mardi 28 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2205481 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | DEMES AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et quatre mémoires complémentaires, enregistrés les 18 novembre 2022, 28 février 2023, 8 mars 2024, 21 mars 2024 et 4 juin 2024, M. D A, représenté par Me Chalus-Penochet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 30 août 2022 par laquelle le maire de la commune de Nice a rejeté sa demande de réparation des préjudices extra-patrimoniaux subis résultant de son accident de service du 14 juillet 2016 ;
2°) de condamner, en tant que de besoin solidairement, la commune de Nice et l'Etat à lui verser la somme de 145 400 euros en réparation des préjudices causés par l'accident de service du 14 juillet 2016 ;
3°) d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du 14 novembre 2022 ;
4°) de mettre solidairement à la charge de la commune de Nice et de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance ;
5°) d'ordonner l'exécution provisoire du jugement à intervenir.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la responsabilité de l'administration doit être engagée en ce qu'elle lui devait la protection contre les attaques dont il a fait l'objet dans l'exercice de ses fonctions ;
- la responsabilité de l'administration doit être engagée même en l'absence de faute à raison de l'accident de service subi aux fins de réparation des préjudices extra-patrimoniaux qui en ont résulté ;
- les préjudices extra-patrimoniaux subis sont en lien direct et certain avec l'accident de service du 14 juillet 2016 ;
- il a droit au remboursement des frais de médecin de recours engagés : les dépenses utiles à l'expertise médicale d'un montant de 1 776 euros doivent lui être remboursées ;
- il a droit à l'indemnisation des préjudices extra-patrimoniaux subis :
- il subit un déficit fonctionnel temporaire et doit être indemnisé à ce titre ; l'administration devra lui verser la somme de 10 824 euros ;
- il subit un préjudice d'angoisse de mort imminente et a droit à être indemnisé pour ce préjudice à hauteur de 20 000 euros ;
- il subit des souffrances endurées qui ont été évaluées à 3/7 par l'expert judiciaire ; il a droit à être indemnisé pour ce préjudice de la somme de 30 000 euros ;
- il subit un déficit fonctionnel permanent, lequel a été évalué par l'expert à 30% ; compte tenu de son âge à la date de la consolidation, il a droit à la somme de 66 600 euros en réparation de ce préjudice ;
- il subit un préjudice d'agrément en ce qu'il lui est impossible de pratiquer le footing sur la promenade des Anglais ; il a également été contraint de cesser son activité de pompier volontaire qu'il exerçait depuis 30 ans ; il a droit à la somme de 10 000 euros au titre de ce préjudice ;
- il subit un préjudice sexuel évalué à la somme de 5 000 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 4 mars 2024 et 22 mai 2024, la commune de Nice, représentée par Me Jacquemin, conclut, à titre principal, au rejet de la requête pour irrecevabilité, à titre subsidiaire, au rejet de la requête de M. A et à titre très subsidiaire, à ce que l'indemnisation des préjudices subis par M. A soit ramenée à de plus justes proportions. La commune de Nice demande également qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en raison, d'une part, de l'absence de chiffrage du préjudice subi, d'autre part, du défaut de liaison du contentieux ;
- à titre subsidiaire :
- la requête n'est pas fondée en droit en l'absence de précision du fondement juridique invoqué à l'appui des conclusions ;
- le requérant ne démontre pas l'existence d'une faute imputable à la commune et qui serait à l'origine des préjudices qu'il invoque ;
- le requérant ne démontre pas l'existence d'un lien de causalité direct entre les préjudices invoqués et une faute ou une carence de la commune ;
- la procédure pénale est susceptible d'avoir une incidence sur les réclamations de M. A ; il lui appartient d'indiquer le sort qui a été réservé à sa constitution de partie civile ;
- à titre très subsidiaire :
- le principe de la double indemnisation interdit de faire droit aux demandes indemnitaires du requérant qui seraient satisfaites dans le cadre de sa constitution de partie civile ;
- le requérant ne rapporte pas la preuve de la matérialité des faits et du lien de causalité ;
- les prétentions indemnitaires du requérant ne sont pas toutes justifiées et doivent en tout état de cause être ramenées à de plus justes proportions :
- s'agissant du préjudice relatif aux frais divers engagés, il n'est pas justifié par la pièce produite ;
- s'agissant du déficit fonctionnel temporaire partiel, seul un montant maximum de 3 608 euros pourrait être alloué au requérant ;
- s'agissant du préjudice d'angoisse de mort imminente, le requérant ne peut être indemnisé pour ce préjudice qui n'est accordé qu'aux ayants-droits des victimes décédées et selon des conditions strictes ;
- s'agissant des souffrances endurées, il ne pourrait être alloué au requérant une somme supérieure à 2 000 euros ;
- s'agissant du déficit fonctionnel permanent de 30%, il ne pourra pas dépasser 45 000 euros en raison de son taux d'incapacité et de son âge ;
- s'agissant du préjudice d'agrément, il n'est pas justifié ou à tout le moins, en cas d'indemnisation, celle-ci ne pourrait excéder la somme de 500 euros ;
- s'agissant du préjudice sexuel, il n'est pas documenté aux termes des conclusions de l'expert et doit ainsi être rejeté.
Par un mémoire enregistré le 29 novembre 2022, le préfet de la zone de défense et de sécurité sud - SGAMI sud, conclut à sa mise hors de cause.
Il fait valoir que la police municipale relève des pouvoirs propres du maire et qu'en conséquence, le maire de Nice est seul compétent pour produire des écritures en défense dans le cadre de ce recours.
Par un mémoire enregistré le 10 septembre 2024, le ministre de l'intérieur conclut, à titre principal, à la mise hors de cause de l'Etat, à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où M. A serait regardé commun collaborateur occasionnel aux services de l'Etat et que cette collaboration serait à l'origine directe du préjudice invoqué, à l'incompétence de la juridiction administrative, et à titre infiniment subsidiaire, si la responsabilité de l'Etat devait être reconnue, à la compétence du préfet des Alpes-Maritimes pour représenter l'Etat dans le cadre de ce litige.
Il fait valoir que :
- à titre principal, l'Etat doit être mis hors de cause dès lors que la ville de Nice est seule compétente en tant qu'employeur de M. A au moment des faits pour défendre dans le présent litige ; la présence de M. A sur les lieux de l'attentat était exclusivement liée à ses fonctions de policier municipal dans un cadre déterminé par son employeur, la ville de Nice ;
- à titre subsidiaire, à supposer même que M. A ait pu être regardé comme ayant collaboré occasionnellement aux services de l'Etat, cette collaboration n'est pas à l'origine d'un préjudice spécifique distinct de ceux liés à sa présence sur les lieux en qualité de policier municipal, de sorte que l'Etat ne peut être mis en cause dans ce litige ; en tout état de cause, la collaboration dont M. A fait état avec les services de l'Etat relève de missions de police judiciaire de sorte que l'engagement de la responsabilité de l'Etat au titre d'une opération de police judiciaire ne ressortit pas à la compétence du juge administratif ;
- à titre infiniment subsidiaire, à supposer que la responsabilité de l'Etat soit reconnue, seul le préfet du département des Alpes-Maritimes, qui est chargé de l'ordre public et de la sécurité des populations, serait compétent pour représenter l'Etat dans le présent litige.
La procédure a été communiquée à la mutuelle Intériale qui n'a pas produit d'observations.
Par courrier du 6 novembre 2024, les parties ont été informées de la date à laquelle le tribunal envisageait d'inscrire l'affaire à une audience.
Une ordonnance a fixé une clôture d'instruction immédiate le 14 novembre 2024, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 4 mars 2024, par laquelle la présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur B.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 janvier 2025 :
- le rapport de Mme Gazeau,
- les conclusions de Mme Guilbert, rapporteure publique,
- et les observations de Me Abier-Rougeron, représentant M. A, et de Me Bessis-Osty, représentant la commune de Nice.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, brigadier-chef de la police municipale de Nice jusqu'au 21 octobre 2021, date à laquelle il a été mis à la retraite, a été victime d'un accident de service le 14 juillet 2016 lors de l'attentat sur la promenade des Anglais à Nice. Par un courrier daté du 29 juillet 2022 et réceptionné le 2 août suivant, M. A a demandé au maire de la ville de Nice, la réparation des préjudices extra-patrimoniaux causés par cet accident de service. Par décision du 30 août 2022, le maire de Nice a rejeté cette demande. Le 18 novembre 2022, M. A a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Nice aux fins de diligenter une expertise médicale en vue de déterminer les conséquences physiques et psychiques de sa participation active lors de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice alors qu'il assurait son service en qualité de policier municipal. Par ordonnance du 16 mai 2023, le juge des référés du tribunal administratif de Nice a désigné le docteur B en qualité d'expert, lequel a rendu ses conclusions le 23 janvier 2024. M. A, en s'appuyant sur les conclusions de l'expertise, demande au tribunal de condamner solidairement l'Etat et la commune de Nice à lui verser la somme de 145 400 euros en réparation des préjudices causés par l'accident de service dont il a été victime le 14 juillet 2016.
Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Nice :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".
3. Il résulte de l'instruction que M. A a adressé à son employeur, par courrier daté du 29 juillet 2022, réceptionné le 2 août suivant, une demande tendant à la saisine de la commission de réforme afin qu'une expertise soit organisée ayant pour objet la prise en charge des préjudices extra-patrimoniaux résultant de l'accident de service survenu le 14 juillet 2016. Par ce courrier, M. A doit être regardé comme ayant entendu demander réparation à son employeur des préjudices extra-patrimoniaux subis à l'occasion de l'accident de service dont il a été victime. Ce courrier, qui vaut ainsi demande préalable indemnitaire, a fait l'objet d'une décision expresse de rejet du maire de Nice en date du 30 août 2022, qui a donc lié le présent recours. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée en défense tirée du défaut de liaison du contentieux ne peut qu'être écartée.
4. En second lieu, si des conclusions tendant à une condamnation pécuniaire doivent en principe être chiffrées devant les juges de première instance, cette irrégularité est régularisable même après l'expiration du délai de recours contentieux tant qu'il n'a pas été statué sur leur demande. Dans sa requête introductive d'instance, M. A s'est réservé la possibilité de chiffrer sa demande d'indemnité dans l'attente des conclusions de l'expertise ordonnée par le tribunal administratif de Nice. Après le dépôt du rapport de l'expert, M. A a, dans un mémoire en réplique enregistré le 8 mars 2024, estimé son préjudice à la somme globale de 145 400 euros. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de chiffrage de la demande indemnitaire de M. A doit être rejetée.
Sur la mise hors de cause du ministre de l'intérieur et du préfet de la zone de défense et de sécurité sud - SGAMI sud :
5. Aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs ". Aux termes du 1er alinéa de l'article L. 2212-2 de ce code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques () ". Selon l'article L. 2212-5 du même code, les missions des agents de police municipale et l'organisation des services de police municipale sont régies par les dispositions du titre Ier du livre V du code de la sécurité intérieure. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la sécurité intérieure : " Sans préjudice de la compétence générale de la police nationale et de la gendarmerie nationale, les agents de police municipale exécutent, dans la limite de leurs attributions et sous son autorité, les tâches relevant de la compétence du maire que celui-ci leur confie en matière de prévention et de surveillance du bon ordre, de la tranquillité, de la sécurité et de la salubrité publiques () ".
6. Il résulte de l'instruction qu'à l'occasion des animations nocturnes et du feu d'artifice donnés le 14 juillet 2016 lors de la fête nationale, des agents de la police municipale de la ville de Nice, dont M. A, ont été mobilisés pour assurer le bon déroulement de la manifestation, en collaboration avec la police nationale. Il résulte de l'instruction et notamment de la note de service n°202, que les agents de police municipale mobilisés pour cet évènement avaient pour missions de procéder aux enlèvements fourrières, d'assurer l'effectivité du plan de circulation mis en place, de surveiller le plan d'eau et la villa Masséna, et de participer au PC radio. Cette note indiquait en outre expressément que la surveillance de l'ordre public serait assurée par la police nationale. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que les missions dévolues aux agents de la police municipale de Nice lors de la célébration de la fête nationale organisée le 14 juillet 2016 relevaient des seules compétences de police municipale. Il s'ensuit que l'Etat doit être regardé, dans les circonstances de l'espèce, comme manifestement étranger à ce litige qui oppose un agent public à son employeur, quand bien même la sécurité des festivités du 14 juillet 2016 incombait au préfet et qu'à la suite de la commission de l'attentat, M. A aurait été placé sous l'autorité fonctionnelle de forces de la police nationale en ayant intégré une colonne du RAID. Par suite, le ministre de l'intérieur et le préfet de la zone de défense et de sécurité sud - SGAMI sud doivent être mis hors de cause. Leurs demandes en ce sens doivent ainsi être accueillies.
Sur les conclusions indemnitaires :
7. Le requérant doit être regardé, au vu de ses écritures, comme sollicitant l'engagement de la responsabilité de la commune de Nice sur le terrain, d'une part, de la responsabilité pour faute en ce que la commune ne lui a pas accordé le bénéfice de la protection fonctionnelle, d'autre part, de la responsabilité sans faute du fait des conséquences de son accident de service aux fins de réparation des préjudices personnels en résultant.
En ce qui concerne l'engagement de la responsabilité de la commune de Nice à raison de la faute commise au titre de la protection fonctionnelle :
8. Aux termes de l'article L. 134-1 du code général de la fonction publique : " L'agent public ou, le cas échéant, l'ancien agent public bénéficie, à raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire, dans les conditions prévues au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 134-5 de ce code : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. / Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ". Ces dispositions établissent, à la charge de l'administration, une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
9. Il ne résulte pas de l'instruction que M. A aurait sollicité auprès de son administration le bénéfice de la protection fonctionnelle alors qu'une telle demande incombe pourtant au fonctionnaire. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à invoquer l'existence d'une faute de l'administration liée au défaut de protection fonctionnelle. Par suite, les conclusions de M. A aux fins d'engagement de la responsabilité pour faute de la commune de Nice à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne l'engagement de la responsabilité sans faute de la commune de Nice :
10. D'une part, les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les intéressés peuvent prétendre, au titre des conséquences patrimoniales destinées à réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche pas obstacle à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice. Elles ne font pas non plus obstacle à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.
11. La circonstance que le fonctionnaire victime d'un accident de service ou d'une maladie professionnelle ne remplit pas les conditions auxquelles les dispositions mentionnées ci-dessus subordonnent l'obtention d'une rente ou d'une allocation temporaire d'invalidité fait obstacle à ce qu'il prétende, au titre de l'obligation de la collectivité qui l'emploie de le garantir contre les risques courus dans l'exercice de ses fonctions, à une indemnité réparant des pertes de revenus ou une incidence professionnelle. En revanche, elle ne saurait le priver de la possibilité d'obtenir de cette collectivité la réparation de préjudices d'une autre nature, dès lors qu'ils sont directement liés à l'accident ou à la maladie.
12. D'autre part, un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service.
13. Il résulte de l'instruction que l'accident subi par M. A le 14 juillet 2016 a été reconnu imputable au service le 12 août 2016 et que le requérant a été placé en congé pour maladie imputable au service jusqu'à son admission anticipée à la retraite au 1er octobre 2021. Il résulte également de l'instruction que le syndrome post-traumatique dont souffre M. A est en lien direct et certain avec cet accident du 14 juillet 2016. Dans ces conditions, M. A est fondé à rechercher la responsabilité sans faute de la commune de Nice pour l'indemnisation des préjudices d'une nature autre que la perte de revenus et l'incidence professionnelle et des préjudices personnels qu'il a subis résultant de cet accident de service.
En ce qui concerne les préjudices invoqués :
14. L'expert désigné par le tribunal administratif de Nice a remis son rapport le 23 janvier 2024 et a fixé la date de consolidation de l'état de santé de M. A au 30 juin 2019.
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
15. M. A demande, au titre des préjudices patrimoniaux, dans le cadre de la présente instance, le remboursement des divers frais médicaux qu'il indique avoir dû supporter pour un montant total de 1 776 euros. Cette somme recouvre l'assistance du docteur C, médecin-conseil de l'intéressé, à l'expertise psychiatrique. Il résulte de l'instruction que le docteur C était présent lors de l'examen clinique réalisé par le docteur B dans le cadre de la mission d'expertise confiée à ce dernier par le juge des référés du tribunal. M. A est dès lors fondé à solliciter le remboursement des honoraires versés à cette occasion à son médecin, dont il justifie le montant par la production d'une facture de 1 776 euros datée du 29 novembre 2023.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux :
Quant au déficit fonctionnel temporaire partiel :
16. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que M. A a souffert d'un déficit fonctionnel temporaire partiel de 50 % pour la période allant du 14 juillet 2016 au 14 janvier 2017 et de 33 % pour la période allant du 15 janvier 2017 au 30 juin 2019, date de consolidation de son état de santé. Il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire partiel ainsi subi par le requérant sur ces différentes périodes en lui allouant la somme totale de 3 900 euros.
Quant au préjudice d'angoisse de mort imminente :
17. Il résulte de l'instruction que s'il est indéniable que M. A a eu peur pour sa vie lors de cet attentat, il ne peut néanmoins, eu égard aux conditions de son intervention, telle qu'il l'a décrite lors de ses examens cliniques réalisés par les experts médicaux désignés ainsi que par l'expert judiciaire, se prévaloir d'un préjudice d'angoisse de mort imminente.
Quant aux souffrances endurées :
18. Les souffrances endurées ont été estimées par l'expert judiciaire à 3 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à M. A une somme de 3 100 euros.
Quant au déficit fonctionnel permanent :
19. L'expert judiciaire a retenu un déficit fonctionnel permanent de M. A évalué à 30%. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise et des autres pièces médicales versées aux débats, que le requérant, qui ne présente aucun antécédent psychiatrique, devait suivre, après consolidation de son état de santé, des soins spécialisés sous la forme d'une consultation psychiatrique mensuelle et d'une prise médicamenteuse constituée d'un antidépresseur, d'un anxiolytique et d'un tranquillisant à visée hypnotique. En défense, la commune de Nice ne conteste pas les conclusions et le taux retenu par l'expert s'agissant de ce poste de préjudice. Par suite, compte tenu de ce taux et de l'âge du requérant à la date de la consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 50 000 euros.
Quant au préjudice d'agrément :
20. Si le requérant fait valoir que les conséquences dommageables de l'accident de service qu'il a subi a entrainé un repli sur lui-même, l'empêche de pratiquer le footing sur la promenade des Anglais et l'a contraint à mettre fin à son activité de pompier bénévole, il n'apporte aucun élément ni précision de nature à démontrer la réalité de ce préjudice. Ses conclusions sur ce point doivent dès lors être rejetées.
Quant au préjudice sexuel :
21. Il résulte de l'instruction, notamment au vu des conclusions d'expertise et des autres pièces produites, que le préjudice sexuel dont le requérant se prévaut, qui n'est pas suffisamment documenté, n'est pas établi. Les conclusions de M. A à ce titre ne peuvent donc qu'être rejetées.
22. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à obtenir, sur le terrain de la responsabilité sans faute de l'État, une somme totale de 58 776 euros, à titre d'indemnisation des préjudices personnels qu'il a subis consécutivement à l'accident de service du 14 juillet 2016.
Sur les conséquences d'une indemnisation accordée par le juge judiciaire :
23. La décision du juge administratif ne pouvant avoir pour effet de procurer à la victime une réparation supérieure au montant du préjudice subi, il y a lieu, pour celui-ci, de diminuer la somme mise à la charge du responsable dans la mesure requise pour éviter que le cumul de cette somme et des indemnités que la victime a pu obtenir devant d'autres juridictions excède le montant total des préjudices ayant résulté, pour elle, du fait générateur.
24. En l'espèce, si le requérant s'est constitué partie civile dans le cadre de la procédure diligentée devant la cour d'assises spéciale de Paris, la décision de cette cour n'a pas été rendue à la date du présent jugement.
Sur les intérêts :
25. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1153 du code civil courent à compter de la réception par la partie débitrice de la réclamation de la somme principale ou, le cas échéant, faute de demande préalable indemnitaire, de l'enregistrement de cette demande au tribunal.
26. En l'espèce, M. A a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 58 776 euros qui lui est due, à compter du 2 août 2022, date à laquelle la commune de Nice a reçu la demande préalable du requérant de paiement au principal.
Sur les conclusions tendant à l'exécution provisoire du jugement :
27. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". Par suite, les conclusions aux fins d'exécution sont sans objet et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les dépens :
28. Par une ordonnance du 4 mars 2024, le tribunal a mis à la charge de M. A les frais et honoraires de l'expertise prescrite par l'ordonnance du 16 mai 2023, liquidés et taxés à la somme de 1 200 euros toutes taxes comprises, incluant l'allocation provisionnelle accordée par ordonnance du 6 juin 2019. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre ces frais et honoraires, à titre définitif, à la charge de la commune de Nice. Il y a donc lieu de condamner la commune de Nice à lui en rembourser la totalité, soit la somme de 1 200 euros toutes taxes comprises, sous réserve que le requérant justifie de l'entier versement de cette somme à l'expert.
Sur les frais liés au litige :
29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à la commune de Nice d'une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
30. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Nice qui est, dans la présente instance, la partie perdante, la somme de 1 500 euros à verser à M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Nice est condamnée à verser à M. A la somme de 58 776 euros en réparation des préjudices qu'il a subis, assortie des intérêts au taux légal à compter du 2 août 2022.
Article 2 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 1 200 euros toutes taxes comprises sont mis à la charge de la ville de Nice sous réserve que M. A justifie de l'entier versement de cette somme à l'expert.
Article 3 : La commune de Nice versera la somme de 1 500 euros à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la commune de Nice.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur, au préfet de la zone de défense et de sécurité sud - SGAMI Sud et à la mutuelle Interiale.
Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Soli, président,
Mme Gazeau, première conseillère,
M. Loustalot-Jaubert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.
La rapporteure,
signé
D. Gazeau
Le président,
signé
P. Soli La greffière,
signé
B-P. Antoine
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026