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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205488

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205488

jeudi 27 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205488
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat Mme POUGET
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal, le 18 novembre 2022 sous le numéro 2205488, M. F D, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 mai 2022 du président du conseil départemental des Alpes-Maritimes rejetant son recours administratif préalable obligatoire à l'encontre d'un indu de RSA d'un montant de 20 142,35 euros pour la période de janvier 2018 à août 2021 ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer ;

3°) d'enjoindre au département des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du département des Alpes-Maritimes une somme de 2 000 euros à verser à son avocat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve d'une renonciation, à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Le requérant soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée méconnaît les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle ne comporte aucune des informations relatives au traitement algorithmique prévues par lesdits articles ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision est illégale dès lors qu'il n'a pas été informé de ce que la CAFAM avait usé de son droit de communication auprès de tiers ;

- elle est illégale dès lors qu'elle a été prise en l'absence de saisine de la commission de recours amiable (CRA) ;

- la décision est illégale en raison des retenues illégalement pratiquées par la CAFAM en méconnaissance de l'article L.262-46 du code de l'action sociale et des familles qui prévoit la suspension des retenues lorsqu'il y a contestation d'un indu ;

- les droits de la défense ont été méconnus ;

- la décision méconnait l'article L.262-2 du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'il bénéficie d'une résidence stable et effective en France et n'entretient aucune vie commune avec son épouse qui réside à l'étranger ;

- la décision méconnaît le droit à l'erreur ;

- à titre subsidiaire, il remplit les conditions permettant de bénéficier d'une remise de dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2023, le département des Alpes-Maritimes, représenté par son président en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal le 18 novembre 2022 sous le numéro 2205497, M. F D, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes (CAFAM) de rejet implicite de son recours administratif préalable

2°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 8 375 euros correspondant à un indu d'allocations de logement social (ALS) pour la période de mars 2019 à septembre 2021 ;

3°) d'enjoindre à la CAFAM de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la CAFAM une somme de 2 000 euros à verser à son avocat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve d'une renonciation, à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Le requérant soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle a été prise par une autorité incompétente en méconnaissance de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitat ;

- cette décision est entachée d'illégalité dès lors qu'il n'est pas établi que le contrôle aurait été diligenté par un agent agréé et assermenté ;

- la décision est illégale dès lors qu'il n'a pas été informé de ce que la CAFAM avait usé de son droit de communication auprès de tiers ;

- elle est illégale dès lors qu'elle a été prise en l'absence de saisine de la commission de recours amiable (CRA) ;

- les droits de la défense ont été méconnus ;

- la CAFAM n'a produit aucun décompte de la créance ;

- la décision est illégale en raison des retenues illégalement pratiquées par la CAFAM;

- la décision méconnaît les articles L. 821-1, L. 822-2 et L. 841-1 du code de la construction et de l'habitat ;

- la décision méconnaît le droit à l'erreur ;

- il remplit les conditions permettant de bénéficier d'une remise de dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2023, la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, représentée par son directeur en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

III. Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal le 18 novembre 2022 sous le numéro 2205503, M. F D, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 septembre 2022 du directeur de la CAFAM rejetant son recours administratif préalable obligatoire à l'encontre des indus de primes de solidarité d'un montant de 300 euros pour les mois de mai et novembre 2020 ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer ;

3°) de mettre à la charge de la CAFAM une somme de 2 000 euros à verser à son avocat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve d'une renonciation, à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Le requérant soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est illégale dès lors qu'il n'a pas été informé de ce que la CAFAM avait usé de son droit de communication auprès de tiers ;

- la décision est illégale en raison des retenues illégalement pratiquées par la CAFAM ;

- la décision méconnaît l'article 4 du décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité ;

- elle méconnaît l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'il bénéficie d'une résidence stable et effective en France et n'entretient aucune vie commune avec son épouse qui réside à l'étranger ;

- la décision méconnaît le droit à l'erreur ;

- il remplit les conditions permettant de bénéficier d'une remise de dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2023, la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, représentée par son directeur en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

IV. Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal le 18 novembre 2022 sous le numéro 2205504, M. F D, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 septembre 2022 du directeur de la CAFAM rejetant son recours administratif préalable obligatoire à l'encontre des indus de primes de Noël d'un montant de 304,90 euros pour les années 2019 et 2020 ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer ;

3°) de mettre à la charge de la CAFAM une somme de 2 000 euros à verser à son avocat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve d'une renonciation, à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Le requérant soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est illégale dès lors qu'il n'a pas été informé de ce que la CAFAM avait usé de son droit de communication auprès de tiers ;

- la décision est illégale en raison des retenues illégalement pratiquées par la CAFAM ;

- la décision méconnaît les articles 6 des décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 et décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année ;

- elle méconnaît l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'il bénéficie d'une résidence stable et effective en France et n'entretient aucune vie commune avec son épouse qui réside à l'étranger ;

- la décision méconnaît le droit à l'erreur ;

- il remplit les conditions permettant de bénéficier d'une remise de dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2023, la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, représentée par son directeur en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. F D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 22 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année ;

- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année ;

- le décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 juillet 2023 :

- le rapport de Mme Pouget, présidente ;

- et les observations de Mme C, représentant le département des Alpes-Maritimes.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre d'un contrôle administratif de la situation de M. F D, la CAFAM a constaté que le l'intéressé n'avait pas déclaré son mariage avec Mme B A, vivant à l'étranger, ainsi que son absence du territoire français de février 2020 à octobre 2021 et l'avantage vieillesse qu'il percevait depuis le 1er décembre 2018. Par une décision du 1er mars 2022, le directeur de la CAFAM a mis à sa charge des indus de RSA d'un montant de 20 142,35 euros, d'aide exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 304,90 euros, d'allocation de logement sociale (ALS) d'un montant de 8 375 euros et de prime de solidarité d'un montant de 300 euros, constitués sur la période du 1er janvier 2018 au 30 septembre 2021. Par courrier du 5 mai 2022, le requérant a formé un recours contre cette décision en tant qu'elle lui notifie un indu de RSA, recours qui a été rejeté par une décision du département des Alpes-Maritimes du 23 mai 2022. Par décisions du 9 septembre 2022, la CAFAM a rejeté le recours administratif portant sur la récupération des indus de prime de solidarité et de prime exceptionnelle de fin d'année. À défaut de réponse de la CAFAM dans le délai de deux mois, une décision implicite de rejet est née le 6 juillet 2022 à l'encontre du recours administratif portant sur l'indu d'ALS. Par les présentes requêtes, M. D demande au tribunal d'annuler l'ensemble de ces décisions.

Sur la jonction des requêtes n°s 2205488- 2205497- 2205503 et 2205504 :

2. Les requêtes susvisées présentées pour M. F D présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, de prime de solidarité, d'aide exceptionnelle de fin d'année, ou d'aide au logement, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

Sur l'indu de revenu de solidarité active (RSA) " socle " :

S'agissant de la régularité de la décision attaquée :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration : " () une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique comporte une mention explicite en informant l'intéressé. Les règles définissant ce traitement ainsi que les principales caractéristiques de sa mise en œuvre sont communiquées par l'administration à l'intéressé s'il en fait la demande. / Les conditions d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'État. ". Aux termes de l'article R. 311-3-1-2 du même code : " L'administration communique à la personne faisant l'objet d'une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, à la demande de celle-ci, sous une forme intelligible et sous réserve de ne pas porter atteinte à des secrets protégés par la loi, les informations suivantes: / 1° Le degré et le mode de contribution du traitement algorithmique à la prise de décision; /2° Les données traitées et leurs sources;/3° Les paramètres de traitement et, le cas échéant, leur pondération, appliqués à la situation de l'intéressé;/4° Les opérations effectuées par le traitement. ".

5. Il résulte de l'instruction que la décision attaquée a été prise à la suite d'un contrôle diligenté par un agent de la CAFAM. Il s'ensuit que contrairement à ce que fait valoir le requérant, elle ne procède pas d'un traitement algorithmique et n'avait donc pas à contenir les informations prévues par les articles susmentionnés. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision ne comporterait aucune des mentions exigées par l'article R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la décision attaquée du 23 mai 2022 a été signée pour le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes par Mme G H, attachée territoriale, cheffe du service du pilotage et du contrôle des parcours d'insertion. Par arrêté du 21 février 2022, publié le 1er mars 2022 au bulletin des actes administratifs n° 6 du département des Alpes-Maritimes, Mme H a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du président du Conseil départemental des Alpes-Maritimes les actes et documents relevant du domaine de compétence de la direction générale adjointe pour le développement des solidarités humaines, catégorie dont notamment la décision litigieuse d'aide financière ponctuelle. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté comme infondé.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes ; () ". Aux termes de l'article L. 114-21 du même code : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ".

8. M. D soutient qu'il n'a pas été informé de ce que la CAF des Alpes-Maritimes avait usé de son droit de communication auprès de tiers avant la mise en recouvrement. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment du document " procédure contradictoire ", rempli et signé par M. D, que celui-ci a été informé, les 26 et 29 novembre 2021, que le contrôleur assermenté avait exercé son droit de communication auprès des organismes bancaires. M. D a alors déclaré avoir pris connaissance des constats du contrôleur, et être d'accord avec ces derniers. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale (). Et, aux termes de l'article R. 262- 90 du même code : " Lorsqu'elle est saisie, la commission de recours amiable se prononce dans un délai d'un mois à compter de la date de saisine. A réception de l'avis, le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Si elle ne s'est pas prononcée au terme du délai mentionné au précédent alinéa, son avis est réputé rendu et le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. L'avis de la commission et la décision du président du conseil départemental sont motivés. ".

10. Dans ce cadre, il appartient au tribunal administratif, saisi d'un moyen tiré du défaut de consultation de la commission de recours amiable de l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, de s'assurer du caractère obligatoire de cette consultation dans l'hypothèse en litige, en vertu des clauses réglementaires de la convention conclue entre le département et l'organisme. En revanche, la circonstance que le législateur ait entendu permettre à chaque département, agissant par voie de convention avec cet organisme, de déterminer les hypothèses dans lesquelles les réclamations dirigées contre des décisions relatives au revenu de solidarité active sont soumises pour avis à sa commission de recours amiable n'a pas pour effet de retirer à la consultation de cette commission, eu égard à sa nature et à sa composition, le caractère d'une garantie apportée, lorsqu'elle est prévue, au bénéficiaire du revenu de solidarité active.

11. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'introduction du recours du requérant, la commission de recours amiable a bien été saisie et qu'elle a rendu un avis défavorable le 26 avril 2023. Par suite, le moyen tiré du défaut de consultation de la commission doit donc être écarté comme manquant en fait.

12. En cinquième lieu, M. D se prévaut de la méconnaissance de l'article L.262-46 du code de l'action sociale et des familles qui pose le principe du caractère suspensif de la procédure sur les retenues et compensations pouvant être opérées sur les prestations servies. À supposer que des retenues aient été effectivement effectuées, cette circonstance est sans incidence sur la régularité de la décision attaquée comme sur le bien-fondé de l'indu en litige.

13. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".

14. Le principe général des droits de la défense prévoit que les décisions individuelles défavorables n'interviennent qu'après que la personne intéressée ait été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales et d'autre part, le recours administratif préalable obligatoire, institué par l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles des articles, est destiné à remédier à l'absence de procédure contradictoire en permettant à l'administré de faire valoir ses observations sur la décision défavorable qui lui est opposée.

15. Si M. D se prévaut de la méconnaissance du principe du contradictoire, le requérant a eu connaissance des faits qui lui étaient reprochés au moment du contrôle effectué par la CAFAM et, en tout état de cause, comme il est énoncé au point 8, lorsqu'il a complété et signé le document relatif à la procédure contradictoire à la suite de l'entretien du 22 octobre 2021. Par un courrier du 1er mars 2022, puis du 3 mars de la même année, la caisse l'a également informé du montant des indus ainsi que de leurs périodes de référence en faisant mention du rapport de contrôle établi en décembre 2021. Il ressort des pièces du dossier que M. D a effectué un recours gracieux à l'encontre de cette décision, et a pu ainsi produire ses observations écrites. Par ailleurs, s'agissant de la communication du rapport de contrôle, le département fait valoir qu'il a indiqué, dans sa décision du 23 mai 2022, au requérant les modalités selon lesquelles ce rapport pouvait lui être communiqué. Il ne ressort pas des pièces produites aux débats que M. D aurait répondu à ce courrier. Le requérant n'établit ni même allègue avoir entrepris auprès de la CAFAM des démarches visant à obtenir communication de ce rapport. Par suite, le moyen tiré de la violation du principe du contradictoire doit être écarté.

S'agissant du bien-fondé de l'indu en litige :

16. En premier lieu, aux termes de l'article L.262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; /2° Les modalités d'évaluation des ressources, () ". Aux termes de l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ". Enfin, aux termes de l'article R.262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

17. Pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elle mentionne et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

18. Il résulte de l'instruction que M. D alors allocataire du RSA, a toujours déclaré à la CAFAM vivre seul et n'avoir aucune activité depuis 2017. Or, à la suite du contrôle diligenté par un contrôleur assermenté de la CAFAM qui a rendu un rapport en décembre 2021 lequel fait foi jusqu'à preuve contraire, il s'est avéré que l'allocataire n'avait pas déclaré ses séjours de plus de trois mois consécutifs hors du territoire français ainsi que son mariage depuis décembre 2017 et la pension vieillesse qu'il percevait depuis décembre 2018. La CAFAM a ainsi procédé à la régularisation de sa situation dont il est résulté, d'une part, que l'intéressé n'avait plus droit au bénéfice du RSA et, par voie de conséquence, à celui des autres allocations parmi lesquelles l'ALS, les primes de fin d'année et celles de solidarité dont l'attribution est subordonnée à la perception du RSA, d'autre part, les indus en litige. Si le requérant soutient que sa période d'absence sur le territoire français correspond à la période de confinement liée à la pandémie de la Covid-19, ses allégations sont démenties par le département qui explique que le bailleur de M. D a indiqué au contrôleur que, du fait de son départ en février 2020 à l'étranger et bien avant les décisions étatiques de mars 2020 relatives aux fermetures de frontières en raison de la pandémie, l'intéressé avait mis son appartement en sous-location et ce, jusqu'en septembre 2021. Aussi, la circonstance que son épouse réside à l'étranger n'exonérait pas le requérant de signaler son changement de situation auprès de la caisse, notamment à l'occasion de ses déclarations trimestrielles de ressources. Ces omissions répétées par l'intéressé dans ses déclarations doivent être regardées comme des fausses déclarations. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le Département des Alpes-Maritimes a rejeté son recours administratif préalable à l'encontre de l'indu du RSA mis à sa charge.

19. En second lieu, Si M. D se prévaut de son droit à l'erreur, la décision en litige de récupération d'indu de RSA, fondée sur des omissions de déclaratives, ne constitue pas une sanction pécuniaire ou une privation de tout ou partie d'une prestation due. Par suite, le moyen tiré du droit à l'erreur en application des dispositions précitées de l'article L.123-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme inopérant.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a rejeté le recours administratif préalable obligatoire contre la décision mettant à la charge de M. D un indu de revenu de solidarité active de 20 142,35 euros pour la période de janvier 2018 à août 2021 doivent être rejetées.

Sur l'indu d'allocations de logement sociale (ALS) :

S'agissant de la régularité de la décision attaquée :

21. En premier lieu, M. D soutient que la décision attaquée aurait été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique. Toutefois, la décision en litige est une décision implicite de rejet du recours administratif préalable formé par M. D à l'encontre de la décision du 1er mars 2022 à laquelle elle s'est substituée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant. À supposer que M. D ait entendu diriger ce moyen à l'encontre de la décision implicite de rejet attaquée, celui-ci doit être écarté dès lors que cette décision n'entre manifestement pas dans le champ d'application de ces dispositions.

22. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte, dirigé contre la décision implicite par laquelle la CAFAM a rejeté son recours préalable obligatoire formé le 5 mai 2022, est inopérant et ne peut qu'être écarté.

23. En troisième lieu, M. D soutient que l'agent chargé du contrôle, M. E, n'était pas assermenté. Il résulte toutefois de l'instruction que M. E bénéficie d'un agrément définitif par décision en date du 31 août 2012.

24. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs qu'énoncés aux points 7 et 8, le moyen tiré de l'absence d'information de l'usage du droit de communication, en méconnaissance de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale, doit être écarté.

25. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitat : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement () est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée./ Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre IV du code des relations entre le public et l'administration. La procédure définie par les articles R. 142-1 et R. 142-6 du code de la sécurité sociale lui est applicable ". Aux termes des articles L. 231-1 et L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration : " I. - Le silence gardé pendant deux mois par l'autorité administrative sur une demande vaut décision d'acceptation. / () / Le premier alinéa n'est pas applicable et, par dérogation, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : / () 2° Lorsque la demande () présente le caractère d'une réclamation ou d'un recours administratif () ". Il résulte de ces dispositions et des dispositions précitées de l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitat que la décision implicite de rejet du recours formé par M. D à l'encontre de la décision de la CAFAM en tant qu'elle met à sa charge un indu d'allocation de logement sociale doit être regardée comme ayant été prise par la commission de recours amiable, organe compétent en la matière. Par suite, le moyen tiré du défaut de consultation de la commission ne peut qu'être écarté.

26. En sixième lieu, le requérant soutient que la CAFAM n'a pas fourni le décompte de la créance. Toutefois, outre qu'il n'établit pas avoir demandé la communication du décompte de la créance auprès de la CAFAM, la caisse produit, dans le cadre de la présente instance, un décompte précis des sommes réclamées au titre de l'indu de l'allocation de logement sociale.

27. En septième lieu, le requérant soutient que des retenues ont été pratiquées sur ses prestations sociales alors que l'indu faisait l'objet d'un recours. Toutefois, en tout état de cause, pareille circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse et le bien-fondé de l'indu.

28. En dernier lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 8, M. D n'est pas fondé à soutenir que les droits de la défense auraient été méconnus et que la procédure contradictoire n'aurait pas été respectée.

S'agissant du bien-fondé de l'indu :

29. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Les aides personnelles au logement comprennent : () / 2° les allocations de logement : () / b) L'allocation de logement sociale ". Aux termes de l'article L. 821-2 du même code : " Les aides personnelles au logement sont accordées au titre de la résidence principale " et aux termes des dispositions de l'article R. 822-2 de ce code prévoit que : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles perçues par le bénéficiaire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. () ". L'article R. 822-3 de ce code précise que : " Les ressources et les charges prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont appréciées, tous les trois mois, sous réserve des dispositions prévues à l'article R. 823-6-1, selon les périodes de référence suivantes : / () 3° Pour les autres revenus imposables, sous réserve pour les travailleurs indépendants des dispositions de l'article R. 822-5, sur une période de référence correspondant à l'avant-dernière année précédant la date d'ouverture ou de réexamen du droit à l'aide personnelle au logement. " En outre, aux termes des dispositions de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré () par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution () / Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. ". Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 18, M. D n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que la CAFAM a rejeté son recours administratif préalable à l'encontre de l'indu d'ALS mis à sa charge.

30. En second lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou fraude () ".

31. Pour se prévaloir des dispositions citées ci-dessus, M. D soutient avoir avisé la caisse des changements intervenus dans sa situation personnelle et professionnelle. Toutefois, il n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de cette allégation. En tout état de cause, ce moyen est sans incidence sur la récupération de l'indu en litige qui ne constitue pas une sanction.

32. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le directeur de la CAFAM a rejeté le recours administratif préalable obligatoire contre la décision mettant à sa charge un indu d'allocation de logement sociale doivent être rejetées.

Sur l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année pour l'année 2019 et 2020 :

S'agissant de la régularité de la décision attaquée :

33. En premier lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 5, le moyen tiré de ce que la décision attaquée ne comporterait aucune des mentions exigées par l'article R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme inopérant.

34. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ".

35. M. D fait valoir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions précitées en ce que le directeur de la CAFAM n'aurait pas fait mention de son nom, ni prénom et n'aurait pas signé ladite décision. Toutefois, à la simple lecture de la décision querellée il appert que celle-ci comporte les mentions précédemment indiquées de sorte qu'il est possible d'identifier son auteur.

36. En troisième lieu, pour les mêmes motifs qu'énoncés aux points 7 et 8, le moyen tiré de l'absence d'information de l'usage du droit de communication, en méconnaissance de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale, doit être écarté.

37. En quatrième et dernier lieu, M. D soulève le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.262-46 du code de l'action sociale et des familles concernant le caractère suspensif de la procédure sur les retenues et compensations pouvant être opérées sur les prestations servies. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la circonstance, à la supposer établie que des retenues aient effectivement été effectuées, est sans incidence sur la régularité de la décision attaquée et sur le bien-fondé de l'indu en litige.

S'agissant du bien-fondé des indus de prime exceptionnelle de fin d'année 2019 et 2020 :

38. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 3 du décret du décret du 10 décembre 2019 et du décret du 29 décembre 2020 : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2019 ou, à défaut, du mois de décembre 2019, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code. () ". Aux termes de l'article 6 des mêmes décrets portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. ( ) . ".

39. D'autre part, aux termes du septième alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " L'article L. 161-1-5 [du code de la sécurité sociale] est applicable pour le recouvrement des sommes indûment versées au titre du revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée (), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixées par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement () ". Aux termes de l'article R. 133-3 du même code : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner, dans les domaines mentionnés aux articles L. 161-1-5 ou L. 244-9, une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles. / () Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié () par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification ou de la signification () ".

40. Il résulte de ces dispositions, combinées avec celles des décrets visés ci-dessus du 10 décembre 2019 et 29 décembre 2020 attribuant une aide exceptionnelle aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre ou, à défaut, du mois de décembre de l'année considérée, qu'un versement indu de cette allocation doit être regardé comme relevant des " sommes indûment versées au titre du revenu de solidarité active " au sens de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles.

41. M. D conteste le bien-fondé de la créance en litige en faisant valoir que percevant le RSA en novembre 2019 et 2020, il avait droit aux primes exceptionnelles de fin d'année. Toutefois, comme il a été dit précédemment, M. D n'avait plus la qualité d'allocataire du RSA au titre de ces années 2019 et 2020. Par suite, c'est par une exacte application des dispositions précitées que la CAF a pu lui notifier un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de ces années.

42. En second lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 34, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

43. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le directeur de la CAFAM a notifié au requérant un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2019 et 2020 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'indu de prime de solidarité de mai et novembre 2020 :

S'agissant de la régularité de la décision attaquée :

44. En premier lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 5, le moyen tiré de ce que cette la décision attaquée ne comporterait aucune des mentions exigées par l'article R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme inopérant.

45. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 38 et 39, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 212-2 du CRPA doit être écarté.

46. En troisième lieu, pour les mêmes motifs qu'énoncés aux points 7 et 8, le moyen tiré de l'absence d'information de l'usage du droit de communication, en méconnaissance de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale, doit être écarté.

47. En quatrième et dernier lieu, M. D soulève le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.262-46 du code de l'action sociale et des familles concernant le caractère suspensif de la procédure sur les retenues et compensations pouvant être opérées sur les prestations servies. Comme il a été dit précédemment, cette circonstance est sans incidence sur la régularité de la décision attaquée et sur le bien-fondé de l'indu en litige.

S'agissant du bien-fondé des indus de prime de solidarité de mai et novembre 2020 :

48. En premier lieu, aux termes de l'article 1 du décret du 27 novembre 2020 : " Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins une des allocations suivantes au titre des mois de septembre ou d'octobre 2020 : 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ; () 3° L'une des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation () ". Aux termes de l'article 4 dudit décret : " I. - Tout paiement indu de l'aide exceptionnelle de solidarité attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci () ".

49. M. D n'ayant plus la qualité d'allocataire du RSA au titre de l'année 2020, c'est par une exacte application des dispositions précitées que la CAFAM a pu notifier à M. D un indu de prime exceptionnelle de solidarité au titre des mois de mai et novembre 2020.

50. En second lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 34, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

51. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le directeur de la CAFAM a notifié au requérant un indu de prime exceptionnelle de solidarité au titre des mois de mai et novembre 2020 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les demandes de remise gracieuse :

En ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active sollicitée :

52. Aux termes du premier alinéa de l'article L.262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. () ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement d'indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation caractérisant, de la part de l'allocataire, un manquement à ses obligations déclaratives.

53. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au points 17, que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de M. D résulte de ce que ce dernier a omis de déclarer la pension vieillesse qu'il percevait, ses séjours de plus de 92 jours hors du territoire français et son mariage. Eu égard à leur caractère réitéré sur une période de plusieurs années, ces omissions déclaratives doivent être regardées comme procédant d'une volonté de dissimulation constitutive d'une fausse déclaration au sens de l'article L.262-46 du code de l'action sociale et des familles, faisant obstacle à toute remise gracieuse de dette.

En ce qui concerne les autres indus :

54. La bonne foi du requérant faisant défaut, ses demandes de remise gracieuse concernant les autres indus en litige ne peuvent qu'être rejetées.

55. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes doivent être rejetées dans toutes leurs conclusions, y compris celles tendant au bénéfice des article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°2205488 - 2205497 - 2205503 - 2205504 de M. D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à F D et au président du conseil départemental des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2023.

La présidente,La greffière,

signé signé

M. I

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

N°s 2205488 - 2205497 - 2205503 - 2205504

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