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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205426

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205426

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205426
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP KLEIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 novembre 2022, M. et Mme C B, représentés par Me Ciussi, demandent au tribunal :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des bénéfices non commerciaux au titre des années 2015, 2016 et 2017, en droits et pénalités ;

2°) la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels ils ont été assujettis au titre des périodes du 1er janvier au 31 décembre 2015, 2016 et 2017 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la somme de 31 700 euros toutes taxes comprises (TTC) n'est pas imposable dès lors qu'il s'agit du remboursement correspondant à l'achat de matériaux pour le compte de la société EDIF 06 ;

- le service a écarté 45 915 euros de charges déductibles faute de justificatifs et produisent une partie des justificatifs à l'instance, à hauteur d'une somme de 22 470 euros ;

- les agios bancaires sont des charges déductibles et la décision par laquelle l'administration a refusé la déduction des agios bancaires est insuffisamment motivée :

- concernant les sommes encaissées et figurant au crédit des relevés bancaires de M. et Mme B, elles correspondent à des remboursements de frais et/ou des achats de matériaux effectués par M. B pour le compte de tiers ;

- la facture de 69 euros du restaurant le Cercle de Paris en date du 23 mars 2017 est une charge déductible ;

- les sommes perçues en tant que commissaire enquêteur les sommes versées par le tribunal administratif doivent s'entendre toutes taxes comprises ;

- il peut se prévaloir de la doctrine BOI TVA-BASE-10-10-10 qui précise que " pour être imposées à la taxe sur la valeur ajoutée, les indemnités doivent correspondre à des sommes qui constituent la contrepartie d'une prestation de service individualisée rendue à celui qui la verse ".

- ils peuvent rattacher leurs deux enfants âgés de moins de 21 ans et prétendre à un quotient familial de 3 au lieu de 2,5 au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2016 ;

- le service a méconnu les dispositions de l'article L. 77 du livre des procédures fiscales en n'appliquant pas la déduction en cascade.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 avril 2023, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 30 janvier 2025 :

- le rapport de Mme Zettor, rapporteure,

- et les conclusions de M. Loustalot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, qui exerce l'activité d'architecte, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de son activité professionnelle portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, à l'issue de laquelle l'administration fiscale a estimé que des recettes avaient été omises en matière de bénéfices non commerciaux, a rejeté des charges déduites du résultat sans justificatif et a tiré les conséquences en matière de taxe sur la valeur ajoutée. L'administration a notifié, selon la procédure de rectification contradictoire prévue aux articles L. 55 et suivants du livre des procédures fiscales des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices non commerciaux au titre des années 2015 et 2016, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu selon la procédure de taxation d'office prévue aux articles 66 et 67 du livre des procédures fiscales au titre de l'année 2017 et des rappels de taxe sur la valeur ajouté pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017. Par une réclamation en date du 13 juillet 2022, laquelle a été rejetée le 16 septembre 2022, M. et Mme B ont sollicité le dégrèvement des sommes mises à leur charge. Ils demandent la décharge des impositions en litige, en droits et pénalités.

Sur l'application de la loi fiscale :

En ce qui concerne les bénéfices non commerciaux :

S'agissant des recettes omises et réintégrées dans les bénéfices non commerciaux :

2. Aux termes de l'article 92 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus. ".

3. Il résulte de l'instruction, que M. B relève de la catégorie des activités non commerciales définies à l'article 92 du code général des impôts et qu'il est prestataire de services. Ainsi, le service a procédé à la reconstitution de son chiffre d'affaires réalisé au titre des années 2015, 2016 et 2017 en prenant pour base les montants encaissés figurant sur les relevés de comptes bancaires professionnels fournis par ce dernier. Elle a constaté des omissions de recettes et les a réintégrées au chiffre d'affaires reconstitué au titre de chaque année en litige.

4. Il résulte de l'instruction que M. B produit un mandat daté du 31 juillet 2011 d'après lequel la société Edif 06, dont il est le gérant, le charge en sa qualité de coordinateur et planificateur de travaux d'effectuer des achats de matériel ou autres dépenses que la société s'engage à rembourser à M. B. Si M. B soutient que la somme de 31 700 euros toutes taxes comprises est un remboursement de matériaux achetés par ses soins selon les termes de ce mandat avec la société Edif 06, dont il est à la fois le mandataire/signataire en qualité de gérant et de mandaté, il ne produit aucun justificatif comptable attestant que cette somme est effectivement un remboursement de frais au titre de l'année 2015 et les pièces qu'il produit en complément de ce mandat ne permettent pas de justifier de la réalité des achats effectués et de leur paiement. Au surplus, l'administration fiscale précise dans son mémoire en défense, sans être contredite, qu'une partie de ces sommes a été reversée à la société Edif 06 tel qu'il résulte de la proposition de rectification du 21 décembre 2018. Ainsi, elles ne peuvent pas être considérées comme des remboursements. C'est donc à bon droit que l'administration fiscale a écarté le bénéficie de la déduction de cette somme de 31 700 euros du chiffre d'affaires reconstitué.

5. Il résulte de l'instruction, que M. B, qui soutient que les trois remises de chèques effectuées sur son compte se rapportent à des achats de matériaux effectués par lui et remboursés par M. A, produit un mandat manuscrit, daté du 5 aout 2017, et indique que les remboursements portent sur la somme globale de 29 491 euros toutes taxes comprises, soit 24 756 euros hors taxe. Il produit également un tableau récapitulatif avec des pièces justificatives se rapportant à chaque versement, toutefois, ces pièces, qui pour certaines ne sont pas des factures, ne permettent pas de confirmer le paiement effectif des sommes indiquées ou d'identifier les achats auxquels ils se rapportent. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a écarté de la déduction les sommes en litige.

S'agissant des charges déduites en raison des dépenses nécessitées par l'exercice de la profession :

6. Aux termes de l'article 93 du même code : " 1. Le bénéfice à retenir dans les bases de l'impôt sur le revenu est constitué par l'excédent des recettes totales sur les dépenses nécessitées par l'exercice de la profession. () ".

7. Il résulte de ces dispositions, qu'il appartient dans tous les cas au contribuable de fournir des éléments propres à justifier que les dépenses qu'il a portées dans les charges déductibles étaient nécessitées par l'exercice de la profession et effectivement acquittées au cours de l'année d'imposition.

8. Il résulte de l'instruction, que durant le contrôle, M. B n'a fourni aucun justificatif concernant les charges dont il se prévalait et ce, malgré les demandes formulées durant le débat oral et contradictoire. Il produit dans le cadre de la présente instance des pièces sans tri, ni analyse qu'il présente comme des justificatifs des charges nécessitées par l'exercice de son activité d'architecte. En se bornant à fournir des documents de relance ou pièces justificatives qui n'ont jamais été soumis à l'administration fiscale sans les ventiler, ni fournir les justificatifs de paiement ou les éléments permettant de les rattacher à des dépenses professionnelles, M. B n'apporte pas la preuve qui lui incombe que les charges rejetées par l'administration étaient déductibles au titre de l'année 2015. Par suite, le moyen est écarté.

9. Comme il a été dit au point 8, M. B n'a fourni aucun justificatif concernant les charges dont il se prévalait au titre de l'année 2016. Il produit dans le cadre de la présente instance des pièces sans tri, ni analyse qu'il présente comme des justificatifs des charges nécessitées par l'exercice de son activité d'architecte. En se bornant à fournir des factures ou documents de relance qui n'ont jamais été soumis à l'administration fiscale, malgré de multiples relances, sans les ventiler, ni fournir les justificatifs de paiement ou les éléments permettant de les rattacher à des dépenses professionnelles, M. B n'apporte pas la preuve qui lui incombe que les charges rejetées par l'administration étaient déductibles au titre de l'année 2016.

10. Comme il a été dit aux point 8 et 9, M. B n'a fourni aucun justificatif concernant les charges dont il se prévalait au titre de l'année 2017. Il produit dans le cadre de la présente instance des pièces sans tri, ni analyse qu'il présente comme des justificatifs des charges nécessitées par l'exercice de son activité d'architecte. En se bornant à fournir une proposition commerciale et la copie d'un chèque qui n'ont jamais été soumis à l'administration fiscale, M. B n'apporte pas la preuve qui lui incombe que les charges rejetées par l'administration étaient déductibles au titre de l'année 2017.

S'agissant de la facture de 69 euros de frais de repas ne revêtant pas un caractère professionnel au titre de l'année 2017 :

11. Le requérant soutient que la facture du cercle de Paris en date du 23 mars 2017 d'un montant de 69 € a pour origine un déplacement professionnel à Paris pour un client et que sa déduction est justifiée par l'éloignement de son domicile. Toutefois, il résulte de l'instruction que le dîner en date du 23 mars 2017 dont le requérant demande la prise en compte dans les dépenses nécessitées par l'exercice de sa profession s'est déroulé au sein de l'établissement " Le cercle de Paris " qui est un lieu réservé à ses adhérents et membres et qui organise des conférences. L'administration fiscale relève sans être contredite, que le soir du 23 mars 2017, s'y tenait une conférence dont le thème était " Daech et l'après Daech ", en présence de deux conférenciers. Dès lors, M. B, qui n'apporte pas la preuve de la déductibilité de la somme de 69 euros, n'est fondé à soutenir que ce dîner est une charge nécessitée pour l'exercice de sa profession.

S'agissant des charges financières et agios bancaires :

12. D'une part, contrairement à ce que soutiennent les requérants, les propositions de rectifications des 21 décembre 2018 et 7 mars 2019 indiquent le motif du rehaussement et son montant, de sorte qu'ils ont pu valablement engager une discussion avec l'administration fiscale concernant la remise en cause de la déduction des frais financiers que M. B entendait déduire de ses recettes. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification concernant les agios bancaires doit être écartée.

13. D'autre part, il résulte de l'instruction, que les sommes de 4 841,73 euros au titre de l'année 2015, de 3 957 euros au titre de l'année 2016 et de 6 046 euros au titre de l'année 2017, ont été portées en comptabilité et concernent des frais bancaires. Toutefois, les époux B n'apportent aucun justificatif pour confirmer que ces frais bancaires entrent effectivement dans le cadre de l'exercice de l'activité à titre libéral de M. B. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration fiscale les a réintégrés dans la proportion de l'excédent des prélèvements effectués à des fins personnelles, par rapport aux bénéfices réalisés au cours de chacune des années vérifiées.

En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

14. Aux termes de l'article 256 A du code général des impôts : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. / () / Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris () celles des professions libérales ou assimilées. () ".

15. Il est constant que l'activité de commissaire enquêteur exercée par M. B au profit du tribunal administratif entrent dans le cadre de l'article 256 A précité du code général des impôts et est soumise à la taxe sur la valeur ajoutée. Si le requérant considère que les indemnités perçues par le Tribunal administratif doivent être considérées toutes taxes comprises et mentionne que des recherches sont en cours afin de déterminer le montant des sommes perçues au titre des années considérées, il ne produit aucun élément au soutien de ce moyen. Dans ces conditions le moyen est écarté.

En ce qui concerne le quotient familial :

16. Il résulte de l'instruction, que l'administration a tenu compte de 3 parts de quotient familial au titre de l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2016. Dès lors, le moyen formulé à ce titre manque en fait et doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne le profit sur le trésor et le mécanisme de la cascade :

17. Aux termes de l'article 77 du livre des procédures fiscales : " En cas de vérification simultanée des taxes sur le chiffre d'affaires et taxes assimilées, de l'impôt sur le revenu (), le supplément de taxes sur le chiffre d'affaires et taxes assimilées afférent à un exercice donné est déduit, pour l'assiette de l'impôt sur le revenu (), des résultats du même exercice, sauf demande expresse des contribuables, formulée dans le délai qui leur est imparti pour répondre à la proposition de rectification. () ".

18. Il résulte de l'instruction, et plus particulièrement des propositions de rectification des 21 décembre 2018 et 7 mars 2019, qu'elles mentionnent des rehaussements notifiés au titre des bénéfices non commerciaux à hauteur des montants de 32 825 euros en 2015 et 8 293 euros en 2017, et que le service a procédé à la déduction du montant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée. Le mécanisme de la cascade a bien été appliqué au titre de ces deux années en litige. Au surplus, aucun rappel de taxe sur la valeur ajoutée n'a été notifié à M. B au titre de l'année 2016. Dès lors, le moyen formulé à ce titre manque en fait et doit, par suite, être écarté.

Sur l'interprétation administrative de la loi fiscale :

19. A supposer que les requérants se prévalent, sur le fondement de l'article L. 80 du livre des procédures fiscale, de la documentation administrative référencée BOI TVA-BASE-10-10-10 qui précise que " pour être imposée à la taxe sur la valeur ajoutée, les indemnités doivent correspondre à des sommes qui constituent la contrepartie d'une prestation de services individualisée rendue à celui qui la verse ", ce texte qui soumet effectivement les prestations, dont celles de commissaire enquêteur, à la taxe sur la valeur ajoutée ne comporte pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.

20. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin de décharge de M. et Mme B doivent être rejetées, ensemble celles fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DE C I D E :

Article 1er : La requête M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C B et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Zettor, première conseillère,

Mme Chevalier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

La rapporteure,

signé

V. Zettor

Le président,

signé

G. TaorminaLa greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation, la greffière.

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