors de la liquidation trimestrielle de l'astreinte, consentir une exonération partielle ou totale de son produit si le redevable établit que la non-exécution de l'intégralité de ses obligations est due à des circonstances qui ne sont pas de son fait./ Le montant total des sommes demandées ne peut être supérieur au montant de l'amende prévue au I de l'article L.511-6./ L'astreinte est recouvrée, dans les conditions prévues par les dispositions relatives aux produits communaux, au bénéfice de la commune sur le territoire de laquelle est implanté l'immeuble ayant fait l'objet de l'arrêté. Dans le cas où l'arrêté a été pris par le président d'un établissement public de coopération intercommunale en application de l'article L.5211-9-2 du code général des collectivités territoriales, l'astreinte est recouvrée au bénéfice de l'établissement public concerné/L'application de l'astreinte et sa liquidation ne font pas obstacle à l'exécution d'office par le maire des mesures et travaux prescrits par l'arrêté prévu au I du présent article. L'astreinte prend fin à la date de la notification au propriétaire de l'exécution d'office des mesures et travaux prescrits. Dans ce cas, le montant de l'astreinte s'ajoute à celui du coût des mesures et travaux exécutés d'office. Il est recouvré comme en matière de contributions directes et garanti par les dispositions prévues au 8° de l'article 2374 du code civil et aux articles L.541-1 à L.541-6 du présent code./ . Art. L.511-3. - En cas de péril imminent, le maire, après avertissement adressé au propriétaire, demande à la juridiction administrative compétente la nomination d'un expert qui, dans les vingt-quatre heures qui suivent sa nomination, examine les bâtiments, dresse constat de l'état des bâtiments mitoyens et propose des mesures de nature à mettre fin à l'imminence du péril s'il la constate./ Si le rapport de l'expert conclut à l'existence d'un péril grave et imminent, le maire ordonne les mesures provisoires nécessaires pour garantir la sécurité, notamment, l'évacuation de l'immeuble./ Dans le cas où ces mesures n'auraient pas été exécutées dans le délai imparti, le maire les fait exécuter d'office. En ce cas, le maire agit en lieu et place des propriétaires, pour leur compte et à leurs frais./ Si les mesures ont à la fois conjuré l'imminence du danger et mis fin durablement au péril, le maire, sur le rapport d'un homme de l'art, prend acte de leur réalisation et de leur date d'achèvement./ Si elles n'ont pas mis fin durablement au péril, le maire poursuit la procédure dans les conditions prévues à l'article L.511-2 ".
2. Suite aux intempéries d'octobre 2020, une partie des enduits de façade de l'immeuble comprenant huit lots en copropriété situé 2 route d'Aiglun, commune du Mas (06910), cadastré section E N°143, 144 et 145, a chuté sur la voie publique. La commune du Mas ayant, par requête en date du 10 mars 2021, enregistrée sous le numéro 2101349, demandé au tribunal de céans, sur le fondement des dispositions de l'article L.511-9 du code de la construction et de l'habitation, de désigner un expert en vue d'examiner les désordres liés aux chutes d'une partie des enduits de façade de l'immeuble susmentionné et de déterminer les travaux devant être entrepris de toute urgence pour mettre fin à l'état de péril imminent, le juge des référés a, par ordonnance du 10 mars 2021, désigné M. A, expert qui a rendu son rapport le 15 mars 2021, aux termes duquel a été constaté l'existence d'un péril grave et imminent lié à la fragilité des plaques d'enduit sur les façades Ouest et Nord, qui peuvent se détacher et a prescrit des mesures afin de mettre en sécurité le bâtiment, et notamment le décroutage de la façade. Ce décroutage, réalisé plusieurs mois après la notification de l'arrêté a laissé apparaître des désordres plus importants pouvant affecter la solidité structurelle de l'immeuble, à savoir des trous en façade de 40/50 cm de profondeur révélant un nouveau péril grave et imminent, ce qui a été confirmé par l'expert commis en référé dans sa réponse du 4 juin 2021, ce qui a contraint le maire du Mas, devant l'inertie des copropriétaire à faire appel à un bureau d'étude suite à un courrier du 8 juin 2021, à saisir à nouveau le juge des référés du tribunal de céans qui a, par ordonnance n° 2103333 du 21 juin 2021, commis le même expert qui a rendu son rapport le 21 juin 2021 aux termes duquel il a constaté que les façades Nord et Ouest présentaient un risque de sécurité et qu'il existait un péril grave et imminent et prescrit les mesures pour y remédier. Par arrêté n° 2021/AR/16 du 15 juillet 2021, le maire du Mas a suivi les préconisations de l'expert, et demandé aux copropriétaires de l'immeuble de procéder, dans un délai de 3 mois à compter du 21 juin 2021, aux mesures de sécurité décrites par l'expert dans son rapport, afin de garantir la sécurité publique. A la demande des copropriétaires, le délai fixé par cet arrêté a été prolongé par arrêté du 10 septembre 2021, accordant un report de délai au 5 novembre 2021. Compte tenu de l'inertie des copropriétaires de l'immeuble et du risque pour la sécurité publique, constatés par l'expert désigné, le maire du Mas a, par arrêté n° 2022/AR/01 du 18 janvier 2022 notifié le 20 janvier 2022, prononcé une astreinte administrative d'un montant de 100 euros par jour de retard jusqu'à la complète réalisation des mesures prescrites par l'arrêté n° 2021/AR/16 du 15 juillet 2021 précité. Ce n'est que le 13 juillet 2022 que la SCI Le Mas, dans le cadre de son recours gracieux contre le titre de recette n° 51900-2022-61 du 26 juin 2022 émis à son encontre par le centre des finances publiques de Grasse pour paiement de l'astreinte, a fait parvenir à la commune un diagnostic de la façade de l'immeuble établi par un bureau d'étude ''structure''. La SCI Le Mas demande au tribunal d'annuler ledit titre de perception, ensemble la décision 6 septembre 2022 par laquelle le maire de la commune du Mas a rejeté son recours gracieux contre ledit titre de perception.
3. En premier lieu, aux termes l'article L.543-1 du code de la construction et de l'habitation : " Lorsqu'un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité pris en application de l'article L.511-11 concerne les parties communes d'un immeuble soumis à la loi n°65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis, l'arrêté précise que, à l'expiration du délai fixé, si les mesures et travaux prescrits n'ont pas été réalisés, les copropriétaires sont redevables du paiement d'une astreinte exigible dans les conditions prévues ci-après./ A l'issue du délai fixé, si l'inexécution des travaux prescrits résulte de l'absence de décision du syndicat des copropriétaires, le montant de l'astreinte due est notifié par arrêté de l'autorité publique compétente à chacun des copropriétaires et recouvré à l'encontre de chacun d'eux./ Si, à l'issue du délai fixé, le syndic de la copropriété atteste que l'inexécution des travaux prescrits résulte de la défaillance de certains copropriétaires à avoir répondu aux appels de fonds nécessaires, votés par l'assemblée générale des copropriétaires, l'autorité publique compétente notifie, par arrêté, le montant de l'astreinte due par chacun des copropriétaires défaillants./ L'astreinte exigible en application du présent article s'ajoute, le cas échéant, à celle qui peut être appliquée aux copropriétaires dont les parties privatives sont frappées d'un arrêté de péril ou d'insalubrité./ L'astreinte est liquidée et recouvrée comme il est précisé à l'article L.511-15. L'application de l'astreinte et sa liquidation ne font pas obstacle à l'exécution d'office par l'autorité publique des mesures et travaux prescrits par l'arrêté, ou de sa substitution aux seuls copropriétaires défaillants, en application de l'article L.511-16. Dans ces cas, le montant de l'astreinte s'ajoute à celui des créances résultant de l'exécution d'office ou de la substitution de l'autorité publique aux seuls copropriétaires défaillants. Il est recouvré comme en matière de contributions directes et est garanti par les dispositions prévues au 7° de l'article 2402 du code civil et aux articles L.541-1 et suivants du présent code. ".
4. Le syndicat des copropriétaires n'étant représenté par aucun syndic, la commune du Mas a dû, conformément aux dispositions précitées, procéder à la notification de tous les arrêtés, dont l'arrêté n° 2022/AR/01 du 18 janvier 2022 par lequel elle a prononcé une astreinte administrative dont chaque copropriétaire est solidairement tenu du paiement. Dès lors, la SCI Le Mas n'est pas fondée à soutenir utilement que, dès lors qu'elle n'est qu'un des copropriétaires, le titre de perception émis pour le recouvrement de cette astreinte ne pouvait être émis à son encontre. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté comme inopérant.
5. En deuxième lieu, il ressort des circonstances de fait rappelées au point 2, que c'est le manque de diligence des copropriétaires pris solidairement, à mettre en œuvre les mesures décidées par le maire du Mas par l'arrêté n° 2021/AR/16 du 15 juillet 2021, qui a contraint ce dernier à assortir ledit arrêté d'une astreinte. Dès lors, et compte tenu de ce qui a été dit au point 4, la SCI Le Mas n'est pas fondée à soutenir utilement qu'aucun manquement personnel à l'arrêté du 15 juillet 2021 ne lui étant imputable, aucune astreinte ne pouvait être recouvrée à son encontre. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté comme inopérant.
6. Compte tenu de tout ce qui précède, les conclusions de la SCI Le Mas à fin d'annulation doivent être rejetées.
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la SCI Le Mas une somme de 1 500 euros, en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de la SCI Le Mas est rejetée.
Article 2 : Il est mis à la charge de la SCI Le Mas une somme de 1 500 euros au profit de la commune du Mas, au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Le Mas et à la commune du Mas.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
Le président-rapporteur,
signé
G. Taormina
La greffière,
signé
S. Genovese
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation le greffier
N°2205316
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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01/06/2026
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