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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205632

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205632

lundi 25 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205632
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL G.PALOUX- E.MUNDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 novembre 2022, 10 et 24 octobre 2024, M. C A, représenté par Me Mundet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2018 et 2019, en droits et pénalités ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- ses observations formulées le 17 janvier 2022 n'ont pas été présentées hors délai ; il a ainsi exprimé son désaccord sur les impositions en litige ;

- la procédure est irrégulière dès lors qu'il n'a pas été invité à apporter des éclaircissements concernant les sommes en litige ;

- les rappels d'impôt sont insuffisamment motivés dès lors il n'a pas été en mesure de formuler ses observations en toute connaissance de cause, conformément aux dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- l'administration n'a pas apporté la preuve de l'appréhension des sommes en litige ;

- elle n'apporte pas la preuve que les sommes perçues constitueraient des revenus occultes au sens de l'article 111 c du code général des impôts ;

- il justifie des sommes prêtées en produisant une attestation établie par M. B ; il a produit ses relevés bancaires et de nombreuses factures des fournisseurs ;

- l'administration n'apporte aucun élément de nature à justifier la majoration de 40% pour manquement délibéré prévue au a) de l'article 1729 du code général des impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2023, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zettor,

- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique,

- et les observations de Me Mundet représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A a fait l'objet d'un contrôle sur pièces à l'issue duquel des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2018 et 2019, selon la procédure contradictoire visée à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, ont été mises à sa charge. Par une réclamation du 10 juin 2022, laquelle a été rejetée le 17 octobre 2022, il a contesté l'ensemble de ces impositions. Il demande au tribunal la décharge des impositions en litige, en droits et pénalités.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

2.En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / Sur demande du contribuable reçue par l'administration avant l'expiration du délai mentionné à l'article L. 11, ce délai est prorogé de trente jours. " Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article. " Aux termes de l'article L. 286 de ce livre : " Toute personne tenue de respecter une date limite ou un délai pour présenter une demande () auprès d'une autorité administrative peut satisfaire à cette obligation au plus tard à la date prescrite au moyen d'un envoi postal, le cachet de la poste faisant foi () ".

3.D'une part, il résulte de ces dispositions qu'un contribuable dispose d'un délai de trente jours, qui, à l'instar de tous les délais de procédure, est un délai franc, pour faire connaître ses observations sur la proposition de rectification qui lui a été adressée par l'administration et que la durée de ce délai peut être portée à soixante jours à sa demande. Dans les cas où un délai franc expire normalement un samedi, un dimanche ou un jour férié ou chômé, il est prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant.

4. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 8 novembre 2021 a été réceptionnée le 17 novembre 2021 par M. A qui a sollicité la prorogation du délai de réponse de trente jours. Le service ayant fait droit à cette demande, le requérant disposait, pour faire connaître ses observations, d'un délai franc de soixante jours qui courait jusqu'au 17 décembre 2022, prorogé jusqu'au 17 janvier 2022. Le courrier d'observations du requérant n'est pas daté, mais il fournit la preuve de son dépôt aux services postaux à la date du 17 janvier 2022. L'administration, dans sa réponse du 27 janvier 2022, prend acte des observations formulées le 17 janvier 2022 et y répond. Elle ne précise pas à quelle date elle a reçu le courrier, mais confirme que les observations ont été formulées le 17 janvier 2022, à la date de la preuve d'expédition du courrier en recommandé. Dans le cas présent, puisque le courrier a été adressé par voie postale en courrier recommandé avec accusé de réception et a été réceptionné par l'administration fiscale, il appartient à l'administration, seule en mesure de le faire, de produire devant le juge de l'impôt l'enveloppe dans laquelle a été acheminée cette déclaration et portant le cachet de la Poste faisant foi de sa date d'expédition. A défaut de produire cette enveloppe, le courrier ne peut être tenu pour tardif et contrairement à ce qu'indique l'administration dans son mémoire en défense, le délai s'entend de la date d'expédition et non de la date à laquelle le courrier a été distribué. Il s'ensuit que le requérant ne peut être regardé comme ayant tacitement accepté les impositions supplémentaires notifiées.

5.D'autre part, il résulte de l'instruction que la proposition de rectification précise les montants des revenus distribués, leur fondement légal, la catégorie de revenus et les années d'impositions concernées. Elle détaille le calcul des bases d'imposition en se référant aux sommes versées par la société de travaux et d'aménagement qui a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices clos en 2018 et 2019. La proposition de rectification contient également les précisions concernant le droit de communication qui a conduit à obtenir les copies des revenus bancaires de la Sas STA ainsi que les copies des virements figurant au débit des comptes bancaires de la société et qui ont permis d'établir que le requérant avait bénéficié de sommes en provenance de la Société STA. La proposition expose de manière détaillée les sommes perçues et récapitule les montants globaux de 6 820 euros au titre de l'année 2018 et 16 700 euros au titre de l'année 2019. Elle précise que les rehaussements en matière de revenus distribués seront également assujettis aux prélèvements sociaux en citant pour chacun les dispositions applicables et les taux en vigueur. Par suite, la proposition de rectification est suffisamment motivée pour permettre à M. A de formuler ses observations, ce qu'il a fait à la date du 17 janvier 2022 après avoir sollicité la prorogation du délai initial de 30 jours. Le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions litigieuses :

6.Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " 1. Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () c. Les rémunérations et avantages occultes () ".

7.Il résulte de l'instruction que M. A a refusé les rectifications qui lui ont été proposées sur le fondement des dispositions de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales et contesté la proposition de rectification du 8 novembre 2021. Il établit effectivement avoir envoyé, comme il est dit au point 5, ses observations dans le délai de 60 jours dont il disposait. Par suite, il incombe à l'administration d'apporter, d'une part, la preuve de l'existence et du montant des distributions, et, d'autre part, la preuve de leur appréhension par M A, au titre des années 2018 et 2019.

8. Il résulte de l'instruction qu'à l'issue de la vérification de comptabilité de la SAS Société de Travaux d'Aménagements, au titre des exercices clos en 2018 et 2019, l'administration a constaté que M. A avait bénéficié de virements mensuels, entre juillet 2018 et décembre 2019 pour un montant total de 6 820 euros en 2018 et 16 700 euros en 2019. L'administration a considéré que les sommes perçues et non déclarées par M. A, versées par la SAS STA étaient des rémunérations occultes au sens des dispositions de l'article 111 c du code général des impôts. M. A, qui ne conteste pas avoir perçu les sommes de 6 820 euros en 2018 et 16 700 euros en 2019, conteste en revanche la qualification de rémunérations occultes au sens de l'article 111 c) du code général des impôts et soutient qu'il s'agit de remboursements effectués par la société suite à des achats dont il s'est acquitté pour le compte de cette dernière auprès de deux fournisseurs. Il résulte de l'instruction que les sommes en litige ont été versées mensuellement de juillet 2018 à décembre 2019, alors que les relevés bancaires produits par M. A font apparaître des achats dans des enseignes de vente de matériels de bricolage à des dates antérieures aux versements effectués par la SAS STA. Les montants des versements sont sans lien avec les montants des achats pour lesquels M. A fournit son relevé de compte bancaire. Les factures 123 Elec, qu'il produit également, correspondent à des achats antérieurs au premier des versements effectués par la société STA en juillet 2018 et leurs montants ne peuvent pas être rapprochés des sommes versées par la société STA sur le compte bancaire du requérant. Aucune des factures CGED n'est libellée au nom de M. A. Le requérant produit également une attestation datée du 31 décembre 2019 signée par le président de la SAS STA, reprenant les sommes versées sur son compte bancaire personnel et précisant qu'il s'agit de remboursements de factures de matériaux d'électricité acquittés pour le compte de la société, mais ce document n'a pas de valeur probante dès lors que les autres pièces produites ne permettent pas de rapprocher les montants débités des sommes perçues par M. A par la société STA. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a imposé les sommes perçues sur le fondement du c du 1 de l'article 111 du code général des impôts au titre des années 2018 et 2019.

Sur les pénalités :

9.Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de () 40 % en cas de manquement délibéré () ". Pour établir l'existence d'un manquement délibéré au sens de l'article 1729 précité imputable au contribuable, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations du contribuable et, d'autre part, de son intention d'éluder l'impôt.

10.D'une part, en se fondant sur les circonstances que la société STA avait procédé à des versements réguliers sur le compte bancaire de M. A alors qu'il n'existe aucune cause juridique à ces versements, sur l'absence de déclaration à l'impôt sur le revenu des sommes versées de 6 820 euros au titre de l'année 2018 et 16 700 euros au titre de l'année 2019 ainsi que sur l'importance des omissions qui représentent près de la moitié des revenus déclarés en 2019, l'administration fiscale démontre que M. A a délibérément omis de déclarer ces sommes. Par suite, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, de l'intention délibérée du requérant d'éluder l'impôt et, par suite, du caractère bien-fondé des majorations en cause.

11.Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Zettor, première conseillère,

Mme Chevalier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2024.

La rapporteure,

signé

V. Zettor

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière.

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